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 SORO Francis Chasseur Parachutiste 1er RCP assassiné par le FLN 23 juillet 1961

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Marcus
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MessageSujet: Re: SORO Francis Chasseur Parachutiste 1er RCP assassiné par le FLN 23 juillet 1961   Ven 29 Juil 2016 - 19:20

Pour rétablir la vérité et faire reconnaître la mémoire de Francis Soro, j'ai publié sur la page FB Le Colonel Actualités que je co-gère.


https://www.facebook.com/LeColonelActualites/
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FOUQUET66
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MessageSujet: Re: SORO Francis Chasseur Parachutiste 1er RCP assassiné par le FLN 23 juillet 1961   Sam 30 Juil 2016 - 16:23

Merci Claude Millet , Alexis Gervez et à tous ceux qui on posté pour rétablir la vérité et l'honneur de notre camarade.
Repose en Paix, Francis.
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http://www.legionetrangere.fr/
snop
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MessageSujet: Re: SORO Francis Chasseur Parachutiste 1er RCP assassiné par le FLN 23 juillet 1961   Dim 29 Jan 2017 - 13:20

Bonjour à vous tous,

Bien triste histoire qui me touche beaucoup, me peine.... mais qui montre le tempérament de ce grand homme....

RIP à toi Francis.

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guilhon
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MessageSujet: Re: SORO Francis Chasseur Parachutiste 1er RCP assassiné par le FLN 23 juillet 1961   Mer 1 Fév 2017 - 17:44

c est un devoir que d honnorer la memoire de tous ces heros!
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Claude MILLET
Fondateur
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MessageSujet: Re: SORO Francis Chasseur Parachutiste 1er RCP assassiné par le FLN 23 juillet 1961   Jeu 5 Avr 2018 - 20:24

Histoire@Polique n°32 a écrit:
Quand les soldats de l’Algérie française arrivaient en Lorraine. Le 1er régiment de chasseurs parachutistes (RCP) et la traque parachutiste de Metz
Lucas Hardt
Résumé :
Jusqu’à sa démobilisation à Metz en juillet 1961, le 1er Régiment de chasseurs parachutistes (RCP) fait partie de l’avant-garde des troupes d’élite (...)

