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 Le bon sens près de chez vous

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2 participants
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Rasura
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Rasura



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MessageSujet: Le bon sens près de chez vous   Le bon sens près de chez vous EmptySam 31 Oct 2009 - 12:02

UN RENVOI


Infos !


IMPRESSIONS DE KABOUL

Colonel Michel Goya

Je me suis rendu à Kaboul du 5 au 15 octobre, invité par l’opération Epidote afin de prononcer des conférences à l'équivalent du CID et du CHEM afghan (soit au total sept officiers généraux et vingt colonels) et suivre, avec eux, le stage de contre-insurrection de trois jours organisé par les Américains. Le principal intérêt de ma mission a été d’échanger avec ces officiers afghans mais aussi de rencontrer, outre le personnel d’Epidote, le chef de corps du Batfra, des officiers des OMLT et de certains membres français du QG ISAF. Mon regret est de ne pas avoir pu me rendre en Kapisa, mais je suis en contact régulier avec le bataillon sur place.

La formation de l'armée nationale afghane

La Coalition apparaît comme une immense machine tournant un peu sur elle-même et souvent pour elle-même, en marge de la société afghane. Le QG de l'ISAF (2000 personnes) et les différentes bases de Kaboul forment un archipel fermé sur l'immense majorité de la population. Les membres de la Coalition se déplacent en véhicules de bases en bases comme de petits corps étrangers, blindés et armés.
Pour les Afghans, ces bases constituent des oasis de prospérité dont ils profitent bien peu. Prendre ses repas dans la base américaine Phoenix (où est logé Epidote) est surréaliste par l'abondance de ses produits, tous importés des Etats-Unis, et ses écrans plans sur les murs passant en boucle les émissions de la chaîne des forces armées US (1/3 de base-ball, 1/3 de football et 1/3 de conseils et slogans militaires), univers aseptisé dont les Afghans sont absents sauf pour le nettoyer. Outre son caractère égoïste, cet archipel combine trois autres défauts : il est intimement associé à un gouvernement et une administration corrompus, il est multinational, avec ce que cela suppose comme « usines à gaz », et il est sous domination d’une culture militaire américaine, dont on connaît l’inadéquation à ce type de conflit.


L’organisation de la formation des officiers afghans, cœur de la mission d'Epidote, est un bon exemple de ce que peut donner cette organisation. Même si les Français sont plutôt leaders dans cette formation, les ordres sont donnés par un organisme conjoint Coalition-Ministère de la défense afghan dominé par les Anglo-saxons. Le résultat est un empilement de périodes de formation. De l’ESM au CHEM, un saint-cyrien suivra sept périodes de ce type, là où le cursus de l'officier afghan, dans une armée, qui n'est qu'une grosse infanterie et surtout est en guerre, en comprend neuf, avec toutes les difficultés que cela pose pour lui de venir à Kaboul à chaque fois, sans logement et avec une maigre solde. Durant ces différentes périodes de formation, il recevra des manuels qui ne sont que des traductions intégrales d'énormes manuels américains, réalisées (à prix d'or) par la société privée MPRI (qui s'occupe aussi de la formation, essentielle, des commandants de bataillon). Au delà de la volonté sincère d'aider les Afghans, cette galaxie de la formation est aussi un champ de bataille feutré entre Alliés. Les Canadiens, qui veulent donner des gages après leur retrait annoncé de Kandahar, mènent ainsi une campagne secrète pour dominer la future université de défense afghane.

