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 Opération survie.

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Roger Bodson
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MessageSujet: Opération survie.   Jeu 11 Mar 2010 - 21:24

Mon opération survie:

Racontée par Julien KLEIN, mise en récit par Roger BODSON.



En 1952, j'avais 16 ans et voulais faire carrière à l'armée, je m'engageais donc. En novembre 1952 je rejoignis la caserne de Flawinne, centre d'instruction de l'infanterie pour six semaines d'instruction de base. L'instruction élémentaire terminée, affecté au régiment je fus transféré à la compagnie d'instruction para à la citadelle de Namur sous les ordres du lieutenant BAERT. Je suivis donc l'entrainement pour avoir mon béret rouge et réussissais les tests pour avoir le droit de porter celui-ci. Le jour de la remise des bérets, j'étais fin prêt, tiré à 4 épingles, briqué comme un sous neuf quand quelques heures avant la cérémonie le lieutenant BAERT m'interpella " Mais Julien, quel âge as-tu?" " 17 ans et demi, mon lieutenant" " Alors je suis désolé dit-il, il faut 18 ans pour être para, tu ne peux recevoir ton béret aujourd'hui". Imaginez ma déception, avoir réussis et devoir continuer à porter un béret kaki!! Devenu RTU par la force des choses je fus versé au régiment para pour apprendre la radio. Quelques jours après mes 18 ans, je demandais le rapport du commandant de compagnie pour voir si je pouvais recevoir mon béret rouge et il me répondit que je devais repasser les tests, si j'en étais capable. Je repassais donc une deuxième fois les tests et reçu enfin ce précieux béret lie de vin.

Je passais ensuite mon brevet parachutiste à Schaffen.

Ayant réussis les tests pour être radio, le capitaine FEREMANS me désigna comme radio à Kamina. Je m'embarquais donc pour le Congo.

En 1956, j'ai fait le raid de survie mis au point par le colonel MILITIS, alors capitaine. Quelques uns l'avaient déjà fait et un jour on nous a parachutés dans la savane en 10 squats de 8. A peine au sol, nous devions donner tout ce que nous avions comme vivres et surtout comme cigarettes, ce détail à son importance. Les officiers nous expliquaient que, théoriquement, nous étions en territoire ennemi et que nous devions éviter les agglomérations, que nous n'avions pas de ravitaillement et que nous devions vivre de ce que nous trouverions comme gibier ou plantes. On nous donna un point de ralliement que nous devions atteindre en 10 jours si possible. Nous recevions une boîte de ration scellée, et, accompagnés d'un guide et d'un instructeur nous nous enfoncions dans les matitis où nous constations rapidement que nos boussoles étaient inutiles étant dans une région riche en minerais de fer. Pour repère nous avions au loin un arbre assez caractéristique mais nous le voyions seulement quand nous étions sur une colline, dans des herbes faisant 3 mètres de haut nous avions dévié souvent de notre route et il fallait regrimper à nouveau pour corriger notre trajectoire plutôt fantaisiste dans cette brousse. Le premier jour nous tombions sur notre premier gibier, une vipère cornue, ce fut d'ailleurs le seul que nous tuâmes sur les dix jours de l'exercice. Une autre équipe eut plus de chance que nous, elle tuait une antilope ce qui lui assura une provision de viande pour plusieurs jours.

Nous avions partagé la vipère en dix et ce petit morceau de viande allait agrémenter la soupe de tembo-tembo, herbes à éléphant et de voumba-voumba, autre plante comestible renseignée par notre guide africain, que nous allions manger pendant 10 jours. Petite précision, une fois la soupe cuite, nous retirions le morceau de "viande" pour la soupe suivante. Et pendant que nous essayions d'avaler cet infâme brouet, l'instructeur qui lui avait des vivres en quantité se préparait un bon repas dont le fumet venait chatouiller nos narines. Repas qu'il partageait avec le guide, et comme si cela n'était pas suffisant il allumait une cigarette et venait nous souffler la fumée sous le nez. Dire qu'il y avait tout ce qu'il fallait pour faire un bon repas et surtout pour fumer dans cette boîte de ration que nous trimballions dans notre sac avec la défense d'en briser les scellés sous peine de rater la survie.

Et comme si la faim ne suffisait pas, le deuxième jour alors que j'ouvrais le chemin avec une machette j'eu un geste maladroit et fendis le cuir de mes rangers, aussitôt l'eau s'infiltrait dans ma chaussure droite, l'humidité alliée au frottement me firent rapidement des plaies au pied mais je continuais, et puis y avait-il moyen de faire autrement.

