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 Op. BERGBANG: SAS Belges

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Roger Bodson
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MessageSujet: Op. BERGBANG: SAS Belges   Mer 11 Fév 2009 - 10:04

OPERATION BERGBANG



Par Jean TEMMERMAN, présentation Roger BODSON





En m’appuyant sur les différents ouvrages de Jean TEMMERMAN, je voudrais vous relater l’histoire (presque) complète de l’opération BERGBANG.

Cette opération fut beaucoup plus que ce qui est généralement connu. A savoir l’odyssée du Lieutenant Van der HEYDEN et de ses hommes qui furent parachutés par erreur en Allemagne, derrière la ligne Siegfried, étant ainsi les premiers soldats alliés a pénétrer en Allemagne, traversèrent celle-ci et piquant à la boussole à travers les fagnes rejoignirent la D.Z. de Solwaster en deux nuits.

Ce ne fut pas une mince affaire, car j’ai connu les fagnes à la fin des années 50 avec les scouts, il n’y avait pas beaucoup de sentiers tracés et aucune piste en claie. Voulant rejoindre le Noir Flohay (Que les SAS ont dû longer ) à travers la lande, nous avancions de 800 à 1000 mètres par heure parmi les têtes de morts *, de jour et par beau temps. Je vous laisse imaginer les difficultés rencontrées par l’équipe du Lieutenant Van der HEYDEN 15 ans plus tôt avançant à travers ce terrain de nuit, dans le brouillard et la pluie, sans carte détaillée et devant progresser discrètement pour ne pas se faire repérer par l’ennemi.

Oui l’opération BERGBANG fut plus que cela. Quarante SAS (le quart des effectifs) furent parachutés dans notre région, et sans les obscures réticences et oppositions des milieux gouvernementaux belges de Londres les SAS Belges auraient écrit les pages les plus glorieuses de la libération en lettres de feu dans notre région dès le mois de juin 1944.



Roger BODSON



* La molinie, cette graminée de 40 à 120 cm forme des mottes, élevée parfois de 60 à 70 cm, isolée les une des autres qui rendent la marche pénible. Elle est extrêmement répandue dans certaines étendues fagnardes.



Naissance d’une opération. (Extrais du fascicule Opération Chaucer)



AVRIL 1944



Le général Mac Leod, commandant la brigade du Service Aérien Spécial, abandonna les commandants des régiments anglais et des bataillons français à leurs réflexions et se tourna vers le capitaine Blondeel, chef de la compagnie des parachutistes belges.

« Bien entendu, fit-il, la zone opérationnelle des Belges sera la Belgique. »

Quoique considérant que cela allait de soi, l’officier belge fut heureux de l’entendre dire.

Le général communiqua les directives de l’autorité supérieure qui concernaient les Belges: Deux ou trois jours avant le débarquement couper toutes les communications entre certaines villes pour empêcher la 12e division blindée allemande d’envoyer des renforts vers la France.

L’état-major de la brigade avait traduit ces directives en projets d’opérations. Deux équipes seraient parachutées dans l’Est de la Belgique pour y installer deux bases opérationnelles. D’autre part vingt groupes de six hommes chacun seraient lâchés à proximité d’objectifs (chemin de fer, câbles téléphoniques, dépôts d’essence, etc.) qu’ils détruiraient la nuit même de leur atterrissage pour profiter de l’effet de surprise. Cela fait, les groupes se replieraient sur les bases d’où ils tisseraient un réseau d’observation en attendant l’ordre de passer au harcèlement.

Muni de ces indications le capitaine des parachutistes belges se fit conduire à un immeuble isolé dans un parc; il ne put y accéder qu’en montrant ses papiers qui furent soigneusement examinés par la garde.

L’adjudant assis devant une table à dessin bondit au garde à vous à l’entrée du capitaine puis s’éclipsa discrètement. Il n’alla pas loin car il lui était interdit de sortir du parc et même d’avoir des contacts avec les membres d’autres unités SAS. Il fuma philosophiquement une pipe près de l’entée en considérant que l’honneur de collaborer aux travaux du bureau d’opérations, qualifié de « bureau d’étude » de la compagnie parachutiste belge valait bien certains désagréments.

Le commandant chargé du bureau d’étude enleva ses lunettes pour pointer sur une carte les objectifs « dans l’est de la Belgique ». Bien que plus élevé en grade il ne manquait pas d’appeler de temps en temps son interlocuteur « mon capitaine », sans respect exagéré, mais avec le désir de reconnaître l’autorité du chef de l’unité. Officier d’active il ne rêvait que de « faire des affaires » ou tout au moins de gagner de l’argent alors que le chef, officier de réserve, ne pensait qu’à sa tâche de temps de guerre.

Les « Là, là, ici, ici encore un pont de chemin de fer... » étaient lancés avec désinvolture par le tacticien presque joyeux de découvrir tant d’objectifs à détruire qu’il désignait d’un doigt léger.

Au fur et à mesure que le doigt se posait sur la carte, le visage du capitaine se rembrunissait. « Cela n’ira pas » soupira t’il préoccupé.

« Tiens, pourquoi pas? » s’étonna le tacticien dont l’optimisme béat ignorait ou voulait ignorer les difficultés.

Du ton excédé d’un ingénieur contraint d’expliquer qu’on ne peut faire tourner un moteur à essence avec du jus de betterave le capitaine qui avait griffonné quelques chiffres sur un morceau de papier s'expliqua sèchement. « Parce que si l’on veut que les destructions soit difficilement réparables, il faudrait des kilos d’explosif représentant la charge de 500 hommes; et nous ne sommes que 140. »

Autant par gentillesse naturelle que par désir de réconforter le capitaine, car il n’aimait pas d’avoir des gens soucieux en face de lui, le petit stratège affirma que les hommes de la résistance pourraient aider les parachutistes à porter leurs dangereux paquets.