Le pire est que les officiers qui sortent de cette machine à former sont ensuite gérés par le ministère de la défense afghan. Pour, entre autres, les raisons pratiques évoquées plus haut, les stagiaires sont originaires de Kaboul et ne demandent qu'à y rester, quitte à « acheter » leur poste. Le facteur ethnique est également omniprésent et intervient dans toutes les décisions ou presque (j’ai vu des stagiaires pashtounes se plaindre d'avoir reçu des calculatrices plus petites que celles données aux Hazaras). On se retrouve ainsi avec un décalage énorme entre le corps des officiers formé à Kaboul et celui qui combat dans les brigades et kandaks. Et encore, les officiers désertent-ils peu par rapport aux sous-officiers et militaires du rang (3% contre respectivement 12% et 34 % !).
Au total, l'ensemble du système de formation de l'armée afghane apparaît comme une machine à faible rendement. L'investissement humain et matériel (pourtant très faible par rapport aux dépenses induites par les actions de combat) est démesuré par rapport au résultat obtenu, alors que l'on baigne dans une culture guerrière et que la ressource humaine est plutôt de qualité. On ne permet aux afghans de combattre à leur manière, en petites bandes très agressives (c'est-à-dire comme les rebelles qui nous avons en face de nous) tout en ayant du mal à en faire des bataillons et des brigades manœuvrant à l'occidentale.

On est donc en droit de s'interroger sur la réalisation du programme de multiplication par deux voire trois d'ici à 2013 demandé par le général Mac Chrystal. L’idée est évidemment louable, tant il est vrai que rien ne remplace les hommes dans ce type de guerre, mais où trouvera-t-on les Afghans pour encadrer et les coalisés pour « mentorer » cette armée dilatée[1] ? La tentation est alors très forte de diminuer considérablement les durées des stages de formation des hommes (la formation initiale des militaires du rang pourrait passer de 20 à 8 semaines) au risque d’un effondrement de la qualité, déjà assez aléatoire. On évoque même la solution d’un service militaire, ce qui effraie beaucoup de monde.

Les généraux afghans avec qui j’évoquais cette question considèrent que la ressource humaine est suffisamment abondante pour fournir les effectifs nécessaires, à condition d’augmenter très sensiblement les soldes. Ils sont sidérés par le décalage entre les dépenses faramineuses des coalisées et la faiblesse de la solde des soldats Afghans (le coût d’une sortie moyenne d’un Rafale en Afghanistan (50 000 euros x 4 heures) représente la solde mensuelle d’un bataillon afghan), d’autant plus qu’il existe un « marché de l’emploi guerrier ». Il suffirait probablement de doubler la, et pourquoi pas tripler, la solde des militaires afghans (soit un total d’environ 200 à 300 millions de dollars par an, dans une guerre qui en coûte plus de 40 milliards aux seuls contribuables américains) pour d’une part, diminuer sensiblement le taux de désertion et d’autre part attirer les guerriers qui se vendent au plus offrant (pour l’instant les Talibans). Mais il est vrai que personne ne demande vraiment leur avis aux officiers de l’ANA, comme lorsqu’il a été décidé d’échanger les increvables AK-47 dont les Afghans maîtrisent le fonctionnement dès l’enfance, par des M-16 trop encombrants pour eux.

La guerre à l’américaine

Ma plus grande surprise a concerné les Américains. J’avais constaté à plusieurs reprises il y a presque vingt ans, la médiocrité tactique de leurs petits échelons d’infanterie[2] mais j’étais persuadé de leur progrès considérable après des années de combat en Irak et en Afghanistan. Les témoignages de plusieurs officiers insérés dans des opérations américaines tendent à prouver que je me trompais et que les critiques de l’analyste (américain) William Lind étaient valides lorsqu’il dénonçait il y a peu[3] la compensation de cette médiocrité par la puissance de feu, auto-entretenue par la jeunesse et le turn-over des recrues. Finalement, d’un point de vue tactique, les méthodes américaines ne sont guère différentes de l’époque de la guerre du Vietnam (à l’exception du moral des troupes qui reste élevé) et dont on connaît les nombreux effets pervers. Au sein d’une culture afghane féodale, guerrière et mystique, cette puissance de feu écrasante est comme un Midas qui transforme en héros ceux qui s’opposent à elle, en martyr ceux qui en sont victimes et en vengeurs les proches de ces martyrs. Inversement, ceux qui se protègent derrière elle et refusent le combat rapproché apparaissent comme des lâches. Bien évidemment, et malgré les innombrables précautions (qui du coup en réduisent considérablement l’efficacité), cette dépendance au feu et notamment aérien conduit régulièrement à des bavures catastrophiques, d’autant plus facilement exploitées médiatiquement qu’il n’y a pas de contre-propagande. Avec le temps, l’effritement du soutien de l’opinion publique et, ce qui va de pair, avec la sensibilité croissante aux pertes, conduit mécaniquement à une plus grande distanciation de l’ennemi mais aussi de la population, jusqu’au rejet final. La bavure de Kunduz le 4 septembre dernier, lorsque les Allemands ont demandé aux Américains de détruire deux camions citernes détournés par les rebelles et offerts par ces derniers à la population, est symptomatique de cette spirale négative. Les officiers afghans, assez choqués, ne comprennent pas que les Allemands n’aient pas envoyé une unité terrestre pour aller récupérer ces citernes, apparemment si importantes, et qu’ils n’aient pas compris qu’elles seraient entourées de civils[4].

