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 Les Monts de la Medjerda .AFN.

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junker
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MessageSujet: Les Monts de la Medjerda .AFN.   Mer 31 Aoû 2011 - 20:12

Les Monts de la Medjerda ( frontière Tunisiènne )

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Opération « 1202 » entre vallée de l'oued Boubous et frontière

Escadron du 3ème R.P C du Colonel BIGEARD

Capitaine Le Boudec , commandant l'Escadron

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Village de DUVIVIER , base avancée du régiment. Après cinq jours de repos sous nos toiles de tentes, ou l'Escadron se refait une santé, les efforts des quatre jours d'opération dans la région de GOUNOD étant ma 1er opération sur le sol d'Algérie, la recherche de rebelles dans ses djebels se chevauchant à perte de vue, la marche sur des pistes jours et nuits nous a durement éprouvés, nous les jeunôts.

Le signal des préparatifs de départ pour une nouvelle «  bandera « est donné, le sergent Dalmasso, notre chef de groupe, ( un ancien avec deux séjours en Indochine ), cet ordre est pour lui de la routine, il n'est pas très émotif, la fébrilité dans mon groupe est perceptible il en est à sa deuxième opération, la première fut pour moi un calvaire, avec des pieds en marmelade et le moral cassé, les bottes de saut ne me réussissent pas, j'ai entendu dire que des gars marchaient avec des «  jungle boots « genre de pataugas utilisées par d'autres régiments.

J'ai un MAS 36 crosse repliable en aluminium, dans l'équipe FM, je suis comme pourvoyeur, chargé comme un mulet, deux sacoches de cinq boites chargeurs chacune pesant au total 9kg200, accrochées sur le brellage elles me battent sur les cuisses, le bidon d'eau, ma cartouchière, deux grenades ,le poignard, une trousse à pansement,,la musette TAP avec une centaine de cartouches en vrac, les vivres , la boule de pain, le pull, la veste molletonnée, le nécessaire de toilette, la gamelle, cuillère/fourchette, et tous les petits accessoires indispensables pour survivre seul, allumettes/ papier/crayon/carnet de route, ( appareil photos/pellicules, en ce qui me concerne ), etc...je suis devenu « mulet de transport »,le moral et l'allant sont mon caractère de base, je cache mes doutes au fond de moi-même, et montre toujours un visage jovial, j'ai souvent la blague aux lèvres cela détent le climat anxieux du groupe, cette deuxième opération va nous mettre encore une fois au pied du mur !.

20 avril 1956 : le départ est donné à vingt heures, nous grimpons dans des GMC, direction Souk Ahras puis Lamy ,très très prés de la frontière tunisienne le long du barrage électrifié, beaucoup, de rebelles dans les parages, mais invisibles à nos yeux. On roule jusqu'à minuit, débarqués dans un paysage de montagne, le point fait par les chefs de section et l'itinéraire reconnu, c'est le départ par compagnie vers un point donné par « Bruno »( Bigeard ), le secteur est extrêmement boisé dans des escarpements bons pour un alpiniste, la piste s'allonge dans un tracé fait par des chèvres, des moutons et des hommes habitués à arpenter ces lieux sauvages, la nuit est d'encre et les passages couverts d'arbres; je pense que ce sont des chênes lièges. Nous marchons à l'aveuglette, je me cogne sur mon camarade Martignon marchant par à coup les arrêt fréquents sont dû au fait que la compagnie marchant a la file indienne dans le noir, se disloque à la moindre embûche le gars pour coller au suivant accélère pour rejoindre le para qui le précède et c'est le contact assez dur, une main toujours en avant pour calculer la distance qui le sépare du suivant, dans de tel condition; la marche devient pénible et les à-coups coupent les jambes qui tremblent sous l'effort.

Après une heure de montée en aveugle, j'arrive au sommet du djebel; les arbres se font plus rares, la vision du gars marchant devant moi commence à se discerner sur le ciel sombre, pas un son de gamelle ni d'armes qui cliquettent, le silence complet sauf, si ce n'est le halètement court des paras habitués à marcher sur des pistes précaires sans visibilité; ce n'est pas le cas des unités que nous croisons au hasard des opérations, on les entend à des kilomètres à la ronde, ceux là ne doivent pas tomber souvent nez à nez avec des fels (rebelles)!!.