« Pouvez-vous être sûr que la même nuit vingt groupes de résistants pourront se trouver à vingt terrains de parachutage sans qu’un seul soit intercepté par l’ennemi? Le secret doit être total et on multiplierait les risques d’indiscrétion par vingt au carré? Et si courageux que soit les résistants ils ne sont pas entraînés comme les parachutistes: parviendront-ils à les suivre avec leur chargement, à progresser en silence?... »

Le capitaine s’interrompit. Le tacticien ne paraissait plus écouter, affairé à retrouver ses lunettes. « Il égare tout, en opération il se perdra, se dit le capitaine. Mais à quoi pense t’il? »

Le tacticien pensait que c’était ennuyeux d’être si souvent à la recherche de ses lunettes. Il devrait les attacher autour du cou avec une chaînette... non ce serait gênant... un binocle, tiens retenu par une boucle derrière l’oreille... quoique... Le petit stratège n’avait aucun respect humain mais tout de même un binocle, est-ce que cela ne jurerait pas avec une tenue, même de fantaisie, d’officier parachutiste?...

Le silence lui indiqua qu’il devait fournir une réponse à une remarque qu’il n’avait pas saisie. « Evidemment » dit-il, ce qui ne l’engageait guère.

Le capitaine reprit: « Nous devons simplifier cette mission, établir un contreprojet ».

Connaissant la rapidité d’exécution et la puissance de travail du capitaine, le tacticien s’inquiéta et s’empressa de déclarer: « Certes, toutefois il se fait tard et je suis désolé mon cher, car ce soir exceptionnellement, très exceptionnellement, j’ai un rendez-vous... important. Ne pourrions-nous pas... ».

« Rien ne presse, répondit le capitaine, conciliant, pour autant qu’un nouveau projet bien charpenté, bien détaillé, soit prêt pour demain midi ».
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Roger Bodson
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MessageSujet: Re: Op. BERGBANG: SAS Belges   Mer 11 Fév 2009 - 10:07

15 MAI 1943



Le bureau d’étude avait mis la dernière main à un nouveau projet d’opération.

Le petit stratège n’avait que légèrement modifié le projet initial. Il y avait toujours 20 équipes parachutées près d’objectifs et se repliant après mission remplie sur une ou plusieurs bases assez éloignées mais l’opération ne visait plus que les lignes de chemin de fer entre la Belgique et l’Allemagne. Ce n’était pas génial, toutefois l’adjudant, à grand renfort d’encre de Chine, avait établi de si belles cartes que l’état- major fut favorablement impressionné.

Adepte de la méthode expérimentale le capitaine profita des collines boisées de l’Ecosse pour y organiser dans une nature évoquant « l’est de la Belgique » des manoeuvres au cours desquelles, comme par hasard, une vingtaine d’équipes devaient saboter une vingtaine d’objectifs et se replier rapidement vers un camp.

Les manoeuvres démontrèrent, comme le capitaine le releva dans son langage influencé par la technique, que le nombre d’inconnues et de paramètres était trop élevé pour que l’opération soit entièrement réussie.

Le projet fut remis sur le métier. Deux sections établiraient une base forte et des bases secondaires puis toute la compagnie serait parachutée et après de nombreuses reconnaissances informerait par radio des sabotages possibles. Ces sabotages seraient effectués sur ordre de la Brigade. Le nouveau projet reçut un nom de code: « Opération BERGBANG ».



26 MAI 1944



L’embarras du général était visible.

Les SAS belges seraient les plus utiles en Belgique.

Mais le gouvernement belge paraît s’opposer au parachutage de l’unité belge en Belgique.

Alors? Alors il faut attendre; donc l’intervention de la compagnie parachutiste belge sera ajournée.



6 JUIN 1944



Pour hâter le lever de ses hommes le caporal signaleur avait, comme chaque matin ouvert son poste de radio.

Un bref communiqué captiva l’attention des habitants de la baraque: « Ce matin les forces alliées ont débarqué en France les opérations se déroulent conformément au plan établi. »

Le débarquement enfin! Mais..

« Mais et nous, on reste ici! »

« S’entraîner si durement pour un débarquement auquel on ne participe pas! »

Le caporal tenta d’endiguer l’indignation montante: « Tout le monde ne peut pas être parachuté en même temps. Il est normal que les Français opèrent en France. Nous, on nous réserve sans doute la Belgique; »

« Quand? Après la libération, pour rendre les honneurs aux autorités! »

L’énervement gagna le caporal; « Puisque je vous dis que la Brigade ne peut pas être lâchée en une fois. Vous devriez le comprendre. Nous ne sommes certainement pas les seuls à demeurer en arrière. Renseignez-vous avant de critiquer ».

On se renseigna. Ce ne fut pas facile mais des informations glanées auprès du cuisinier de la Brigade, au dépôt de ravitaillement, chez la cantinière qui connaissait une jeune fille dont le fiancé était un ami de quelqu’un qui fréquentait un jeune officier anglais, etc.., on parvint à dresser un tableau de la situation.

Les Français étaient en France, de nombreux SAS anglais aussi, assez loin derrière les lignes, l’état-major tactique de la Brigade s’était installé dans le Sud de l’Angleterre et les Belges, ça on le savait suffisamment, continuaient à manoeuvrer en Ecosse, le coeur gros.

Le commandant de la Brigade diffusa un bref ordre du jour: « Les troupes SAS ont eu l’honneur d’être probablement les premières à débarquer sur le sol français ». Cela ne consola pas les Belges, au contraire.

A la baisse du moral correspondit un accroissement des jurons. Même l’aumônier, ce saint homme, lâcha quelque chose qu’il baptisa pudiquement d’oraison jaculatoire.



11 JUIN 1944



Les équipes de reconnaissance reçoivent instruction d’être prêtes au départ dans les vingt-quatre heures.

Le capitaine prend le train de nuit pour se rendre à l’état-major tactique, reçoit les plans de l’opération BERGBANG et revient en Ecosse.



16 JUIN 1944



Communication téléphonique de la Brigade: l’opération BERGBANG est autorisée. Le capitaine doit aller prendre ses ordres à l’état-major tactique.







17 JUIN 1944



L’état-major tactique et le général sont désolés, franchement désolés; Il y a contrordre parce que le gouvernement belge s’oppose au départ de l’unité en opération.

« De nouveau? » rugit le capitaine qui demanda au général de profiter de sa présence près de Londres pour obtenir des renseignements ( voire des explications estimait le capitaine). Le général autorisa une démarche, pour autant bien entendu que le secret sur les opérations demeure bien gardé.