Avant-propos[1]
L’événement connu comme « la ratonnade de Metz », ou bien « la nuit des paras », a peu retenu l’attention des historiens jusqu’à aujourd’hui[2]. Jusqu’à présent, seuls des journalistes se sont penchés sur cette chasse à l’homme menée par quelque 300 militaires contre des Algériens, à Metz, au cours de la nuit du 23 au 24 juillet 1961[3]. Cependant, dans leurs analyses, ils ont largement négligé les archives correspondant à cet événement, de sorte que celui-ci reste toujours entouré d’un certain flou. Cet article ne prétend pas répondre à toutes les questions restées ouvertes jusqu’à ce jour. Il s’agit d’une première contribution d’historien au travail de compréhension de la nuit du 23 juillet 1961, dans le cadre d’une histoire régionale de la Lorraine, d’une histoire de la guerre d’indépendance algérienne et d’une histoire des migrants algériens en France.
Dans le contexte de ce numéro de revue et d’un point de vue analytique, nous nous proposons d’approcher cet évènement par le lien entre « espace » [Raum] et « violence » [Gewalt][4]. Ainsi, nous argumenterons que, durant la nuit en question, Metz devient un « Gewaltraum », c’est-à-dire un espace social existant de façon temporaire, consistant en un champ d’interactions entre acteurs dont le comportement est influencé de façon décisive par un manque de contrôle efficace de la violence (physique) par les institutions[5]. À ce jour, l’évènement est largement tombé dans l’oubli. Néanmoins, nous démontrerons que cette chasse à l’homme devait, par la suite, profondément modifier la perception spatiale de la ville par les autorités et les habitants.
Afin de ne pas reprendre les termes racistes de l’époque qui hantent certains discours politiques et scientifiques jusqu’à nos jours, les événements de Metz ne seront pas traités en tant que « ratonnade », mais en tant que « traque parachutiste de Metz ».
Des Algériens à Metz
Dans l’entre-deux-guerres, la Lorraine figure déjà parmi les régions de la métropole qui attire le plus de migrants algériens[6]. Dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, leur nombre connaît une croissance d’une ampleur inédite. Au moment du déclenchement de la guerre d’indépendance algérienne, on compte environ 30 000 Algériens dans les seuls départements de la Moselle et de la Meurthe-et-Moselle. Ceux-ci habitent dans les agglomérations de Thionville, de Forbach et de Longwy, ainsi que dans les plus grandes villes telles que Nancy ou Metz. En raison de son rattachement au réseau ferré, le chef-lieu du département de la Moselle est le premier point de chute en Lorraine d’un grand nombre des migrants avant qu’ils ne poursuivent leur voyage vers les mines de charbon à l’est ou les bassins industriels plus au nord. Les Algériens qui choisissent de rester à Metz se regroupent surtout dans des locations situées dans quelques lieux précis, notamment la vieille ville et le quartier du Pontiffroy[7], ou bien ils logent dans des cafés-hôtels appartenant à des gens du pays. En 1954, leur nombre est estimé à 1 800, ce qui représente à peine 2 % de la population globale[8]. Néanmoins, ils font l’objet d’une grande attention de la part de la presse locale et de la municipalité. Celles-ci se soucient notamment des conditions de logement et de travail souvent précaires de ces citoyens à part. C’est leur présence en soi qui semble poser problème.
Dans le contexte de la guerre d’indépendance algérienne, Metz devient à partir du mois d’août 1955, le théâtre de plusieurs attentats politiques[9]. Ces attentats qui frappent les Algériens dans de nombreux lieux de la Lorraine ont alors pour cause principale les revendications de pouvoir et la rivalité des deux mouvements indépendantistes algériens clandestins, le Mouvement national algérien (MNA) et le Front de libération nationale (FLN). Ces deux mouvements se veulent les leaders uniques de la guerre d’indépendance. En Lorraine, comme à Paris, à Lyon ou bien dans le Nord, les migrants algériens sont confrontés depuis la fin de l’année 1955 au dilemme selon lequel tout insoumis à l’autorité du MNA, du FLN et de la police française doit craindre pour sa liberté, voire sa santé ou sa vie. Cette lutte de plus en plus acharnée entraîne à Metz des affrontements parfois spectaculaires, notamment des assauts de café-bars et des meurtres commis en pleine rue[10]. Les victimes de ces attentats sont essentiellement des Algériens[11]. Ainsi, ces crimes donnent une forte poussée à la criminalisation du milieu algérien dans son intégralité. Cela est perceptible autant dans les rapports de la presse régionale et locale qu’à travers le rejet de la main-d’œuvre nord-africaine par certains employeurs ou le discours et les pratiques de contrôle excessifs de la police et de la gendarmerie.