Je commence à avoir mal aux pieds et dans la descente d'une portion de piste assez raide, je me ramasse une gamelle en contre-bas dans un buisson; sans un murmure, je remonte sur les genoux jusqu'à 'à la piste, j'ai perdu mon groupe, les gars passent et continuent leur marche, je m'imbrique dans une section jusqu'à un passage d'oued ou l'eau nous arrive à mi-mollets , j'en profite pour rattraper mon groupe; par chuchotements, je retrouve ma position de marche, il était temps, les sections éclatent pour des positions d'embuscades.

Il est quatre heures quand, après une remontée de piste d'un kilomètre , c'est la disposition pour l'embuscade jusqu'au lever du jour. Je suis à côté de ma pièce FM, André Jeanneret mon bon géant à la force tranquille est tireur, je m'entends à merveille avec lui; avec sa puissance, il est capable de me prendre sur son dos avec tout mon équipement et le sien plus le FM. L'attente est dure à supporter sans bouger; je claque des dents et je ne suis pas le seul. Mon géant blond a les mêmes symptômes, le claquement de ses dents me résonnent aux oreilles, nous sommes côte à côte dans l'attente d'un bruit qui ne vient pas. Pourtant ,ce serait la délivrance, le ressort qui nous donnerait la bouffée de chaleur de la montée d'adrénaline. Il fait froid dans le Djurdjura en altitude.

Enfin, le jour se lève lentement dans ce massif montagneux de l'oued Boubous, la forêt assez dense à cet endroit, laisse passer difficilement les premières lueurs de l'aube. Nous levons l'embuscade ce qui nous permet,de faire un frugal petit déjeuner d'un peu de café froid sucré et d'un bout de pain avec une pâte de fruit. Les voltigeurs sont déjà au fond de l'oued; nous les appuyons de notre protection FM à mi-hauteur, la couverture du groupe devient automatique comme dans un combat soudain; toute la compagnie fonctionne à la même vitesse, car nous pouvons tomber à tout moment sur des forces rebelles cachées dans les grottes ou derrière des rochers nombreux à cet endroit, et là, ça risque de faire très mal !.

Ordre est donné par le sergent Dalmasso de faire une pose, mais sur nos gardes , le fusil-mitrailleur 24/29 en protection avec un gars de l'équipe en position le doigt à côté de la détente, le boitier chargeur engagé dans le FM, pendant que le reste de l'équipe mange, il est neuf heures, le soleil fait sont apparition; il nous réchauffe le corps, et très vite la transpiration pompée par la tenue camouflée laisse des auréoles de sel au contact du tissu et de la peau. La boite de ration est vidée presque à moitié de son contenu, 15 minutes se sont écoulées que cela repart;on entend les gars râler au fond de l'oued en s'accrochant aux épineux garnissant les bords du cours d'eau, les mains et le visage griffés. ils se débattent dans leur progression contre la nature hostile de cet endroit; certains sont obligés de pénétrer dans l'eau pour pouvoir contourner un obstacle rencontré dans leur avance en ligne avec leur groupe.

La progression ne faiblit pas, le sergent Dalmasso nous fait déployer plus largement. Jeanneret à grandes enjambées se positionne avec le groupe FM, M.... et G...... discutent ce qui fait râler le vieux sergent ancien d'Indo; moi je ferme mon clapet, j'ai assez de ma charge et garde mon souffle pour la fatigue à venir; à quatorze heures, arrêt sur un sommet pas très haut, pour permettre de faire le point des Chefs de sections avec le capitaine Le Boudec. Une heure de pose, je suis sur les genoux !!, il n'y a pas que moi, pour cette deuxième opération, J'ai les pieds en confiture avec ces saloperies de bottes dont le cuir est trop épais, ah, si j'avais de l'argent pour m'en payer une souple et où la trouver ?.c'est pas possible , cette paire de bottes de saut doit être au fourrier depuis 1946 , ou c'est du cuir d'éléphant !... .