Même dans des circonstances exceptionnelles, il est difficile à un capitaine même brillant et énergique, d’obtenir une entrevue avec un ministre même en exil. L’officier parvint à s’entretenir avec un major qui parla au nom du premier ministre chargé également du portefeuille de la défense nationale.



19 JUIN 1944



Le major dont les décorations indiquaient qu’il avait participé à la guerre de 1914-1918 était un homme sérieux, posé... et formel: « Ni le gouvernement belge, ni le ministre de la défense nationale ne se sont à aucun moment opposés à ce que les parachutistes belges opèrent en Belgique ou ailleurs ».

« Mais alors? » fit le capitaine perplexe.

« Alors j’ignore, le ministre ignore d’où peut provenir l’opposition. Voyez à la sûreté militaire. »

Le capitaine entreprit une tournée des petits ducs qui régissaient la sûreté militaire, l’état-major anglais des Forces Spéciales, le bureau de ceci, la section de cela. Partout les réponses furent évasives.

Lorsque le capitaine eut terminé de lui raconter ses démarches, le général commandant la Brigade SAS soupira: « Et pourtant j’ai bien eu des instructions de l’état-major interallié. Je ne puis vous envoyer en Belgique ». Désireux d’utiliser une unité qu’il estimait, comprenant la déception des Belges, le général ajouta: « Je vais demander au général Koening, commandant les troupes de la Résistance française de pouvoir vous parachuter en France ».

En attendant les Belges entendirent avec amertume les rapports d’officiers ayant effectués des opérations derrière les lignes ennemies en France. Les conclusions de ces rapports furent appliquées lors de nouvelles manoeuvres fatiguantes et réalistes.



14 JUILLET 1944



Ennuyé par la désillusion et l’impatience des Belges, le général se déplaça pour les haranguer. Il leur promit que la compagnie aurait des missions importantes à accomplir en Belgique mais il sentit qu’un certain découragement subsistait. Faute de pouvoir plus, il accorda cinq jours de congé de détente. La nouvelle fut accueillie avec moins de satisfaction qu’il espérait. Les Belges pensaient que si on démobilisait ainsi l’unité pendant cinq jours, c’est que le départ en opération était encore lointain, voire problématique.

Le général confia aux officiers qu’il y avait des chances de voir aboutir la demande d’opérer en France. Il s’agirait de reconnaissances parachutées appelant ensuite des renforts pour harceler l’ennemi et accélérer sa retraite.

Ces missions seraient courtes afin que les parachutistes puissent être rapidement réutilisés pour l’opération « Belgique » qui demeurait la principale.



23 JUILLET 1944



Il avait suffi que les parachutistes profitent des cinq jours de congés donnés par le général pour que parvienne l’ordre de dépêcher immédiatement 3 équipes de reconnaissance au camp de transit.

Le capitaine constitua rapidement un groupe, lui fit distribuer du matériel et, avant de gagner lui-même le camp de transit, écrivit rapidement des instructions que trouveraient les officiers à leur retour de congé.

Ce fut le début de l’opération « CHAUCER » première mission des SAS Belges.

Pour êtres les premiers soldats alliés, en uniforme, ( à l’insu ses autorités belges de Londres) à pénétrer en Belgique les SAS devront attendre le 16 août 1944.

Pour l’exécution de l’opération « BERGBANG » ils devront patienter jusque début septembre 1944.
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Roger Bodson
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MessageSujet: Re: Op. BERGBANG: SAS Belges   Mer 11 Fév 2009 - 10:09

PREMIER EN ALLEMAGNE : Extrait du livre DES ACROBATES SANS IMPORTANCE.



2 SEPTEMBRE 1944



La grande opération « BERGBANG » (grande à l’échelle de l’escadron belge) débutait modestement. Le commandant Cassart n’avait avec lui qu’un télégraphiste, Demoor, et trois hommes, De Heusch, Quirain et Thévissen, pour observer le trafic ennemi dans la région Liège - Maastricht - Aix-la-Chapelle et pour préparer l’arrivée des troupes de harcèlement.

Et ce modeste début était déjà compliqué par les difficultés de parachutage. Le commandant avait demandé d’être lâché près de Louveigné. Ce n’était pas possible. On lui proposa un terrain au environs de Solwaster. C’était loin de la ligne Liège - Aix-la-Chapelle. Enfin, faute de mieux... Mais Solwaster n’était qu’à 1500 mètres de la frontière allemande; il était trop dangereux de s’y poser sans comité de réception.

Le pilote déclara que s’il n’y avait pas de comité de réception à Solwaster, il connaissait un terrain prés de Durbuy où il parachuterait l’équipe à l’aveuglette. « Ce n’est pas loin de Solwaster » affirma le navigateur. Evidement, ce n’était qu’à un quart d’heure ... en avion!

En descendant sous un beau clair de lune, le commandant remarqua qu’il allait tomber près d’une route où passaient des camions. Tapi derrière une ferme après son atterrissage il fut rassuré en voyant les camions poursuivre leur route; les parachutistes n’avaient pas été aperçus.

Le télégraphiste et un homme avaient rejoint l’officier. Ils cherchèrent leurs deux compagnons dans les bois, s’aplatissant brusquement derrière une haie lorsqu’ils aperçurent une patrouille cycliste qui circula à un mètre d’eux.

A 5 h le groupe interrompit ses recherches pour se reposer. A 6 h le soleil qui montait indiqua au commandant qu’il pouvait être vus de la route. Ils s’enfoncèrent dans les bois. Thévissen reçus l’ordre de garder les équipements tandis que commandant et télégraphiste s’efforçaient de retrouver les manquants.

A 8 h un providentiel fermier leur permit de découvrir les disparus dont l’un s’était blessé à la jambe en touchant le sol, et les mis en rapport avec la résistance locale.

Vers 10 h un message s’envola vers la base anglaise: «Sommes prêt à accueillir renforts dans zone convenant à l’aviation ».



3 SEPTEMBRE 1944



Le commandant se pencha une nouvelle fois sur ses cartes.

L’équipe campait aux environs de Somme-Leuze, à bonne distance de Liège; mais Solwaster était moins loin, et le commandant de la zone V de la résistance moins loin encore.