En première ligne pour l’Algérie française. Parcours du 1er RCP, 1955-1961
Tandis que les affrontements entre Algériens installent un climat d’insécurité à Metz, l’Armée française mène en Algérie une guerre ouverte et brutale, nommée contre-révolutionnaire. Du côté français, se trouvent en première ligne de ce combat les unités de la Légion étrangère, ainsi que les régiments de parachutistes. Afin de mieux comprendre les événements de Metz du 23 juillet 1961, il convient de retracer l’itinéraire de l’unité qui allait jouer un rôle décisif dans cette traque de Metz, à savoir le 1er régiment de chasseurs parachutistes (1er RCP). Créé en 1943 au Maroc[12], ce corps prestigieux, – à ce jour le régiment le plus décoré de l’armée française –, participe d’abord aux combats de la Libération de la France pour être ensuite transféré en Indochine. Depuis 1955, il combat en Algérie. Là-bas, durant six ans, les quelque 1 300 membres du régiment sont chargés de missions très diverses et combattent sur de nombreux terrains différents. Après avoir participé aux massacres perpétrés par l’armée française après le 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois[13], le régiment participe à la grande répression d’Alger[14] en 1957. Il s’y fait remarquer par son recours particulièrement fréquent à la torture[15], ainsi que par le rôle clé qu’il joue dans la disparition de Maurice Audin[16]. En octobre 1958, le 1er RCP mène des opérations de « ratissage » près de la frontière tunisienne[17]. Il est chargé de l’encadrement de manifestants français à Alger en mai 1958 et en janvier 1960[18]. Finalement, le 1er RCP est aussi fortement intégré aux actions menées dans le cadre du plan Challe. Peu avant de se mettre à la disposition des généraux putschistes d’Alger en avril 1961, le régiment poursuit sa lutte dite « anti-terroriste » dans les hautes montagnes des Aurès[19].
Trois caractéristiques essentielles et marquantes de cette unité militaire peuvent être retenues. Premièrement, un esprit de corps particulièrement poussé. Alors que certaines vertus comme la solidarité, le respect de la hiérarchie et le patriotisme sont inculquées à tout soldat français, la construction d’une « idéologie de régiment[20] » diffère pour ce qui est des corps d’élite tels que les parachutistes. Durant la guerre d’Algérie, à la base de l’identité du « para » du 1er RCP, il y a d’abord une tenue particulière, le béret rouge et l’uniforme de léopard ainsi que la pratique étendue de tout un ensemble de rituels et de chants martiaux[21]. Au 1er RCP, on fait connaître à chaque nouveau membre les principales étapes de l’histoire du régiment qui est toujours présentée comme particulièrement glorieuse. Certains chants et rituels varient par compagnie, d’autres sont partagés par tous les membres du régiment. Les compagnies sont désignées par une couleur qui leur est propre et reçoivent une tâche spécifique durant les opérations. Le sentiment d’unité, très fort au sein du régiment, se forme non seulement à travers une identité collective imposée par des symboles et des rituels, mais aussi au cours de l’entraînement et par l’expérience quotidienne d’actions communes et coordonnées en territoire hostile[22]. Par des postes de radio mobiles, les compagnies sont toujours en contact direct avec le commandement et les autres compagnies. Souvent, elles traquent des « suspects » et font évacuer des blessés en hélicoptère. Ainsi, pour chaque soldat, le sentiment de dépendre du collectif et du commandement est-il omniprésent. Deuxièmement, en tant que corps d’élite, les membres du 1er RCP devaient aussi partager un fort goût pour l’action ou, si l’on veut, une envie du combat. Les chants martiaux, qui alimentaient une identité de guerriers du premier rang, attribuaient à la violence au combat un rôle de purification morale, présentée comme incontournable et demandée par les soldats eux-mêmes[23]. En octobre 1958, le chef de corps intervenait auprès du commandement de la division pour obtenir que son régiment puisse retourner au combat afin de remonter le moral de la troupe[24]. De 1955 à 1961, que ce soit en ville, dans le bled ou dans les montagnes, les soldats du 1er RCP étaient presque toujours en action, c’est-à-dire en entraînement ou au combat. Ceux qui ne supportaient pas l’entraînement régulier du saut en parachute, les épreuves d’isolement, la menace constante d’affrontements, étaient mis à l’écart et mutés[25]. Il s’agissait de former et de