Cette manière de faire la guerre à distance est incontestablement perdante à terme et toute la volonté de la directive Mac Chrystal est d’enrayer cette spirale « vietnamienne », mais il s’agit là d’une combat à mener contre la culture de sa propre armée. Ce combat a été gagnée en Irak, il n’est pas évident qu’il le soit en Afghanistan.

Les Français

Les Français, qui conservent une bonne image[5], paraissent coincés au sein de cet ensemble complexe, et, jusqu’à la formation de la Task force La Fayette, agir sans cohérence. Il est très étonnant de constater le décalage entre la situation entre les deux zones occupées par les GTIA français.
En Surobi, les combats sont très rares, en Kapisa, ils sont incessants. Il est vrai que la densité militaire est plus importante dans le premier cas (40 000 habitants) que dans le second (au moins 350 000) mais cela n’explique sans doute pas tout. Il est certain en tout cas que la situation en Kapisa est plus difficile que prévue et que le calme qui a succédé à l’action du 27e BCA était un leurre puisque jamais les attaques contre les Français n’ont été
aussi nombreuses qu’aujourd’hui.


Le chef des armées ayant refusé tout renfort, il est à craindre une nouvelle dégradation de la situation à l’été 2010. Conscient de l’impossibilité de contrôler toute sa zone avec ses moyens limités, le 3e RIMa se concentre sur une action indirecte concentrée sur la construction des routes et le repoussement des rebelles qui veulent s’y opposer, sans chercher à les traquer et les détruire (à l’exception des chefs radicaux et/ou extérieur à la zone). Cette approche a fait l’unanimité des officiers afghans à qui je l’ai présenté mais elle reste une posture défensive.

De son côté, l’opération Epidote, pourtant essentielle, ne dispose que d’un budget de 700 000 euros (dont 450 000 consacrés à la location d’une vingtaine de véhicules que l’on aurait pu acheter depuis longtemps[6]). Beaucoup de Français ont le sentiment d’une opération de guerre menée sans vision à long terme, à bas bruit et à bas coût, sorte de guerre d’Indochine en modèle réduit.

Stratégie afghane

Il faut être conscient que cette guerre sera longue et difficile, mais qu’elle est gagnable ne serait-ce que parce que les Talibans sont largement détestés. Elle ne peut probablement qu’être gagnée qu’à l’afghane et donc avec les Afghans. Encore faut-il leur demander leur avis.