Optimiste comme à l’accoutumée, le commandant calculait les distances par routes; il pensait qu’il serait assez facile d’utiliser les routes en direction du Nord.

Sous la pluie, revêtu de vêtements civils, l’officier pédala vers Mormont, à une quinzaine de km du camp pour rencontrer le commandant de la zone V et le sous-lieutenant Mathys de l’opération « BRUTUS ». L’un et l’autre étaient absents. Néanmoins des dispositions furent prises avec un lieutenant de l’état-major de la zone V pour que des comités de réception soient établis à Louveigné et à Bronromme. Des moyens de transport furent promis au commandant.



4 SEPTEMBRE 1944



La promesse des moyens de transport ne s’était pas concrétisée.

Le commandant décida de s’emparer d’un véhicule allemand. Au moment où le groupe prenait position le long de la grand-route, un lieutenant du maquis annonça qu’il conduirait un véhicule par un chemin sûr et rapide jusqu’à l’endroit où les effets et les équipements avaient été déposés.

L’équipe retourna donc vers sa base. Le lieutenant du maquis menait la marche, précédant le commandant dont les hommes suivaient à plus de 100 mètres. A un détour du chemin les deux officiers tombèrent nez à nez avec 4 voitures et une quinzaine d’Allemands. Avertis par un geste du commandant les parachutistes s’écartèrent du chemin pour se former en position défensive.

Des coups de feu retentirent, puis ce fut le silence. Prudemment les parachutistes regagnèrent leur camp.

Dans l’après-midi le commandant Cassart réapparut à la base, assez défraîchi.

Le lieutenant de la résistance avait été tué. Le commandant raconta que sans arme, il avait effectivement prêté sa carabine au télégraphiste en prévision de l’embuscade sur la grand-route, il avait été fait prisonnier, malmené, frappé et menacé de mort. Tout lui avait été enlevé, même ses lunettes. Il fut placé dans un véhicule pour être interrogé au poste de police de Durbuy mais le convoi fut attaqué à Septon. Le commandant fut enfermé dans une cave dont il parvint à s’échapper. « Il était temps, dit-il car j’ai vu les Allemands achevant des maquisards blessés qui portaient pourtant un uniforme. J’ai fui à travers les bois et suis parvenu à la ferme de Badden, gardée par des résistants. Je suis parvenu à prouver mon identité, on m’à mis sur la bonne route et me voila ».

Un parachutiste trouva cette histoire bizarre. Comment le commandant savait-il qu’on l’emmenait à Durbuy pour interrogatoire? Les Allemands n’ont pas l'habitude de dévoiler leurs projets à leurs prisonniers.

Comment l’officier avait-il réussi à prouver son identité à des résistants généralement méfiants alors que les allemands lui avaient tout pris? Le parachutiste pensa que le commandant s’était simplement perdu après l’escarmouche mais ne fit part à personne de son opinion. Après tout en temps de guerre, même l’invraisemblable peut être vrai.

Quoi qu’il en soit l’équipe n’avait toujours pas de moyens de transport et un message avait communiqué la lettre de reconnaissance pour le parachutage de Louveigné. Comment la transmettre au comité de réception?

Une jeune fille voulait bien s’y rendre à bicyclette mais n’était pas sûre d’être crue; les résistants ne se connaissaient pas entre eux et se méfiaient des étrangers à leur groupe local.

* * *


Le capitaine John Van der Heyden (Lieutenant assimilé au grade supérieur en opération) tournait comme un lion en cage dans la tente dite « des opérations » du camp de transit anglais. Il lisait et relisait des messages des groupes se trouvant derrière les lignes et surtout pestait contre une opération aéroportée (finalement décommandée) qui privait les SAS de transport aérien et contre le temps épouvantable qui gênait les vols.

Il avait appris la libération de Bruxelles avec satisfaction mais redevenait hargneux en se demandant quand il rejoindrait avec ses hommes le commandant parachuté deux jours plus tôt pour préparer l’opération « BERGBANG ».
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Roger Bodson
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MessageSujet: Re: Op. BERGBANG: SAS Belges   Mer 11 Fév 2009 - 10:16

5 SEPTEMBRE 1944 ( en Belgique occupée)



Le télégraphiste regrettait l’absence de son collègue et ami, le long Marcel Deméry; il avait l’impression que s’il avait été avec lui, comme en France, les transmissions auraient été meilleures.

La liaison s’effectuait difficilement. Des parasites troublaient l’écoute. Il fallait demander la répétition de passages entiers.

Pendant que le parachutiste s’énervait, ses compagnons observaient à la jumelle un tir d’artillerie, à quelque douze km au Sud, vers Marche où, selon des résistants, des Alliés étaient parvenus.

Le commandant espéra arriver le lendemain au terrain de parachutage. Les bois ralentirent la progression; le guide se trompa. L’avance ne fut que d’un kilomètre à l’heure. Les repas étaient sommaires et irréguliers; les parachutistes souffraient surtout de ne plus avoir de cigarettes.

Le soir, le groupe n’était qu’à Sarva.

* * *


(A Fairford, Grande-Bretagne)

Le temps s’améliorait. Des parachutages auraient sans doute lieu la nuit.

Dans le camp de transit, les parachutistes belges devant rejoindre le chef de l’unité près de Gedinne (opération NOAH) croisaient ceux qui allaient être parachutés dans le Limbourg (opération CALIBAN) et dans l’agitation due au départ tout proche, bousculaient presque les gens de l’opération « BERGBANG ».

Enfin, tous furent conduits à l’aérodrome de Tarrant-Rushton.

Avec le pilote et le navigateur, John vérifia l’emplacement de la zone de saut prévue, s’assura de la route qui serait suivie et établit de quelle hauteur devait s’effectuer le lâcher.

Le soir tombait sur l’aérodrome, et avec lui la brume et le silence. Les parachutistes sont calmes. Comme le conta John des années plus tard: « C’est la minute où on savoure le risque qui se prépare, où on sent le petit pincement de la carcasse qui essaie une dernière fois de se rebeller, en vain d’ailleurs, car le goût de l’action est le plus fort ».