préserver une troupe d’hommes résolus, obéissants, et sans aucune crainte de l’affrontement[26]. De ce dévouement total au combat découle, troisièmement, une sorte de fanatisme de la victoire ayant pour revers une hantise profonde de la perte de l’Algérie française. Durant tout le conflit, les officiers du 1er RCP rappellent régulièrement à la troupe non seulement les méthodes, mais aussi le sens de leur mission[27]. Cette attitude est renforcée par la structure sociale du régiment. Tandis que la troupe est formée presque exclusivement d’appelés, mobilisés surtout en métropole, les officiers et les sous-officiers ont dans leur grande majorité un lien personnel avec l’Algérie : beaucoup sont originaires d’Afrique du Nord ou liés avec une Française d’Algérie[28]. Ainsi l’approche de l’indépendance de l’Algérie génère une frustration croissante au sein du 1er RCP, conduisant le chef du régiment Plassard à participer au coup d’État en avril 1961[29].
La défaite de la France est certaine. À la suite de  l’échec du putsch des généraux, comme beaucoup de régiments, le 1er RCP est soumis à différentes mesures de discipline : un grand nombre d’officiers est muté et un nouveau chef de corps, le lieutenant-colonel Lafontaine, est nommé[30]. Finalement, le 1er RCP est rattaché à la 11e division légère d’intervention nouvellement créée et transféré en métropole. C’est ainsi que le 8 juillet à 23 h 30, les militaires du 1er RCP arrivent à la gare de Metz. Durant cette même nuit, certains Messins pouvaient entendre des cris « Algérie française » en provenance des camions qui transportaient les 1 300 militaires de la gare à la caserne Serette à Moulins-lès-Metz[31].
Quand des soldats d’Algérie rencontraient des Algériens à Metz
Pour certains migrants algériens en métropole, le retour des troupes d’Algérie a de graves conséquences. À la fin du conflit, plus de deux millions de jeunes hommes ont vécu la réalité d’une guerre coloniale où l’image de l’ennemi était nécessairement floue – tout Maghrébin était perçu comme suspect – et la peur d’un attentat omniprésente. De ce fait, il n’est pas surprenant de constater une certaine méfiance, voire une hostilité, de la part de militaires et d’anciens militaires de l’Armée française, vis-à-vis des Algériens. Néanmoins, dans l’état actuel de la recherche, Metz semble représenter un cas extrême durant la phase de grande démobilisation. Dans les premiers jours qui suivent l’arrivée du 1er RCP dans le chef-lieu de la Moselle, plusieurs affrontements entre parachutistes et Algériens sont enregistrés dans la ville : moins de 24 heures après leur arrivée, cinq parachutistes frappent à la tête et à la poitrine deux Algériens. La nuit suivante, le 10 juillet, un Algérien est battu à coups de ceinture par cinq parachutistes, tandis qu’un autre doit être hospitalisé après l’agression d’une dizaine de parachutistes. Dans la même nuit, un sous-officier parachutiste est attaqué par un groupe d’une dizaine d’Algériens. Le 16 juillet, un Algérien est hospitalisé après avoir été agressé par quatre parachutistes, alors qu’il consommait seul au Café de la Poste[32]. Depuis l’arrivée du 1er RCP à Metz, les affrontements entre parachutistes et Algériens prennent subitement le dessus par rapport aux « règlements de compte » entre Algériens et par rapport aux actions policières menées contre ceux-ci. Ainsi, au moins d’un point de vue algérien, l’arrivée du 1er RCP à Metz est l’une des multiples répercussions de la guerre coloniale en métropole et elle fait franchir à la violence un nouveau seuil. Pendant ce temps, la crise de Bizerte fait réapparaître la guerre en Afrique du Nord à l’horizon du 1er RCP. Lorsque les tensions entre la France et la Tunisie autour d’une base maritime atteignent leur paroxisme, un détachement composé de 600 hommes du 1er RCP est mis en état d’alerte le 19 juillet. Le 21 juillet, à 10 heures du matin, les parachutistes sont armés et font mouvement vers l’aérodrome de Metz-Frescaty, avec la Tunisie comme possible destination. Ce n’est que dans la soirée du 22 juillet que l’alerte est définitivement reportée et que tout le personnel du régiment regagne ses quartiers[33].
Le lendemain, la presse relate que les agressions commises par des parachutistes contre des Algériens en Lorraine ont atteint un premier point culminant : à Nancy, peu après 23 heures dans la rue Saint-Dizier, un Algérien a l’aorte perforée par un groupe de parachutistes appartenant à la 11e division légère d’intervention. Une demi-heure plus tard, un autre Algérien est retrouvé mort sur la place du général-de-Castelnau, atteint de six coups de poignard, l’implication de parachutistes dans ce crime ne fait aucun doute[34].
