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 Général LANGLAIS et DBP

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guy
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MessageSujet: Général LANGLAIS et DBP   Sam 23 Jan 2010 - 20:16

Extrait du magazine HISTORAMA de mai 1984
IL Y A TRENTE ANS, LE 7 mai 1954à 17 h 30, les combats cessaient dans le camp retranché de Dien Bien Phu.
Depuis lors, les exégètes militaires, les politiques, les médias ont traité de ces cent soixante-dix jours de travaux harassants, d'assauts sanglants, de contre-attaques décimées, de bombardements meurtriers. Quelques-uns ont témoigné simplement de la bravoure des combattants sacrifiés, de faits d'armes discrets ou éclatants et de l'indomptable moral des assiégés. D'autres, qui assumaient à l'époque des responsabilités de commandement, ont cherché, dans le déroulement de la longue bataille, des justifications à leurs choix et à leurs réactions. Il n'est pas jusqu'à une émission de télévision récente qui n'ait tenté de présenter ce drame guerrier sous un jour tendancieux, peu propice à la vérité historique.
On penserait pourtant que, après trente ans, la documentation des historiens des guerres d'Indochine est complète ... Il restait néanmoins quelques zones d'ombre, que seul pouvait éclairer l'un de ceux qui ont directement participé aux combats, à un niveau, de responsabilité permettant de ne rien ignorer des impératifs du moment et des décisions prises.
C'est au général Langlais, actuellement président de l'Association des anciens de Dien Bien Phu, à l'époque lieutenant-colonel commandant les bataillons de réserve et les contre- attaques, puis, à compter du 14 mars 1954, chargé du commandement effectif de l'ensemble de la défense, que nous sommes allés poser quelques questions sur des points toujours controversés.
CE N'ÉTAIT PAS UNE «CUVETTE »
EN 1963, LE GENERAL Langlais avait témoigné, dans un livre paru aux éditions France-Empire, de ce qu'avaient été les combats de Dien Bien Phu. Il l'avait fait avec un souci de ménager ses supérieurs hiérarchiques et ses camarades de combat dont le général de Gaulle et le général Catroux l'avaient alors félicité et remercié. Aujourd'hui, conscient que le trentième anniversaire de la bataille et ses célébrations officielles offrent peut-être la dernière occasion de reconnaître publiquement toutes les vérités, il veut dire tout ce qu'il sait et tout ce qu'il a pensé sur le sujet.
Et d'abord sur l'opportunité de l'installation du camp retranché et sur le choix de l'emplacement.
- Il faut préciser, dit-il, que le général Navarre a jugé seul obligatoire de défendre le Laos, avant même que le gouvernement français, fort hésitant, se fût prononcé sur cette obligation. Il est certain que le commandant en chef, à peine au courant des problèmes indochinois depuis août 1953"a pensé qu'il ne faisait que précéder une décision gouvernementale. Il est également certain qu'il n'a pas reçu de directives précises à ce sujet. Restait à peser les forces disponibles et à prévoir les réactions ennemies. Le choix de la position, fortement recommandée par le général Cogny, commandant terrestre au Tonkin, qui eût voulu « pouvoir y transporter sur roulettes les installations de Na Sam », était justifié sur le plan géographique. Dien Bien Phu se situait, en effet, sur le parcours obligatoire que devrait suivre une invasion militaire vers le haut Mékong. Mais personne ne s'est avisé que le relief, couvert de jungle, permettait parfaitement, à quelques bataillons chargés de fixer les défenseurs, de masquer le débordement de la position par de très forts effectifs.
« De plus, les états-majors prétendaient que le Viet ne pourrait se maintenir en brousse plus de quelques semaines: le riz manquerait. C'était, bien sûr, sans compter avec la logistique du balancier et de la bicyclette.
Des inconvénients plus immédiats furent reprochés à Dien Bien Phu. On disait-on a continué à le dire -que c'était une cuvette. .
- Faux, dit le général Langlais. Une plaine montagneuse de quinze kilomètres sur huit n'est pas une cuvette. La meilleure preuve en fut d'ailleurs que tous les assauts d'infanterie furent lancés du pied vers le haut des positions de nos troupes, installées aux sommets de buttes de faible altitude.
On disait aussi, ce qui était vrai, que l'éloignement de la position allait obliger l'aviation française à de rudes efforts. L'une des conséquences les plus tragiques des difficultés de transport aérien allait être la notion des blessés. Le général Langlais en donne une explication qui fait chevaleresquement confiance à l'adversaire.
- Je ne sais qui, à Hanoi, a embarqué dans un avion sanitaire des médicaments conditionnés dans de vieux emballages. Les Viets, qui observaient soigneusement tout ce qui se passait sur la piste de Dien Bien Phu, ont vu décharger ces caisses qu'ils ont crues être de munitions. Les avions sanitaires, jusque-là épargnés, ont alors subi le sort commun.