Avec une grande franchise, tous les officiers afghans rencontrés se plaignent de la gestion politique de cette guerre, ne comprenant d’ailleurs pas que la coalition n’ait pas pris elle-même les choses en main à la fin de 2001, éventuellement sous l’autorité morale du roi Zaher (à la manière du couple Mac Arthur-Hiro Hito au Japon en 1945), au lieu de faire appel aux seigneurs de la guerre et à Karzaï. L’action militaire continuation d’une politique corrompue ne peut qu’être corrompue elle-même. Tous réclament donc une action ferme de la Coalition sur l’administration. Le deuxième pilier de la victoire, selon eux, viendrait de l’arrêt total du soutien pakistanais aux mouvements rebelles. Ses deux conditions (considérables) réunies, il sera facile, selon eux, de soumettre les mouvements nationaux, au moins celui d’Hekmatyar. Le djihad international d’Al Qaïda, déjà moribond, s’en trouverait encore affaibli, et quant aux centaines de mouvements locaux, ils n’ont pas la masse critique pour contester vraiment le contrôle de l’Etat central. Cette « pakistanophobie » entraîne d’ailleurs une certaine schizophrénie dans le corps des officiers supérieurs, souhaitant une armée suffisamment puissante pour s’opposer à la fois au Pakistan et aux rebelles intérieurs. Ils ne voient pas d’incompatibilité entre ces deux formes d’armée, malgré leur passé de moudjahidins.

L’énergie de la fusion

D’un point de vue tactique, on voit bien également toutes les difficultés des petites armées occidentales « tertiairisées ». Comme dans les entreprises occidentales modernes, les fonctions de commandement, d’encadrement et de conseil tendent à prendre le pas sur le combat, qui concerne finalement directement très peu d’hommes et à qui on fait prendre le moins de risques possibles. Les bataillons restent ainsi des « corps étrangers », à tous les sens du terme, d’autant moins greffés dans le milieu qu’ils changent au bout de quelques mois.

Des solutions simples existent pourtant qui permettraient une beaucoup plus grande efficacité grâce à une meilleure fusion avec le milieu humain. L’association de la compétence tactique des cadres occidentaux et de la connaissance du milieu des guerriers locaux a toujours donné d’excellents résultats tactiques, dans les guerres au milieu des populations, jusqu’à la bataille de Bagdad en 2007. Dans ce cas, pourquoi ne pas engager des afghans dans nos unités combattantes, à la manière des compagnies « jaunes » de nos bataillons en Indochine. L’idée de prendre des Afghans directement sous contrat et encadrés par des Français, non seulement ne choque pas les officiers afghans mais les enthousiasme plutôt, à condition que les soldes ne soient pas trop supérieures à celles de l’ANA. On pourrait ainsi, par exemple, former à moindre coût au moins une section de reconnaissance afghane par GTIA ou, plus efficace encore, des « commandos de chasse » franco-afghans.On peut encore faciliter la « greffe » du corps français dans le corps afghan, soit en formant des officiers français des affaires afghanes, parlant le dari et connaissant parfaitement un district, soit, au contraire, en prenant sous contrat des officiers afghans. Une autre idée pourrait consister à inclure une structure SMA au sein des FOB. L’adaptation réactive ne doit pas concerner que les équipements, elle doit concerner aussi nos méthodes.


[1] Le COFAT éprouve déjà du mal, semble-t-il, à trouver suffisamment de volontaires.

[2] En l’occurrence l’infanterie des Marines au cours de trois exercices communs.

[3] William Lind, The price of bad tactics, www.military.com, 24 février
2009.

[4] Détail intéressant, il m’a fallu plusieurs minutes pour expliquer le pacifisme allemand aux Afghans, le concept de pacifisme leur étant étranger et le mot n’existant pas en langue dari.

[5] Déclaration d’un colonel afghan: « Il n’ya que deux contingents qui respectent vraiment la population : les Turcs et les Français ». Un ancien moudjahidin est venu également me dire qu’il n’avait pas oublié l’action des médecins français lorsqu’il combattait avec Massoud.

[6] Mais les fonds ne sont pas pris sur les mêmes budgets selon qu’il s’agit d’une location ou d’un achat, ce qui explique la persistance de cette aberration.
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Claude MILLET
Fondateur
Claude MILLET



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MessageSujet: Re: Le bon sens près de chez vous   Le bon sens près de chez vous EmptySam 31 Oct 2009 - 13:51

Sur le même registre, une conférence du colonel Michel Goya le 22 octobre 2009, lors de l'assemble général de l'Association Soutien à l'Armée Française (ASAF)

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En effet, ces groupes préfèrent ne pas avoir le pouvoir et durer dans le temps...!

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