A 13 heures, la compagnie a pris position et attend le démarrage de la phase exploitation. Devant elle, la pente est forte, parsemée de taillis, de buissons touffus sous une petite futaie. Au cours des derniers mouvements de la mise en place, des tirs d'armes automatiques sanctionnent les déplacements, un légionnaire est tué d'une balle dans la tête. Les rafales proviennent d'un éperon rocheux, la cote 750, bien localisée. L'assaut sera donné dès que la CA, à l'est, aura établi la 2ème compagnie. Un tir d'artillerie de trois ou quatre minutes prépare le terrain pour l'action des fantassins.
A 13h45. Le colonel Jeanpierre, alors présent au PC du 5ème REI, à cinq kilomètres au sud du lieu de l'engagement ,est prévenu par radio et décide de survoler la région pour mieux se rendre compte. Jeanpierre, dont l'indicatif radio est"Jacky Soleil", est coutumier de cette manière de procéder. L'observation,à partir de l'Alouette, lui est devenue familière. Ce procédé de commandement lui permet d'être en toutes circonstances avec ses éléments de tête. S'il partage ainsi leurs risques, il peut aussi leur désigner les objectifs intéressants, les mouvements de l'adversaire trahissant ses intentions. L'équipage,un pilote et un mécanicien appartiennent à l'ALAT, mais comme les légionnaires, leurs compagnons habituels,ils sont devenu les hommes de Jeanpierre dont ils admirent sans réserve l'allant et l'efficacité. Ils apprécient aussi, de la part du patron des légionnaires, une amicale courtoisie sans préjudice d'un certain sens de l'humour, malgré son allure bourrue et la brièveté de la parole.
Le 29 mai, le mécanicien habituel, Jean Dalhiou, n'est pas disponible. Jeanpierre l'a surnommé "œil de lynx" en raison de son extraordinaire faculté à repérer l'adversaire, en dépit des difficultés du terrain. Le colonel et lui constituent dans ce domaine un tandem d'une redoutable efficacité. Dalhiou est remplacé par l'un de ses camarades, Guy Kolsh , le sergent-chef Jean-Louis Descaves pilote l'appareil.L'équipe est solide et bien rodée, les deux hommes d'équipage, comme leur passager, sont passionnés par l'action, l'action exaltante qui efface les notions de danger au profit de la satisfaction d'une participation efficace, voire déterminante, au combat qui se déroule à quelques mètres au dessous d'eux.
D'Alouette effectue des passages à basse altitude au-dessus de la principale position ennemie, d'où partent des tirs d'armes automatiques. L'appareil, apparemment invulnérable, poursuit ses manœuvres à une cinquantaine de mètres du sol. La 2 ème compagnie est prête pour l'assaut. Brusquement, le silence se fait, seulement troublé par les coups de feux; le sifflement caractéristique des moteurs de l'Alouette s'est arrêté, l'appareil disparait derrière les arbres, en direction du nord-est ,et s'écrase avec fracas. Il est 14h45 .Derrière son chef,la 3ème section se précipite. A 150 mètres,l'appareil s'est écrasé sur le côté droit; sans doute a-t-il touché le sol inégal avant de basculer. Les pales du rotor ont empêché une culbute complète dans la pente.
Les légionnaires s'installent en protection autour de l'épave tandis que le lieutenant Simonnot et deux de ses hommes se préoccupent des passagers .Retenu par son harnais,le colonel Jeanpierre est inanimé,la tête penchée sur la poitrine;le pilote et le mécanicien encore conscients sont écrasés sous lui. Détaché de son siège,Jeanpierre est étendu sur une toile de tente jetée sur le sol. Sa mort sera constatée presque aussitôt . Il portait une blessure à la tête ayant certainement provoqué un grave traumatisme crânien, de multiples fractures de la jambe droite, des contusions abdominales . Les deux sous-officiers de l'équipage,très grièvement atteints,décèderont à l'hôpital quelques jours plus tard. Une balle a coupé le tuyau d'alimentation d'essence; l'appareil étant trop bas, le pilote n'a pu le mettre en auto giration.
"Rouge", aussitôt informé, rend compte sur le réseau radio du régiment : " Soleil est Mort "!
Quelques instants plus tard, le commandant Morin et une équipe du sous-groupement sont sur place. La section Simonnot reprend la place pour l'assaut. Il est 15h30 . Depuis des mois, dira le Père Delarue, Aumônier du régiment, il se livrait à ce jeu mortel. Il en était toujours sorti gagnant.
La rage de l'assaut furieux livré par les légionnaires profondément touchés par la mort de leur chef qu'ils pensaient invulnérables emporte d'un seul élan la défense adverse .
Le bilan des pertes ennemies ne fait état d'aucun prisonnier pour cette journée là .
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A tous les Légionnaires et Personnels de l'ALAT