La traque des parachutistes à Metz
Les sources existantes sur le déroulement des affrontements au cours de la nuit du 23 juillet 1961 à Metz diffèrent à bien des égards. Le document qui, à ce jour, semble pouvoir nous mener le plus près de l’évènement déclencheur est le rapport établi par la 16e Brigade de police judiciaire, déposé au mois d’octobre 1961 après une enquête de grande envergure. Il écarte la version la plus répandue sur l’origine du conflit, à savoir une altercation autour d’une femme[35], et il minimise le rôle du FLN. Selon ce rapport, dès le samedi soir, le 22 juillet 1961, une bagarre oppose quatre soldats du 1er groupe de livraison par air (1er GLA), régiment également stationné à Metz, à un groupe d’Algériens au dancing Le Trianon. La police, qui n’en est pas avertie, ignore les faits. Le lendemain soir, un groupe encore plus important de militaires, et notamment de parachutistes, se rend à ce dancing situé au 39 rue Pont-à-Mousson avec, selon le rapport, l’intention d’« identifier, voire corriger les Nord-Africains responsables de l’incident de la veille[36] ». À 22 h 30, le soldat Henri Bernaz, légèrement blessé lors de la bagarre la nuit précédente, croit reconnaître l’un des agresseurs de la veille et s’approche de lui. Mais l’Algérien visé par Bernaz s’échappe aussitôt. Il gagne la sortie du bar pour courir en direction de la rue Saint-Paul. Plusieurs parachutistes se lancent à ses trousses alors que Bernaz demeure devant l’entrée. Il aperçoit un groupe d’Algériens de l’autre côté de la rue. Accompagné de deux autres militaires, Bernaz traverse la rue tandis que les Algériens, voyant les militaires s’approcher, se dispersent. Sur une distance de dix mètres environ, les trois parachutistes suivent deux Algériens en les interpellant, quand soudain ceux-ci se retournent pour tirer sur les trois militaires à coups de revolver. Bernaz, atteint en plein visage, meurt sur le coup. Les deux autres parachutistes sont blessés. Tout en continuant à tirer pour couvrir leur retraite, les Algériens s’enfuient en direction de la rue Saint-Paul[37]. Là, ils tombent sur les militaires qui s’étaient lancés quelques instants auparavant à la poursuite de l’Algérien fugitif. Encore une fois, les deux Algériens tirent plusieurs coups de revolver, blessant ainsi cinq autres militaires[38], dont Francis Soro, membre du 1er RCP, qui devait décéder le soir-même des suites de ses blessures.
La réaction des parachutistes à cette fusillade est immédiate. Souvent présentée plus tard comme un simple acte de « vengeance », elle correspond plutôt à la logique de punitions collectives, étant donné que les Algériens qui ont fait feu ne seront identifiés et arrêtés que le mois suivant. Les parachutistes se dispersent en groupes de plusieurs dizaines d’hommes et donnent la chasse aux Algériens dans plusieurs lieux de la ville dans laquelle ils circulent à pied ou en camion. Des renforts sont appelés[39]. Vers 23 heures, une trentaine de parachutistes armés de bouteilles vides et de bâtons entrent dans le café franco-marocain de la rue Pasteur à deux kilomètres du Trianon, faisant plusieurs blessés. Trois consommateurs sont transportés à l’hôpital[40], dont un est sans connaissance[41]. Pendant ce temps, un groupe d’environ 150 parachutistes, également armés de bouteilles, parcourt le quartier de la gare centrale et de la poste principale. Certains d’entre eux font irruption dans le buffet de la gare où ils s’attaquent à plusieurs clients, parmi eux un Sicilien, en faisant voler en éclat tables, chaises, verres et vaisselle[42]. Toujours à la même heure, un troisième groupe d’une centaine de parachutistes se rend dans le quartier du Pontiffroy, également pour s’attaquer à tout individu qui pouvait sembler être « nord-africain »[43]. Dans ce quartier, autour de 23 h 30, on enregistre des attaques de parachutistes contre des Algériens, notamment rue des Jardins, rue du Pont-Saint-Georges et rue du Pontiffroy. Vers une heure du matin, un Algérien est mortellement blessé par balles rue Gambetta[44]. Une demi-heure plus tard, deux journalistes du Républicain Lorrain sont interpellés dans la rue du Pontiffroy par des parachutistes circulant en camion et leur interdisant de faire des photos. Devant leur refus de céder la caméra à un capitaine, les journalistes sont emmenés au commissariat central de Metz[45]. La traque continue au moins jusqu’à 2 h 30 du matin quand un Algérien est également blessé par balles dans la rue du Pontiffroy, tandis qu’un autre est jeté dans la Moselle par les paras[46].