Les onze hommes s’installent dans le gros bombardier Stirling et chantent: « J’aimerais connaître l’auxiliaire féminine qui a mis une couverture dans mon parachute ».

Les moteurs grondent, l’avion décolle, chacun s’assoupit.



6 SEPTEMBRE 1944



Depuis 20 minutes, John, à coté du trou béant, observait de grandes zones noires, les forêts, des taches plus claires, des champs, un ruban argenté, une rivière.

Le convoyeur vint lui crier qu’aucun comité de réception ne se manifestait. Fallait-il rentrer? A l’idée de tourner de nouveau en rond dans la tente du camp de transit, John eut un sursaut. Ah non! On sautera à l’aveuglette, à quelques km du terrain prévu au cas où les allemands y seraient.

Docile, l’avion vire légèrement sur l’aile. D’en bas un phare lance un doigt lumineux dans la nuit. L’avion ralentit. Lumière rouge dans la carlingue. Lumière verte. Les parachutistes se jettent dans le trou.

John se dégagea de l’arbre sur lequel il était tombé, en lisière d’une forêt. Pas un bruit. L’avion revint et lâcha 15 colis. Tout à coup une violente détonation secoua l’air.

L’équipe se regroupe, Prête à faire front. Il n’y a qu’un contusionné, le sergent-infirmier, Emonts-Pohl.

Des sirènes hululent.

« Mon capitaine, communiqua le sergent-radio, Maurice Flasschoen, la détonation a été provoquée par l’explosion d’un panier ».

Les conteneurs sont transportés vers le bois, dans une agréable odeur de café destiné à la résistance et dont l’emballage a éclaté.

« Mon capitaine, dit le sergent-radio, le poste est détruit ».

Fâcheuse nouvelle.

Les parachutistes trouvent chaque conteneur plus lourd que le précédent.

« Mon capitaine, fit Flasschoen, le poste de réserve est intact ».

« Bon, préparez-vous à envoyer un message ».

John rédigeait un texte concis lorsque le sergent-radio revint.

« Mon capitaine, c’est le comité de réception qui devait nous remettre les cristaux contenant les fréquences d’émission... Mais il n’y a personne... »

Sans cristaux pas de liaison possible. John remis son papier en poche.

« Où sommes-nous, mon capitaine? »

« On le découvrira bien tantôt. Finissons d’abord de cacher ces conteneurs ».

« Mon capitaine, annonça le sergent-radio, nous pourrons capter les messages de la base avec le petit poste récepteur ».

Ce sera précieux d’obtenir des nouvelles car il avait été déclaré en Angleterre que les trains ne roulaient plus en Belgique et ici on entendait le sifflement de locomotives et le roulement de convois. Et puis ce phare ou ce projecteur n’avait pas été signalé.

Emonts-Pohl avait tressailli en entendant siffler un train. Il confia au capitaine: « Nous sommes en Allemagne ».

« Qu’est-ce qui peut faire croire cela? »

« Le sifflement du train. Les locomotives allemandes ont un sifflet différent des locomotives belges. Ayant habité près de la frontière, je l’ai souvent constaté ».

Mal à l’aise, ne voulant pas y croire, le capitaine objecta qu’une locomotive allemande pouvait fort bien circuler en Belgique et y siffler à sa façon. « On verra, déblayons d’abord le terrain ».

Il est 4 h, les conteneurs sont évacués.

Trois patrouilles partent à la recherche de point de repère. John en conduit une. Après un quart d’heure de marche, il atteint un petit hôtel au bord d’une rivière. Le bâtiment est contourné, avec prudence. Une enseigne en forme de drapeau, une inscription « Gasthaus..zur Mühle ». Le groupe est bien en Allemagne!

Les autres patrouilles retrouvées à la zone de saut en sont venues à la même conclusion.

6 h. Mas manque. Tant pis, il faut quitter au plus tôt ce terrain de parachutage. Pour dépister d’éventuels poursuivants les parachutistes prennent une direction peu prévisible: l’Est, plus vers l’Allemagne encore. Afin de dérouter des chiens, ils marchent dans la rivière, jusqu’à une pente escarpée où ils se terrent sous les sapins.

Le sergent-radio, petit récepteur à l’oreille, jetait des lettres sur le papier. Après la réception il se plongea dans son livret de code comme un Bénédictin sur un palimpseste.

« Alors? » chuchota John.

« Mon capitaine, il y a sans doute confusion dans les codes. Les messages sont indéchiffrables ».

Pas d’émetteur, pas de code, pas de cartes d’Allemagne, guère de munitions, quelques crève-pneus, cela se présente mal.

Des coups de feu proviennent du terrain de parachutage. Impossible d’y retourner pour se ravitailler.

Il n’y a qu’une chose à faire; marcher plein Ouest, à la boussole, gagner la Belgique et y trouver la résistance et, avec un peu de chance, l’équipe du commandant.

Mas rejoint ses camarades. Il a été surpris par un Allemand; c’est sans doute ce dernier qui a donné l’alarme.

Dans la soirée le brouillard apparaît, mêlé de pluie. John bénit le mauvais temps qu’il maudissait l’avant-veille.

Près d’un gros village, le capitaine Van der Heyden essaie de lire une inscription sur une borne. Des voix gutturales retentissent. Une patrouille allemande croise les parachutistes sans les voir.



N.D.L.R. :Il paraîtrait qu’ils ont pus déterminer l’endroit où ils se trouvaient en déchiffrant les inscriptions des pierres tombales d’un cimetière. Mais je n’ai jamais trouvé mention de ce fait dans les écris de Jean TEMMERMAN ou d’un autre auteur.

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Roger Bodson
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MessageSujet: Re: Op. BERGBANG: SAS Belges   Mer 11 Fév 2009 - 10:17

6 SEPTEMBRE 1944 (suite)



A la demande du commandant, Demoor tenta d’expédier des messages à 8 h. La base ne captait rien, ou presque rien. L’opérateur changea de cristal; la nouvelle fréquence était également brouillée par des parasites.

Des émissaires prièrent les fermiers voisins d’arrêter leurs moteurs électriques.

A 10 h la réception n’était pas meilleure. La pluie qui ne cessait pas brouillait-elle les liaisons? Les messages péniblement déchiffrés ne fournissaient que des indications peu claires.