La soirée se passe en fouille de rochers et de grottes servant de caches que l'on découvre, la preuve que ce coin sert de base de repos aux katibas en transit à quelques encablures de la frontière Tunisienne. J'en parle au sergent qui me confirme que nous sommes certainement épiés par des « choufs » (guetteurs), souvent de très jeunes bergers qui préviennent de nos mouvements les forces rebelles du FLN. Les pipers( avions de reconnaissances) font leurs passages fréquents et sont en liaison avec le PC « Bruno « indiquant un possible mouvement suspect autour de nos compagnies : nous progressons dans une large zone de fouille.

Le soir me retrouve au sommet d'un djebel de plus de 1300 mètres de haut, d'où le panorama du paysage est grandiose; des ondulations boisées à perte de vue, des ravins et des oueds coulant dans le rétrécissement de talwegs profonds et sombres, où les rebelles peuvent circuler sans être vus. Je fais mon emplacement de combat avec mon tireur, les copains du groupe font deux par deux leur emplacement pour la nuit on creuse en fonction du sol où nous faisons fait un muret de pierre, puis quelques herbes ou des feuilles pour adoucir notre couche, interdiction de faire du feu. Plusieurs groupes partent en embuscade pour la nuit, moi je reste avec le PC du capitaine Le Boudec pour monter la garde à tour de rôle avec le reste de la section.

Le 21 avril 1956: le peu que j'ai dormi m'a donné de la vigueur malgré le froid et l'interdiction de faire du feu qui est levée vers neuf heures, à la condition de faire un feu sans fumée !, quel problème! de réaliser un feu avec des brindilles humides, je réussis un feu minuscule dans un trou creusé de dix centimètres fait avec le poignard et les mains pour abriter la flamme du vent et poser le quart sur deux petites pierres plates, un coup de jus chaud, qu'est-ce que c'est bon pour le moral !!.

Et rebelote, la fouille reprend sur un versant boisé, pendant que les autres compagnies encerclent la zone à traiter. Les paras font une découverte de grottes avec des couvertures au fond du trou; la preuve que cet endroit sert de relais pour les passages de fels, bien camouflé, l'endroit est indétectable; il a fallu une fouille minutieuse de l'endroit pour trouver les grottes; la journée passe en marche dans les versants très escarpés et truffés de caches et de grottes. Marcher dans ces conditions demande un effort constant et une vigilance extrême ,car la rencontre avec l'ennemi peut-être soudaine et meurtrière, rien de doit nous échapper, l'œil aux aguets, nous crapahutons toute la journée sans l'ombre d'un rombier, cela nous met les nerfs à vif. Ce soir ,je pars en embuscade avec Cadet et Groisil mes deux camarades ; l'endroit de la planque est situé et encaissé entre deux rochers, avec des traces de passages importants, nous trouvons une position favorable en surplomb de la piste, on se relaie toutes les heures pour pouvoir sommeiller une heure ou plus selon la résistance des gars.

22 avril : Rien ne ce passera, on lève le guet à six heures, il commence à faire jour, nous rejoignons le groupe, Martigon ma préparé un bon café chaud, je m'allonge et dort jusqu'au départ qui est donné à dix heures. On rejoint une compagnie au environ de treize heures, briefingg des chefs de sections avec le capitaine Le Boudec, changement de direction, nous descendons vers desmechtass que nous fouillons avec minuties, encore la preuve de traces d'hébergement du FLN qui aséjournéé ici.

Ah !! les dizaines les centaines de kilomètres faite sur les pistes qui nous poussent dans les djebels sans discontinuer, user nos bottes de saut jusqu'à la semelle, la piste nous avale comme une mante religieuse, elle se nourrit de notre sueur, de nos imprécations, de notre misère, mais nous gardons bien accrochés, notre fierté, notre mental, notre honneur de faire parti d'un régiment d'élite, commandé par un chef vénéré, nous continuons à marcher sur cette piste ou une bête se serait couché pour ne plus se relevé, un pas encore un pas !!.

Le soleil réchauffe nos membres engourdis par une nuit d'embuscade et sèches la tenue camouflée pleine d'humidité avec de larges traces de sel aux aisselles ,dans le dos, sur le cou, les traces séchées deviennent blanches décolorant les vêtements, il est vital de prendre les cachets contre la déshydratation et la nivaquine avec l'eau que nous buvons prise au hasard de nos marches, dans des oueds ou les animaux font leurs déjections, parfois dans des trous d'eau stagnants que les bêtes refuseraient de boire.