Carte 1. © FNSP Sciences Po. Atelier de cartographie, 2016.

Le bilan officiel de la nuit du 23 juillet établi par la gendarmerie fait état de quatre morts, dont deux militaires parachutistes, un « civil français » (il s’agit du barman du Trianon atteint par le ricochet d’une balle), ainsi qu’« un F.S.N.A. [Français de souche nord-africaine] ». D’autre part, parmi les 28 personnes blessées, la gendarmerie compte huit militaires parachutistes, dix-sept « F.S.N.A. », ainsi que trois « civils »[47]. Ce bilan, reproduit par certains journaux et contredit par d’autres[48], fait alors l’objet d’une critique de la part de la Fédération mosellane de la Ligue des droits de l’homme. Cette association estime que le nombre de blessés algériens se situe plutôt entre 80 et 100, rappelant que bon nombre d’Algériens n’auraient pas été enregistrés par les hôpitaux, soit parce qu’ils avaient été rejetés à l’accueil soit parce qu’ils avaient préféré éviter tout contact avec les autorités françaises[49]. On notera d’autre part, que les bilans officiels établis par la gendarmerie, le commissariat central, ainsi que par les Renseignements généraux (RG), différenciaient « civils » ou bien « civils français » et « FSNA » ou bien « Nord-africains »[50], et que les Algériens étaient exclus de la catégorie des civils. Ce constat amène à supposer que tous les services des forces de l’ordre impliqués dans l’affaire interprètent au moins de manière implicite ces affrontements comme les effets d’une guerre opposant les Algériens de Metz dans leur ensemble aux soldats de l’armée française.
Les réactions à la nuit de Metz
Examinant les réactions de la population messine à cette nuit du 23 juillet, les RG distinguent quatre courants d’opinion majeurs. Certains milieux de gauche auraient vivement critiqué les exactions des parachutistes et demandé la dissolution du corps de parachutistes[51]. Cette position, la plus minoritaire, s’oppose à celle d’autres civils qui sympathisent ouvertement avec l’action des parachutistes, allant jusqu’à les véhiculer et les encourager dans leurs actions pendant cette nuit du 23 juillet[52]. Entre ces deux pôles, les RG croient pouvoir constater que la majorité des habitants de Metz n’approuve pas l’ampleur des agressions commises par les parachutistes mais voient tout de même les Algériens comme une menace à encadrer. La position des commerçants rapportée par les RG semble significative à ce sujet :
« La très grosse majorité des commerçants est favorable à l’arrivée des paras à Metz car un climat d’insécurité régnait à Metz depuis de nombreux mois (vols, attaques nocturnes par de nombreux N.A. [Nord-Africains]). La police qui reste dans la légalité était impuissante à faire revenir l’ordre. Après la réaction spontanée, quoique brutale des paras, on peut envisager que les N.A. ne seront plus « maîtres » des rues le soir venu. Cette réaction a été et est très commentée par la population et presque toujours dans un sens favorable aux paras[53]. »
Enfin, le rapport des RG est beaucoup plus bref mais explicite au sujet de la réaction des Algériens de la ville : « À Metz, les Nord-Africains sont effrayés à la suite des évènements de la nuit dernière. Ils ont réellement peur des parachutistes[54]. » Cette angoisse devient plus compréhensible si on prend en compte certaines positions dans la presse lorraine par rapport à l’évènement reflétant un climat très hostile vis-à-vis des Algériens. Tandis que les deux principaux journaux, Le Républicain Lorrain et l’Est Républicain, adoptaient d’abord une position indécise en parlant d’une « tragédie », La Voix Lorraine publiait une véritable incitation à la persécution contre la communauté algérienne dans son ensemble : 
« Qu’on organise des rafles ! Qu’on les renvoie chez eux, s’ils ne veulent pas nous laisser en paix chez nous. Ou mieux, tant que ne sera pas finie cette guerre fratricide, qu’on les parque soit pour leur permettre d’exercer en paix un métier honorable et connu sous la protection de l’armée soit pour les empêcher de nuire. Et ceci jusqu’à la résolution finale [sic !] de l’épineux problème maghrébin. Mais qu’on ne tolère plus que dehors, ou dans les prisons, ils empoisonnent l’existence des citoyens honnêtes[55]. »
