Tous mes remerciements au Capitaine Anne MUNIESA -service communication des Invalides- pour l'envoi du texte de l'éloge funèbre.
Allocution prononcée par le général d’armée Bruno CUCHE,
Gouverneur des Invalides, à l’occasion de la cérémonie d’adieux au Médecin en chef Pierre ROUAULT, Cathédrale Saint Louis des Invalides, le mercredi 21 septembre 2011 à 10h30.
Général d’armée Bruno CUCHE Gouverneur des Invalides Cher Docteur ROUAULT, voici venu le moment des adieux que vous adresse la grande famille de l’Institution Nationale des Invalides, cette famille des Pensionnaires que vous aviez rejointe il y a quelques semaines, et que vous quittez au terme d’une vie édifiante, courageuse et digne.
C'est bien sûr de la tristesse et de l’émotion que nous ressentons alors que, dans quelques instants, vous allez traverser la Cour d’Honneur des Invalides pour gagner le cimetière de Bagneux, où vous avez souhaité reposer pour l’éternité.
Mais atténuant notre peine, c’est un sentiment de plénitude et d’accomplissement qui nous anime, alors que me revient l'honneur d'être l'interprète de ceux que vous laissez ici, pour vous exprimer une dernière fois toute notre considération et notre respectueuse affection.
Mon Colonel, vous êtes né le 16 décembre 1925 à Paris, dans une famille bretonne de traditions militaires. Votre enfance sera bercée au rythme des affectations de votre père, essentiellement dans l’ouest de la France. En février 1945, vous vous engagez pour participer à la libération et entamez une formation d’élève-pilote dans l’armée de l’air. Vous êtes démobilisé en mai 1946 et décidez alors de faire des études de médecine. Après une première année à Rennes, vous intégrez l’école du Service de Santé de Lyon en 1947. Vous poursuivez vos études en tant qu’externe à Paris, puis effectuez votre internat en dermatologie au Val de Grâce. Vous soutenez votre thèse en 1952 et êtes reçu Docteur en Médecine en décembre de la même année. Vous complétez votre formation en école d’application au « Pharo » à Marseille.
Volontaire pour servir en Extrême-Orient, vous êtes affecté avec le grade de médecin-lieutenant au 5ème Bataillon de parachutistes Vietnamiens, en formation à Hanoï au Tonkin. Fin novembre 1953, vous participez avec votre bataillon à l’Opération Castor et sautez une première fois sur Dien Bien Phu. Le 14 mars 1954, le 5ème « Bawuan » est à nouveau largué en renfort sur la cuvette. Votre bataillon aménagera et défendra jusqu’au dernier jour la position « Eliane 4 ». Vous participez vous-même à toutes les contre-attaques sur les pitons avoisinant. Vous y gagnez une palme sur le ruban de votre croix de guerre des TOE et la Croix de la Vaillance de l’armée Vietnamienne. Dans la nuit du 6 au 7 mai, vous êtes blessé lors des assauts viets sur « Eliane 4 », avant d’être fait prisonnier au petit matin. Ce fut ensuite la longue marche vers le Camp n°1 et une éprouvante captivité de trois mois et demi. Libéré le 2 septembre à Vietri, après une courte mais nécessaire convalescence, vous rejoignez la 1ère demi-brigade de parachutistes coloniaux à Bayonne.
Vous êtes affecté comme médecin-chef au 8ème Bataillon de parachutistes coloniaux que vous rejoignez dans les Aurès-Nementchas en Algérie en mars 1955.
Promu Médecin-capitaine et inscrit au tour de départ Outre-Mer, vous êtes désigné pour servir en Afrique Equatoriale Française. Vous servirez tout d’abord au Tchad, puis en Haute-Volta jusqu’en 1962. Vous quittez l’Afrique en ayant accompli un travail remarquable en particulier auprès des populations nomades touaregs ou peuhls, notamment dans le domaine de la prévention de la variole et du traitement de la lèpre.
Après avoir approfondi vos connaissances en dermatologie à l’Hôpital Saint Louis à Paris, vous êtes affecté en août 1963 au Laos. Vous y serez tout à la fois Médecin-chef du service de dermatologie de Vientiane, Directeur du service national de la lèpre du Laos et professeur de clinique des maladies cutanées à la faculté de médecine. Détaché en position hors-cadre au Ministère des Affaires Etrangères, vous resterez au Laos jusqu’à l’été 1976. Pendant près de quatorze ans, vous vous dépensez sans compter auprès des plus faibles et des plus démunis, dans un pays en guerre ou l’insécurité règne partout.
Le 30 octobre 1971, vous épousez à Vientiane, le docteur Sisovane Sirimanotham, une de vos anciennes étudiantes, qui sera désormais à vos côtés dans votre action auprès des lépreux. Votre foyer aura la joie d’accueillir vos deux enfants, Patrik et Nathalie.
Chassés par le pouvoir politique en juillet 1976, vous quittez la mort dans l’âme ce pays que vous avez tant aimé et à qui vous aviez tant donné.
Votre carrière de médecin militaire s’achève par une affectation en Nouvelle-Calédonie. De retour en métropole, vous faites valoir vos droits à la retraite en 1980. Vous entamez alors une nouvelle carrière dans le privé, toujours tourné vers l’Outre-mer, avant de prendre une vraie retraite bien méritée en 1992.
Cette retraite sera en particulier consacrée à la vice-présidence de la commission spéciale de réforme pour les déportés des camps de concentration nazis, des prisonniers des japonais et des camps de la mort viet-minhs.
En 2009, votre état de santé s’étant sérieusement dégradé, vous mettez un terme à vos différentes activités. Il y a quelques semaines vous demandez votre admission à l’Institution Nationale des Invalides où vous êtes accueilli en qualité de Pensionnaire le 4 août dernier. Vous nous avez quittés samedi dernier, dans votre 86ème année.
A votre épouse, à votre fils Patrik, à votre fille Nathalie, à vos trois petites-filles, ainsi qu’à tous vos proches et amis, j’adresse en mon nom personnel, au nom du médecin général directeur de l’Institution, au nom de tous les médecins et personnels, au nom de tous les bénévoles qui œuvrent dans le cadre de l’Institution, et surtout au nom de tous vos camarades Pensionnaires, nos plus vives et nos plus sincères condoléances.
Médecin en chef ROUAULT, vous êtes commandeur de la Légion d’honneur, officier de l’Ordre National du Mérite, titulaire de la croix de guerre des Théâtres d’Opérations Extérieures avec deux citations, de la médaille d’honneur du service de santé des armées, vous êtes titulaire de la croix de la Vaillance avec étoile de vermeil et officier de l’Ordre du million d’éléphants et du parasol blanc. En nous associant par la pensée et le recueillement à la peine de votre famille, et à celle de tous vos amis,
nous allons vous rendre, un dernier et vibrant hommage, en écoutant debout, en présence de l'Etendard des Invalides, votre Etendard, la sonnerie "Aux Morts".Général d’armée Bruno CUCHE
Gouverneur des Invalides
nous allons vous rendre, un dernier et vibrant hommage, en écoutant debout, en présence de l'Etendard des Invalides, votre Etendard, la sonnerie "Aux Morts".