Le commandant avait pensé pouvoir partir à 9 h. Ce ne fut pas avant 13 h que le dernier télégramme décodé, il donna le signal du départ, salué par des coups de feu tirés à une centaine de mètres.

Le guide était meilleur que celui de la veille. Au Sud de Sy, le groupe traversa l’Ourthe sans ennuis.

A 17 h la halte dura deux heures pour la réception et le décodage de messages dont une partie demeura incompréhensible.

A la tombée du jour le groupe put se sécher et se reposer dans une ferme isolée. Un nouveau guide se présenta et confirma ce que le commandant avait déduit de sa carte; il faudrait traverser une région sans couvert, atteindre la contrée boisée de l’Amblève avant l’aube et, si possible, franchir la rivière. Le guide ajouta que le trafic s’intensifiait sur toutes les routes.



7 SEPTEMBRE 1944



John attendit que les bruits de la patouille allemande se soient dissipés puis fit signe de continuer.

La marche fut arrêtée par des barbelés protégeant des positions d’artillerie.

Crèvecoeur et Polain dégagent un passage grâce à leurs pinces coupe-fils; la pluie qui tombe à torrents couvre les grincements de l’acier.

Après une petite rivière surgissent des obstacles antichars, de nouveaux barbelés, une sorte de glacis. Les parachutistes belges sont les premiers alliés sur la ligne Siegfried mais aucun ne pense à y sécher son linge trempé.

Une lampe émet des signaux à droite. En face une autre lampe répond. John découvre ainsi par où il doit se faufiler.

Au fond d’un ravin Van der Heyden distingue une voie de chemin de fer, un petit canal, une rivière. Une patrouille reconnaît ces obstacles que le groupe franchit sans difficulté.

L’eau glacée semble s’infiltrer jusqu’aux os. Les chaussettes détrempées clapotent contre les semelles qui elles-mêmes s’arrachent avec un léger bruit de succion du sol spongieux.

En pleine forêt, John ordonne le repos. Il est 2 heures.

* * *


Au moment où John s’arrêtait, le commandant et ses hommes repartaient; ils furent heureusement surpris d’arriver au maquis de Chapelle Saint Roch, à 6 km de là, en moins d’une heure.

En se séchant, l’officier reprit espoir. Si cela continuait ainsi ils arriveraient peut-être à temps pour le parachutage.

A 3.30 h un nouveau guide encore mena le groupe près de Harzé. Des coups de sifflet et de nombreux aboiements poussèrent les parachutistes à s’écarter du chemin et la progression devint plus fatiguante. Malgré tout la forêt fut atteinte avant l’aube et le groupe put s’installer avec le maquis de Quarreux pour capter l’émission de 10 h.

Capter était un grand mot. Le télégraphiste ne saisissait qu’une phrase par ci, par là. Et quand les informations parvenaient à être compréhensibles elles concernaient des terrains de parachutage situés à des dizaines de km du groupe dont l’état-major demandait la position alors qu’un message; « Sommes sud-est de Remouchamps » avait déjà été envoyé.

Le télégraphiste dut d’ailleurs mettre brusquement fin à ses exercices pour démonter son poste. Une colonne allemande passait à une centaine de mètres, probablement pour examiner la possibilité de faire sauter le pont de Quarreux.

* * *


Le sergent Crèvecoeur couché près de John ne trouvait pas le sommeil, malgré sa fatigue et le sac de couchage qu’il avait conservé et qui, quoique trempé, fournissait une température tiède.

Un caporal s’étonna; « Tu ne dors pas non plus. Pourtant on est crevés ».

« J’ai pris de la benzédrine pour tenir le coup. Et toi? »

« Moi aussi...C’est à cause de cela alors.. ».

A 13 h des coups de hache rompent le silence de la forêt. Des bûcherons, inconscients de la présence des parachutistes, travaillent calmement.

Le sergent-radio se manifesta timidement; « Mon capitaine, j’ai capté un message qui nous était destiné ».

« Bon. Que dit-il? »

« Il est indéchiffrable mon capitaine ».

A 20 h le groupe repris sa progression à la boussole, lentement, très lentement; les chutes sont nombreuses, dues à la fatigue sans doute.
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Roger Bodson
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MessageSujet: Re: Op. BERGBANG: SAS Belges   Mer 11 Fév 2009 - 10:20

8 SEPTEMBRE 1944



Le commandant Cassart collationna les renseignements reçus.

Un comité de réception avait attendu sur le terrain de Bronromme. En vain.

Selon la résistance, un parachutage avait eu lieu dans la nuit du 5 au 6. On ignorait où et on ne savait pas d’avantage où se trouvaient les renforts parachutés.

Les alliés auraient libéré Sprimont. Le commandant jugea dès lors inutile de remonter vers le Nord et décida de se rendre à Bronromme si un comité de réception ne pouvait être établi plus près de Solwaster.

* * *


Ouest, plein Ouest, murmurai John Van der Heyden, l’oeil rivé à sa boussole lumineuse. Les hommes avançaient péniblement dans un marécage où ils avaient parfois de l’eau jusqu’aux genoux. Presque à chaque pas il fallait arracher le pied de la boue. Les bandes molletières rétrécissaient, comprimant les chevilles.

Le sol remonte. Bah, il vaut mieux escalader que patauger.

Après une crête la lune éclaire un grand plateau s’étendant jusqu’à un bois à coté duquel des véhicules circulent sur une route semblant importante. Un camp est établi dans une sapinière.

Une patrouille permet de voir où se trouve le camp. Les parachutistes se retrouvent enfin sur leurs cartes. Ils sont un peu au nord du signal de Botrange et la route aperçue va d’Eupen à Malmedy.

Un nom sur la carte frappe John: Solwaster. Il se souvient d’avoir vu ce nom sur la carte pendue dans la tente des opérations. Une zone de saut se trouvait à proximité. Qui dit zone de saut, dit maquis, munitions et peut-être liaison radio, voire d’autres parachutistes. Distance: environ 10 km. Il faut arriver cette nuit à Solwaster.

En attendant il faut refaire ses forces.