Au soir du troisième jour, après avoir avalé ma soupe, si on peut appeler cela de la soupe, l'envie de fumer était trop forte, je roulais des feuilles d'une plante et commençais à fumer cette cigarette improvisée, en avalant cette fumée je perdis conscience quelques secondes, je jetais cette cochonnerie et n'ai plus renouvelé l'expérience. Et pendant ce temps là, l'instructeur continuait à se mijoter des petits plats et surtout à fumer devant nous.

Le cinquième jour, nous arrivions à un point de contrôle où un médecin nous examinait et décidait si nous pouvions continuer ou non. En voyant les plaies de mon pied droit, il voulait m'empêcher de poursuivre mais je lui ai dit que je n'étais pas d'accord et que j'irais jusqu'au bout. Finalement il me laissa repartir avec l'équipe mais l'instructeur lui nous quittait, fini de nous tenter avec ses repas et ses cigarettes. Le guide africain continuait avec nous, et comme il ne pouvait plus profiter des vivres de l'instructeur et qu'il était soumis au même régime alimentaire que nous, il commença à nous procurer des champignons pour agrémenter notre soupe et surtout il nous dénicha des thermites. Bon ce n'était pas de la viande mais c'était mangeable. Nous chauffions nos gamelles à blanc et après avoir arraché la tête et les ailes des thermites nous les jetions dedans pour bien les rissoler, ce n'était pas comparable aux crevettes bien sûr mais cela avait quand même un goût assez agréable. Cette nuit là, celui qui était de garde s'assoupi et laissa mourir le feu, brusquement je fus réveillé par un cri, c'était mon voisin qui criait en wallon " I a one bièsse ad'lé mi" (Il y a un bête près de moi). J'empoignais mon fusil et tirais en l'air pour être certain de ne toucher personne.



Avec la vipère cornue c'était le deuxième animal qui était assez près de nous et dans le noir nous n'avons même pas pu en profiter pour le tuer.

Nous vîmes encore des singes les jours suivants mais beaucoup trop loin pour pouvoir espérer les abattre. Soupe de tembo-tembo et voumba-voumba avec un morceau de vipère qui faisait trempette, champignons et thermites, fut notre menu invariable pour le reste de la survie. J'allais oublier le seul fruit que nous avions trouvé, des petites oranges sauvages vraiment trop amères pour que nous puissions les manger, mais leur jus servait à masquer le goût infâme des cachets que l'on mettait dans nos gourdes pour rendre l'eau potable.

Nous étions enfin à l'aube du dixième jour, nous touchions au bout mais nous ne savions pas que moralement se serait le plus dur. Nous arrivions enfin sur une piste et pensions que les derniers kilomètres seraient un jeu d'enfant. Mais là, des instructeurs nous attendaient et nous devions rendre nos sacs avec tout le matériel, y compris la boîte de ration scellée, nous avions même du remettre nos montres, nous gardions juste une gourde d'eau et notre fusil. En avant marche, si la progression était plus facile sur la piste que dans la brousse, après avoir marché 9 jours dans des terrains mous le choc de nos pas sur la terre tassée finis par nous faire mal aux chevilles. Brusquement à un tournant de la piste nous voyions les camions, encore 1 km et c'était fini, mais arrivés à 100 m des camions, ceux-ci redémarrèrent et disparaissaient derrière un tournant de la piste. A ce moment un indigène se trouvant le long de la piste nous tendis une tartine, nous passâmes stoïquement devant lui en essayant de l'ignorer, car les instructions étaient bien claires, pas de contacts avec quiconque avant la fin de l'exercice. Et le pire restait à venir, à la sortie d'un tournant de la piste, nous voyions des tables dressées avec de la nourriture exposée en abondance et comble de tentation, il y avait un para-commando que je connaissais bien puisqu'il était de Dison comme moi, Franz JOSET (n.d.l.r. membre de Verviers) qui touillait dans une casserole de riz. Pas question de succomber, la survie serait finie quand nous aurions atteint les camions. Nous marchâmes encore plus ou moins 4 kilomètres pour atteindre ces foutus camions. Là, nous devions resserrer nos bretelles et faire du drill pendant 15 à 20 longues minutes. Enfin, on nous donna un peu de riz et un petit pain, dont nous ne pûmes manger que la moitié et une cigarette dont la fumée nous fit tourner la tête.

Objectif atteint, j'avais perdu 10 kilos en 10 jours mais nous avions réussi notre opération survie.

Départ.



Coupée en 8, le morceau n'est pas bien grand!

Première riviere à traverser.



Et il y en aura encore beaucoup comme celle-là?


Un moment de repos.

5éme jour, l'instructeur va nous quitter.

Voila le garde-manger, une thermitière.

9ème jour, on prend la pause
.
Dernier jour, on sent l'écurie.
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RHP
confirmé
confirmé
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MessageSujet: Re: Opération survie.   Jeu 11 Mar 2010 - 22:42

Sympath, les photos sont de bonnes qualité!
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Opération survie.
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