Dans son plaidoyer « pro domo » titré Le Temps des vérités, paru en 1979, le général Navarre a cherché à présenter une autre excuse à l'échec de son action en Indochine. Dès sa prise de commandement, il se serait aperçu que les troupes qu'il avait à commander étaient « au bout du rouleau », usées physiquement et moralement, surclassées par l'adversaire. Le général Langlais réplique vivement que cette assertion lui semble fausse en ce qui concerne les troupes d'élite qu'il eut à commander alors, parachutistes et légionnaires.
- On ne peut en vouloir, ajoute-t-il, aux troupes nord-africaines, qui se sont en général brillamment conduites, si leur tonus se ressentait des relèves qui venaient de leur apporter, en échange des anciens d'Italie et d'Allemagne, des boujadis de moins d'un an de service. Quant aux unités de supplétifs, sans doute n'étaient elles pas préparées moralement ni instruites pour ce genre de guerre.
- Pourquoi donc, conclut-il, le commandement a-t-il fait peser sur ces unités, qu'il jugeait peu solides, le sort de la bataille? Et, bien plus, le sort de l'Indochine tout entière ?
Car, à son avis, dès l'assaut vietminh du 13 mars sur le point d'appui Béatrice, qui dévoilait à la fois la détermination de l'ennemi et la puissance de son artillerie, une évidence s’imposait : puisque Giap avait concentré tout son corps de bataille sur Dien Bien Phu, nous devions en faire autant. Quand on veut livrer bataille en choisissant son terrain, un simple précepte de stratégie veut que l'on s'arrange pour y être le plus fort.
- Or, remarque le « gars Pierre » - c'est ainsi qu'on appelait le colonel Langlais dans les conversations radio du camp retranché -Dien Bien Phu ne fut jamais, dans l'esprit du général Navarre, la seule bataille importante sur le théâtre indochinois. D'importants effectifs de troupes de qualité étaient gelés, voire gaspillés, dans des entreprises coûteuses telle l'opération Atlante sur les plateaux d'Annam-Sud. (1)
Le général Langlais ne peut oublier que, alors que ses bataillons paras s'épuisaient, en avril, dans les combats de défense des points d'appui d'Eliane, il demanda le parachutage rapide du 2e bataillon étranger de parachutistes en réserve à Hanoi, qui lui avait été promis. Il s'entendit répondre que la décision de largage ne pourrait être prise durant le weekend; on ne pouvait toucher le commandant en chef parti à la chasse à Dalat, lui affirma-t-on.
Ces mesures de renforts au compte-gouttes posaient évidemment aux défenseurs un problème sans solution : aussitôt largués, les bataillons frais, qu'il eût fallu consacrer aux contre-attaques, devaient en fait être intégrés dans le dispositif statique, pour relever sur les points d'appui les unités anéanties. Chaque perte de position rétrécissait le périmètre et rendait plus aléatoires les largages ultérieurs. Il eût été nécessaire, alors, de multiplier les effectifs de renfort, pour disposer à la fois de points tenus solidement et d'une force de manœuvre puissante. Ce qui ne fut jamais dans l'optique du commandement.
Les généraux Navarre et Cogny ne comprenaient pas que les bataillons parachutistes, étiquetés « de réserve» dans leurs plans de défense, dussent ainsi satisfaire en priorité à des missions statiques. Ainsi le général Navarre -t-il attribué, dans son plaidoyer déjà cité, à une défaillance des patrons de Dien Bien Phu la non réalisation de la contre-attaque prévue pour reprendre Béatrice le 14 mars. Le général Langlais s'en explique d'une phrase.
La rapidité de la chute [de Béatrice] et le manque de renseignements sur les dispositions d'interception prises par l'adversaire interdisaient de lancer une contre-attaque, pour laquelle les deux bataillons réservés auraient été insuffisants.
S'il l'a dit et écrit c'est, bien sûr, qu'il avait pesé les chances de succès. Le but n'était pas de faire tuer des hommes indispensables, mais de reprendre des points d'appui qu'ils• pourraient tenir. Dans les cinquante cinq jours qui suivirent, les combattants montrèrent d'ailleurs qu'ils savaient bousculer leurs adversaires et leur reprendre le terrain perdu, aussi bien sur Dominique et Huguette que dans les combats des Eliane, où, sans marchander leurs pertes, sous le commandement du commandant Bigeard, les paras reconquirent de vive force l'indispensable Eliane.
- Pourtant, dit encore, trente ans après, le général Langlais, j'ai cru au succès pratiquement jusqu'à la fin. Nous savions très bien que nous devions nous battre et vaincre sur place. Les solutions envisagées par les états-majors et les médias faisaient état de percées possibles vers le Laos ou la chaîne Annamitique. Partie du Laos, la colonne commandée par le colonel Godard, improprement baptisée « Crèvecœur» du nom du chef du Territoire, s'avançait péniblement en direction du camp retranché. Pas plus que son aide illusoire, celle des maquis méos dilués dans la jungle n'eût pu soulager réellement ceux qui se seraient évadés du piège. Ils n'avaient aucune chance de rompre l'encerclement en unités constituées sans une bataille de rupture pour laquelle ils manquaient d'effectifs et de munitions d'artillerie.