Depuis leur atterrissage les parachutistes avaient vécu sur leur ration d’urgence, principalement des bonbons vitaminés et une sorte de caramel aux propriétés nourrissantes incertaines mais qui avait le gros avantage de couper l’appétit par son goût médicamenteux.

Ayant creusé un trou aéré par quatre rigoles, un parachutiste alluma un feu sans flammes apparentes et sans fumée sur lequel bouillit une gamelle d’eau.

Du pemmican, viande desséchée, fut jeté dans la gamelle; La soupe au pemmican, essayée lors de manoeuvres avait semblé d’abord bien légère. Pourtant les parachutistes avaient constaté avec surprise que, bien qu’affamés, ils étaient complètement rassasiés après avoir avalé une demi-gamelle de ce breuvage et qu’il ne pouvait pas terminer leur ration. Cette soupe était malheureusement très fade.

Les hommes de John ne se plaignirent pas du manque d’assaisonnement. Ces quelques cuillerées de la première nourriture chaude avalée depuis l’Angleterre parurent un délice.

Au crépuscule, le groupe se dirigea vers Solwaster par un itinéraire exploré l’après-midi. En traversant la route il y abandonna quelques crève-pneus pour gêner le trafic ennemi.



9 SEPTEMBRE 1944



Van der Heyden et ses hommes prirent contact à l’aube avec la résistance de Solwaster. Les maquisards qui attendaient un parachutage d’Angleterre depuis des mois, S’étonnèrent de voir surgir des parachutistes venant à pied d’Allemagne. Ils ne les en accueillirent pas moins chaleureusement à la ferme de madame Bonniver et l’infirmier put même installer un poste de secours dans le salon.

Les renseignements obtenus sont maigres: un état-major cantonne à Sart et la circulation est dense sur la route Sart-Francorchamps.

Dans l’après-midi, guidées par Gilbert Laurent, un garde chasse, deux équipes se postent sur cette route avec pour instruction de n’attaquer que ce qui semble important. Des véhicules isolés passent sans que les occupants se doutent que des armes sont braquées sur eux.

Un gros ronflement de moteur et des sons métalliques proviennent de la route. C’est sans doute un engin puissant qui va apparaître... non, c’est une cuisine roulante!

Jules Crèvecoeur donne enfin l’ordre de tirer à son équipe. Il a dans sa ligne de mire une voiture d’état-major qui en s’arrêtant bloque les camions qui la suivent et sur lesquels s’abat le feu des Belges.

Les Allemands réagissent immédiatement et lancent des grenades dont les éclats blessent légèrement Flasschoen et Jean Deméry. Les parachutistes décrochent et se retirent dans le bois d’où ils constatent que tout le trafic a cessé sur la route.

Des automitrailleuses surviennent; pendant plus d’une heure elles tirent dans le bois sans que les Allemands osent s’y aventurer.

Les parachutistes regagnent leur base et y apprennent que leur action a eu pour effet, outre l’interruption du trafic, de mettre plusieurs officiers, dont un colonel, hors de combat et de provoquer le départ de deux batteries d’artillerie qui couvraient les axes venant du Nord et de Theux.

Son flegme ne parvenant pas à dissimuler sa fierté, Emonts-Pohl, le sergent-infirmier inaugure son poste de secours et joue au petit docteur en soignant les blessés. Il diagnostique la malaria chez deux fiévreux. Pour l’un ce n’est pas anormal, il s’agit d’un ancien légionnaire français; pour l’autre c’est plus curieux. Avec autorité le sergent-infirmier attribua l’origine du mal aux miasmes des marécages traversés. Il garda les deux malades près de lui; d’ailleurs il était tenté d’hospitaliser tout le monde dans son salon-poste de secours.

Des patrouilles renforcées de maquisards partent, l’une avec Crèvecoeur vers la route de Jalhay-Belle-Croix, l’autre avec John Van der Heyden, en direction des routes Sart-Francorchamps et Spa-Francorchamps.

* * *


Le commandant Cassart constata avec soulagement que la radio fonctionnait mieux.

La journée se passa à envoyer des informations: « Etat-major au château de Sart.. Positions antichars à Tiège.. Mines à... ».

A 17 h la base annonça une communication pour 19 h. Elle concernait le passage de 5 avions dont 3 transportaient une cargaison pour la résistance, elle-même avertie par radio: « Trois chevreuils en cage ».

Trois chargements c’était beaucoup, alors que les résistants non armés avaient été renvoyés vers l’arrière. Comment les rappeler? Dans l’hypothèse la plus défavorable, parachutistes et résistants seraient submergés par des caisses d’armes superflues. Le commandant invita le chef du comité de réception à éteindre les feux après l’arrivée du 2e avion.

Convaincre les résistants de renoncer à une partie des armes si impatiemment attendues ne fut guère facile.

Le premier appareil arriva peu après 23 h et lâcha 15 SAS belges commandés par le sous-lieutenant Heilporn. Six conteneurs tombèrent sur la zone; deux furent endommagés, leur parachute ne s’étant pas ouvert. Quatre conteneurs atterrirent plus loin et quatre ne furent pas retrouvés.

Le commandant s’assura que le matériel était remisé dans le bois, que les hommes se reposaient dans une ferme pour être frais le lendemain à 13 h, heure prévue pour le départ, après un repas chaud.
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MessageSujet: Re: Op. BERGBANG: SAS Belges   Mer 11 Fév 2009 - 10:21

10 SEPTEMBRE 1944
Mission accomplie (trafic près de Jalhay, rien vers Francorchamps) les patrouilles de Van der Heyden trouvèrent une bonne surprise à leur base; Pus, un sergent bruxellois avec ses 11 parachutistes venant d’arriver d’Angleterre.

N’ayant pu être largué à Bronromme et pour cause le sergent Pus avait accepté d’être largué, lui et ses 7 hommes sur une zone où les résistants attendaient un parachutage, tous les soirs depuis 3 mois. Cette zone de saut était précisément celle de Solwaster. L’atterrissage dans les arbres n’avait plus à personnes et le sergent bruxellois, quant à lui, s’était retrouvé pendu à des fils téléphoniques.

Ces détails n’intéressèrent pas Van der Heyden.

« Aviez-vous des conteneurs avec vous? »

« Oui, ils sont cachés près de l’endroit où nous sommes tombés ».