Dernière nuit, semblant d'embuscade, car nous sommes repérés depuis ce matin, des silhouettes se distinguent en haut d'un djebel à la jumelle, est-ce des nôtres ? Mystère ? . Le bivouac est plus cool, je fais du feu pour le potage avec du pain, une boite de pâté, et c'est tout bon pour le para Prigent . Un tour de garde d'une heure viendra me réveiller d'un sommeil profond, je me recouche pour m'endormir comme un bébé la fatigue aidant. Demain , on rentre à la base.

23 avril 1956: C'est le départ pour rejoindre les camions sur une route à dix kilomètres de notre point de campement, on y arrive vers dix heures, une heure de route et , ouf !! nous voilà en vue de DUVIVIER, vite rassemblement, une vérif vite faite, tout le monde se précipite au lavage à poil pour le décrassage de la peau, que c'est bon de pouvoir rester sous l'eau à se savonner la carcasse, on s 'entraide pour se frotter le dos , les blagues fusent entre paras, la détente est joyeuse, on parle de sortie et de nanas, à 19 ans quoi de plus normal, la fatigue disparaît aussitôt lorsque le sergent nous donne quartier libre pour une détente de quelques heures dans le village, faire des achats, et de la nourriture en extra, tenue camouflée impeccable, chaussures cirés, la casquette de rechange propre, sous l'œil du sous-off qui a du travail encore a remettre au chef de section, demain revue d'armes et contrôle des paquetages pour le linge hors-service.




Cette opération lancée par le Colonel Bigeard, Commandant du 3ème Régiment de Parachutistes Coloniaux avec son effectif au complet; servira de tremplin aux opérations à venirs, avec la mobilité, la rapidité dans l'engagement, la grande valeur de nos chefs , leurs expériences vécus, et cette puissance de feu redoutable qu'est un régiment d'intervention comme le notre, disponible 24 heures sur 24; nous serons appelés à nous battrent sur tout les fronts ou le rebelle se croit maitre, des engagements très dures contre des adversaires de plus en plus redoutables , n'infléchira pas notre devise «  Être et Durer « 
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marie
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MessageSujet: Re: Les Monts de la Medjerda .AFN.   Jeu 1 Sep 2011 - 11:56

Merci de nous faire partager ces souvenirs , de là une lecture enrichissante d'un vécu bien rempli ...
Continuez à nous faire marcher sur vos chemins , c 'est ainsi que nous pourrons retracer l 'histoire du passé d'hommes courageux et aux gloires victorieuses , car le passé appartient à ceux qui ont avancé et se sont battus pour permettre aux souvenirs d'être aujourd'hui présents dans la mémoire

study merci
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junker
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MessageSujet: Re: Les Monts de la Medjerda .AFN.   Jeu 1 Sep 2011 - 19:50

Merci Marie du compliment, la suite va croissant , dans les premières opérations en AFN ,Bigeard qui avait presque 6 mois de bataille dans le djebel, était rodé, quand je suis arrivé, il nous a mis à l'épreuve et c'est peu dire, car il y a eut du déchés ,impitoyable il conservait les meilleurs ,la sélection c'est faite en deux mois, combien en ais-je vu faire leurs paquets, virés sans autres explications, des nouveaux arrivaient sans césseent jusqu'à l'obtention d'une unité sans faille , la maladie était proscrite ,et encore plus les consultants pour quelques jours de bronchite ou autres, je me rapelle que sur un flegment à la gorge ,avec 40° de fièvre je suis parti en opération, le lieut. m'éyant dit ; "si tu te fait porter raide tu ne reviens plus dans l'équipe", j'aurais préféré crevé que de ne pas partir le mental à ce moment là compte plus que tout, c'est une question de fierté et d'orgueil, on ravale sa salive, et on ferme sa gueule ... voilà pour la suite que je vais vous faire connaitre.....
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MessageSujet: Re: Les Monts de la Medjerda .AFN.   

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