À la suite des dispositions prises par l’administration au lendemain de la fusillade du Trianon et de la traque qui a suivi, la ville de Metz prend l’aspect d’une ville en état de guerre. Le dispositif pour le maintien de l’ordre est renforcé de quelque 200 hommes.[56] La ville est divisée en trois secteurs confiés respectivement à un escadron de gendarmerie mobile, à une compagnie républicaine de sécurité (CRS) et au Corps urbain chargés de patrouilles ininterrompues entre 18 heures et 1 heure du matin en semaine et jusqu’à 3 heures du matin les week-ends. De plus, des « patrouilles mixtes sur jeeps », composées de trois militaires, dont deux parachutistes et un gradé du corps urbain, sont « chargées de sillonner, sans arrêt, toutes les artères de la ville[57] ». À partir de minuit, chaque individu et chaque véhicule rencontrés en ville doivent être contrôlés[58]. La présence et les contrôles des forces de l’ordre à Metz prennent alors une ampleur inédite depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Presque un mois après la traque, dans la soirée du 19 août 1961, entre 18 heures et 1 heure du matin, 95 patrouilles contrôlent encore 48 véhicules et interpellent 463 personnes, dont 197 « Nord-Africains »[59]. D’une manière générale, les forces de l’ordre suivent la consigne d’effectuer le « contrôle par sondages de l’identité des personnes suspectes […] et notamment les Nord-Africains[60] ». La patrouille responsable du quartier de la gare est chargée d’effectuer des passages fréquents au buffet et d’y procéder notamment à « l’expulsion des Nord-Africains dont le comportement apporterait des troubles à la tranquillité publique[61] ».
Les réactions de l’opinion publique, ainsi que les mesures administratives prises à Metz à la suite de la nuit du 23 juillet 1961, ont considérablement attisé les animosités entre habitants algériens et français qui s’étaient déjà amplifiées depuis le déclenchement de la guerre d’indépendance. La ségrégation de l’espace urbain, conclue le 26 juillet 1961 par la création de zones interdites d’accès aux militaires, en est un reflet majeur. En effet, trois jours après la traque, plusieurs rues où habitaient beaucoup d’Algériens étaient délimitées par des panneaux en forme de carré rouge et ces rues étaient déclarées interdites aux parachutistes[62]. Le climat régnant à Metz, les consignes données aux forces de l’ordre par rapport aux « Nord-Africains » et l’intégration des parachutistes au nouveau dispositif de contrôle de la ville font en sorte que les rues habillées d’un panneau rouge prennent la fonction de véritables zones de protection pour Algériens. Dès le lendemain de leur délimitation, le commissaire central de Metz note à ce sujet que les Algériens évitent de quitter ces zones et qu’ils évitent d’autant plus de se rendre au centre-ville ou au buffet de la gare où beaucoup d’entre eux se rendaient par habitude[63]. D’autre part, ces zones font l’objet de nombreuses critiques. Le Républicain lorrain les perçoit comme les premiers jalons d’un ghetto arabe et note : « En interdisant l’accès de certaines rues aux militaires, ne va-t-on pas également écarter les civils de ces mêmes artères[64] ? » À la suite de plusieurs protestations, notamment celles des commerçants, les panneaux sont enlevés, à peine une semaine après leur installation[65], sans pour autant que le dispositif militaire et policier soit modifié. Ce n’est qu’au mois de février 1962 que l’effectif des forces de l’ordre est allégé et que le ministère de l’Intérieur retire la compagnie de CRS spécialement envoyée à Metz[66]. Pour ce qui est du 1er RCP, c’est seulement au mois de septembre 1962 qu’il quitte le chef-lieu de la Moselle pour Pau où il stationne jusqu’à ce jour.