Alors, pourquoi se battaient-ils encore?




(A l'horizon, vues du point d'appui Claudine, les collines de la face EST, clés de la bataille Les photos ont été prises par le médecin lieutenant Rondy (1°B.E.P.) qui parvint à les rapatrier en les glissants dans les plâtres des blessés, ce qui explique leur mauvais état)
LES VIETNAMIENS = 50% DES EFFECTIFS
LE GÉNÉRAL Langlais qui les a tous vus à l'œuvre, a su trouver leurs motivations :
- Les Vietnamiens, dit-il, représentaient environ 50% de nos effectifs. Le plus grand nombre servaient chez les légionnaires. D'autres au sein d'un bataillon parachutiste de l'armée vietnamienne. Tous, mis à part une petite compagnie de ce se B.P.V.N., lancée dans une contre attaque trop tôt après son largage le jour de l'assaut ennemi sur Gabrielle, se sont magnifiquement battus, et jusqu'au bout. Ils avaient choisi leur camp et luttaient pour leur peau, sachant trop bien le sort que leur réservait l'ennemi. Dès le cessez-le-feu du 7 mai, le vietminh leur fit bien voir qu'ils ne s'étaient pas trompés, comme le F.L.N. le fit en 1962 avec nos harkis demeurés fidèles.
« Les Nord-Africains se dévouaient d'abord, comme ils l'ont toujours fait, à des chefs respectés, connus et parlant leur langue.
« Les légionnaires et les parachutistes français se battaient parce que c'était leur métier, et qu'ils étaient fiers de leur arme et de leurs traditions. En plein combat, sept jours seulement avant la chute du camp retranché, la Légion a marqué, par une cérémonie sous le feu, l'anniversaire de Camerone.
« Je ne suis pas sûr qu'ils se soient tous vraiment demandé s'ils combattaient pour la défense du monde libre. Je crois qu'ils le faisaient simplement pour leur honneur de guerriers, pour leurs chefs et pour les copains.
« Il serait malhonnête de nier qu'il y eut des défaillances. Dans ce contexte de combats sans sommeil, de blessures qui dépassaient les moyens d'un service de santé au-dessus de toutes louanges, de morts sans sépultures, de bombardements permanents, il eût été anormal qu'aucun ne montrât ses faiblesses. Ainsi de ces éléments sans contrôle, rescapés ou enfuis des points d'appui submergés, qui se sont réfugiés dans la brousse bordant la rivière, en plein centre du champ de batail1e, et qu'on appela " les rats de la Nam Youn ". Moins de 1 % de l'effectif total; cela peut-il être mis en balance avec les 750 volontaires de toute race, venus de toutes- les troupes d'Indochine, qui, de nuit et en plein combat, sautèrent en parachute pour la première fois, et pour beaucoup d'entre eux pour la dernière fois de leur vie? Et ces volontaires n'avaient-ils pas d'autant plus de mérite à ce sacrifice que l'opinion publique acceptait déjà, " suivant l'opinion de l'Etat-major d'Ha- noi ", écrivait un quotidien parisien, la perte du camp retranché?
Quelques figures traversent encore les souvenirs du général Langlais. Celle du colonel Piroth, commandant l'artillerie de Dien Bien Phu, venu le voir dans son abri au soir de la chute de Béatrice en déclarant : « Il faut arrêter ça ! » Il avait estimé à sa juste et tragique importance la révélation de la puissante artillerie vietminh dont il avait cru jusque-là pouvoir nier l'efficacité. En se couchant cette nuit-là, le colonel Piroth dégoupilla une grenade dans son lit de camp.
La figure douloureuse aussi du colonel de Castries, commandant le camp retranché, qui, jusqu'à la captivité comprise, assuma avec dignité les responsabilités extérieures de sa charge, même si, nerveusement déprimé par le premier choc reçu le 13 mars, il délégua le poids écrasant du commandement réel de la défense au lieutenant-colonel Langlais.
Aujourd'hui, en parlant de ces jours de fureur, de passion et de gloire, dans son salon de Pau rempli de souvenirs d'Extrême-Orient, le « gars Pierre » garde intacte sa fierté d'avoir été le vrai « patron» de Dien Bien Phu. A peine sa voix se voile-t-elle quand il répète:
- Oui, j'y ai cru jusqu'au bout.
Jusqu'à l'après-midi du 7 mai, quand j'ai entendu le message radio de Bottela et de Brechignac qui disaient: « Au revoir, c'est fini. »

Propos recueillis par Alain Gandy
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