Les conteneurs furent rapidement ouverts. De la manne céleste ainsi récupérée on retira des munitions, des armes, encore des armes.

Avec la radio de Pus, Van der Heyden signala en Angleterre que son groupe était encore, et contre toute attente, parfaitement opérationnel.

John put constituer des sections de 3 hommes armées de bazookas et des sections de 2 hommes dotés d’un fusil mitrailleur pour protéger la retraite des chasseurs de char.

On pouvait réattaquer.

Pus et sa section furent chargés de dresser une embuscade sur la route de Jalhay. Parti en éclaireur avec un collègue, le sergent est pris à partie par deux Allemands; des coups de feu sont échangés; d’autres ennemis approchent de divers cotés; La section se replie et, en chemin, se heurte à deux pelotons allemands. Elle parvient à s’en tirer sans perte, mais un parachutiste a disparu.

Une autre équipe rencontre une unité de reconnaissance américaine sur la route Spa-Francorchamps. Le chef de cette avant-garde accueille avec scepticisme les renseignements donnés par les parachutistes, n’en tient pas compte et fonce tête baissée dans une embuscade à Francorchamps.

Les parachutistes s’emparent de deux véhicules allemands.

* * *


Le commandant Cassart profita du temps qui lui restait avant le départ pour rechercher les 4 conteneurs manquants. Vers midi, attiré par des coups de feu, il rejoignit la ferme en hâte.

On tirait de tous les cotés.

Les postes de radio furent démontés et cachés.

Heiporn expliqua que des armes légères, plus facile à distribuer, avaient été remises à chaque maquisard qui se présentait. L’un d’entre eux ne put résister à la tentation d’utiliser son nouveau jouet et tira sur un véhicule allemand qui passait à 300 mètres de lui sur la route de Desnié. Les Allemands répliquèrent en force.

Les parachutistes s’enfoncèrent dans le bois puis débouchèrent sur la route où circulaient des camions et de l’artillerie. Ils bondirent dans un autre bois où ils furent cernés. Les Allemands tirèrent au hasard, les maquisards également.

Une fusillade retentit vers l’Est. Les parachutistes se dirigèrent prudemment vers la source du bruit mais tout avait cessé avant qu’ils aient vu quoi que ce soit.

L’ennemi semblait se retirer mais il était trop tard pour dresser des embuscades sur la grand-route. On fit les comptes: 1 canon capturé, 1 camion détruit, 12 Allemands, 5 résistants et 1 aviateur américain tués. A Bronromme trois fermes avaient été incendiées.

Les parachutistes aspiraient à passer une nuit au sec. A Desnié, personne ne leur ouvrit; ils retournèrent vers Quarreux et se reposèrent au Château de Piller.



11 SEPTEMBRE 1944



Alerte. Des tanks approchent.

Ils sont américains.

Le commandant considéra que la « grande » opération « BERGBANG »était terminée et regretta que son parachutage ait été effectué trop loin, qu’il n’y ait eu qu’un télégraphiste avec lui, que le temps ait été si mauvais et qu’il ait perdu ses lunettes.

* * *



Certain que les Allemands avaient décroché au Sud, Van der Heyden emmène ses hommes sur la route de Jalhay. Rien, sinon du matériel abandonné et les cadavres des Allemands tués la veille.

Les bois sont ratissés. Dix traînards sont fait prisonniers et laissés à Jalhay.

12 SEPTEMBRE 1944

Des tanks allemands sont signalés à Bronromme. John et son groupe s’y rendent dans les véhicules capturés mais ceux-ci tombent en panne. Le groupe gagne Spa dans la nuit pour y apprendre que tout combat a cessé dans la région.

Une voiture Ford prise à l’état-major allemand de Sart, une autre Ford capturée par le sergent-radio et deux camionnettes ramènent les parachutistes à Bruxelles

ONT PARTICIPE A L’OPERATION « BERBANG »

Renseignements fournis par Robert Laurent. Sauf erreur, les manifestes des différents
avions ne figurent pas dans les dossiers. Robert LAURENT à interrogé tous les SAS , encore vivant, pour reconstituer la liste des participants à l’opération « BERGBANG ».

Parachutés le 2 septembre sur la DZ de Plaine Sapin (Somme Leuze) à +/- 01:00
Commandant B.E.M. Jean CASSART, Caporal Daniel DEMOOR D, Soldats Willy DEHEUSCH, Jean QUIRAIN, Jean THEVISSEN.

Parachutés le 6 septembre sur la DZ de Kalterherberg (ALLEMAGNE) à +/- 03.00
Lieutenant Raymond Van der HEYDEN, Ier sergent-radio Maurice FLASCHOEN,
1er sergent-infirmier Freddy EMONTS-POHL, Caporal Pierre POLAIN, les Soldats René BALSAT, Jules CREVECOEUR, John DEMERY, Emile DELVIGNE, Michel MAS, Marcel MOREAU, Jacques OOSTERS.
Leur servit de guide à Solwaster, le garde chasse Gilbert LAURENT.

Parachutés le 9 septembre sur la DZ de Bronromme à +/- 23.00.
Aspirant Jean-Claude HEILPORN, les Sergents Roger PARMENTIER, Alphonse PEERE, Henk VERSCHUERE, les Soldats Henri DERATH, V. de SAINT GUILLAIN, Gustave FLASCHOEN, Jean GEYSENS, Johnny HEINDRICK, René KRINS, Emile LORPHEVRE, Albert MESTDAGH, Roger NIZET, G. PATYN, Gilbert STROOBANTS et C. VERFAILLIE.

Parachutés le 9 septembre sur la DZ de Solwaster à +/- 23.00.
Le Sergent Pierre PUS et les Soldats G. DEBLOCK, Alex LAMIROY, Robert LAURENT, Jacky LEVAUX, P. MACHIELS, Roger NATENGEL, Albert RAVET.
Leur servit de guide à Solwaster, le garde-forestier Prosper ARNOULD.

_________________________________


Je remercie Jean TEMMERMAN pour son autorisation de publier ses écris et Robert LAURENT pour ses présicions concernant la composition des différentes èquipes de l’opération « BERGBANG »



Roger BODSON
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