Carte 2. © FNSP Sciences Po. Atelier de cartographie, 2016.

Quel est l’apport du concept de « Gewaltraum » pour l’analyse de la traque parachutiste de Metz ? Premièrement, le terme affirme que le régime de violence (Gewaltordnung) durant cette nuit du 23 juillet 1961 ne se réduisait pas à un lieu isolé comme pourrait l’être une prison ou une chambre d’interrogatoire. La présence des parachutistes a eu pour conséquence que, durant au moins une nuit, toute une partie de la ville de Metz est devenue une zone dangereuse pour tout Algérien et un véritable terrain de chasse à l’homme pour les militaires. Étant donné que les forces de l’ordre messines ne sont pas intervenues pendant au moins quatre heures[67], la loi du plus fort dominait alors le rapport entre parachutistes et Algériens à Metz. Deuxièmement, dans ce cas, le concept de « Gewaltraum » peut mettre en évidence que les agressions commises par les « paras », qui s’inscrivaient dans un répertoire guerrier cultivé durant la guerre d’Algérie, allaient créer des nouveaux rapports à l’espace social, non seulement pour les Algériens mais aussi pour le reste des habitants de Metz. La création de deux « zones de protection » interdites aux parachutistes le rend d’autant plus évident. Avec l’implantation des panneaux rouges, les Algériens étaient assignés, d’une manière symbolique, à demeurer sur le terrain où la majorité d’entre eux vivait et là où les paras avaient principalement mené leur chasse à l’homme. Ainsi, la violence s’inscrit-elle de manière durable dans l’espace urbain. Cet effet « créateur » de la violence par rapport à l’espace semble révéler que, troisièmement, la traque des parachutistes pouvait s’intégrer dans le régime des rapports sociaux existant à Metz bien avant l’arrivée du 1er RCP. Après avoir molesté des journalistes et surtout fait, en dehors de toute légalité, au moins un mort et plusieurs dizaines de blessés, les parachutistes étaient incorporés au dispositif pour le maintien de l’ordre. C’est-à-dire qu’en commettant des agressions principalement contre des citoyens français – le statut officiel des Algériens à l’époque –, et ceci dès leur arrivée, les parachutistes parvenaient à augmenter leur popularité, ainsi que leur position de pouvoir en ville. Indépendamment du fait de savoir si la fusillade du Trianon était un attentat mené par le FLN ou pas[68], la traque, ses précédents ainsi que ses conséquences à Metz, démontrent, plus qu’aucun autre événement, que des logiques de la guerre coloniale étaient à l’œuvre en Lorraine.
Pour citer cet article : Lucas Hardt, « Quand les guerriers de l’Algérie française arrivaient en Lorraine. Le 1er régiment de chasseurs parachutistes (RCP) et la traque parachutiste de Metz », Histoire@Politique, n° 32, mai-août 2017 [en ligne, www.histoire-politique.fr]
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SORO Francis Chasseur Parachutiste 1er RCP assassiné par le FLN 23 juillet 1961
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