Le Camp 113 et l'infâme boudarelDepuis la chute du rideau de fer, l'ouverture des archives de l'Est apporte de nouveaux éléments au dossier. Ainsi on apprend que tous ne furent pas insensibles au sort du camarade Boudarel, après les crimes contre l'humanité, dont il s'est rendu complice en Indochine. Cette lettre reproduite dans le livre de l'historien d'origine tchèque Karel Bartosek, "Les aveux des archives" (Seuil, 1996) montre comment le comité central du Parti communiste français intervint auprès de son homologue tchècoslovaque pour que ce dernier organise le retour en Europe de Boudarel et lui trouve un emploi en rapport avec ses capacités. La requête du PCF, motivée par la solidarité envers un camarade en difficulté, fut pleinement satisfaite puisque Georges Boudarel obtint un poste à responsabilités à la FSM (Fédération Syndicale Mondiale), basée à Prague.

Mais qui fut cette infame personnage :Biographie de Georges Boudarel
(21-12-1926 - 29-12-2003)
Né le 21-12-1926 à Saint-Etienne (Loire) dans une famille catholique, Geoges Boudarel fait de bonnes études chez les Pères Maristes, puis obtient sa licence de philosophie.
Prend sa carte du Parti Communiste Français en 1946. Nommé enseignant en Indochine, alors qu’il n’a pas encore effectué son service militaire et se trouve en situation de « sursis », embarque sur le SS « PASTEUR » au début d’avril 1948. Débarqué en Cochinchine, il est affecté au Lycée Yersin de Dalat comme professeur de philosophie.
Entre temps, à Saïgon, il établit des contacts suivis avec la cellule du Kominform appelée « Groupe culturel marxiste numéro 106 ».
Il remplit alors diverses missions pour l’Education Nationale : correction du baccalauréat à Hanoï (juin 1949), stage au Collège de Vientiane au Laos (automne 1949), affectation au lycée Marie Curie à Saïgon (fin 1949).
En 1950, il décide de sauter le pas, écrit-il, et rejoint le maquis viet-minh. Il y sert pendant deux ans. Plus tard, il sera appelé sous les drapeaux sur le territoire indochinois et, ne se présentant pas aux autorités militaires françaises, il sera considéré comme « insoumis », et non comme déserteur.
Pendant cette période, il devient membre du Parti Communiste Indochinois qui se transforme peu après, le 3 mars 1951, en Parti des travailleurs (Dang Lao Dong). Il est affecté à la radio « Saïgon-Cholon libre » où il a en charge l’émission en français. Il prend le nom vietnamien de Daï Dong, c’est-à-dire : Fraternité universelle.
Fin 1951, il est désigné pour servir au Nord en vue de faire de la propagande en faveur de la paix et du rapatriement du Corps Expéditionnaire français (CEFEO) auprès des prisonniers que le Viet Minh envisage de libérer pour faciliter la fin des hostilités.
Il est mis en route début 1952 et mettra presque un an à rejoindre le Tonkin, en passant par les pistes de montagne de la Cordillère Annamitique, et en évitant soigneusement les forces françaises.
Le 22 décembre 1952, il arrive au Viet-Bac (Zone « libérée » par le Viet Minh au Tonkin) et se voit nommé Instructeur Politique adjoint au commissaire politique du Camp 113. Il est assimilé à un chef de compagnie (Daï Dôï Truong) avec une rémunération triple, soit trois kilos de paddy par jour. Le kilo de paddy, riz non décortiqué, est alors l’unité monétaire dans les zones occupées par le Viet-Minh.
Il arrive le 7 février 1953 au camp 113, situé à Lang-Kieu non loin de la frontière de Chine, au sud d’Ha-Giang, dans le bassin de la Rivière Claire (Song Lô), à une vingtaine de kilomètres de Vinh Thuy,où il est nommé commissaire politique dans un camp de prisonniers, le camp 113, et est appelé Dai Dong. D'après de nombreux témoignages de rescapés du camp, il s'y serait rendu coupable de tortures contre des soldats de l'Armée française. Durant l'année de son activité au camp 113, sur 320 prisonniers français, 278 ont péri
Il y appliquera consciencieusement le programme de lavage de cerveau conçu par le Dich Van, organisme du gouvernement central chargé de la rééducation politique des prisonniers de guerre.
Il mesure parfaitement les absurdités du système, et parfois même son ignominie, surtout lorsqu’il constate le taux très élevé de la mortalité parmi les captifs : 50%
Il quitte le camp 113 en février 1954 et se voit affecté à l’émetteur radio La voix du Vietnam, situé dans un endroit tenu secret du Tonkin.
En octobre 1954, à la suite des accords de Genève, il rejoint Hanoï où il restera dix ans.
Pour mieux comprendre ce que fut ces Camps j'emprunterais a Thomas Capitaine, Captifs du Viet-Minh. Les victimes de Boudarel parlent, Union nationale inter-universitaire, Paris, 1991 Ouvrage en ligne :
http://www.chez.com/archives/et vous recommande vivement la lecture de son livre en ligne lien ci-dessus

Vous prisonniers ! Si vous rester tranquilles, moi c’est peut-être pas couper les couilles".
Ce fut sur ces paroles peu rassurantes pour l’avenir qu’allait poindre, pour le Caporal Lacassagne et son chef de section, l’aube du 18 octobre 1952. Le dernier point d’appui du poste de Nghia-Lo, siège du P.C. du ler Bataillon Thaï, venait de tomber. La veille, nous avions assisté, impuissants, à la prise du "Piton" tenu par la 4ème Compagnie. Un à un tous les postes du secteur avaient ainsi été enlevés depuis le début du mois. Les portes du secteur NordOuest étaient désormais ouvertes aux forces armées du Viet-Minh.
"Dhivé, mao-len !" , ordonna cette fois le gradé viet après nous avoir, avec l’aide de ses hommes, désarmés. Bousculés, la baïonnette dans les reins, nous fûmes conduits vers le point de rassemblement où nos compagnons d’armes nous attendaient depuis près d’une heure déjà.
Il y avait là mon Chef de Bataillon (Cdt Thirion), son adjoint (Cne Bouvier d’Yvoire), mon Commandant de Compagnie (Cne Boillot), notre toubib (Médecin Lieutenant André), mes camarades sous-officiers, parmi lesquels quelques blessés, des hommes de troupe français, marocains et thaïs. Un certain nombre de têtes connues manquait.
Les poignets liés derrière le dos, ils étaient assis, groupés, serrés les uns contre les autres comme s’ils avaient eu froid, fatigués par les longues nuits de veille et la tension nerveuse du combat à peine terminé. Silencieux, le regard fixe, ils semblaient mesurer toute l’étendue de leur défaite. A quoi pensaient-ils ? Sans doute, tout comme moi, à leur famille. La reverraient-ils un jour ? Nul ne le savait.
Démunis de tout, ayant pour seuls vêtements un slip, un. maillot de corps et la tenue de combat qu’ils portaient, sans chaussures (2) - celles-ci ayant été confisquées à titre de précaution contre toute évasion,- ils étaient anéantis, et ce fut avec le triste sourire de l’homme vidé de son énergie qu’ils nous accueillirent.
Pour la plupart d’entre eux, cet effondrement ne fut que passager, car il convenait en effet de se ressaisir très vite, de faire face à notre nouvelle situation, afin de tenir à tout prix.Dès notre arrivée, nous fûmes conduits chez le Chef de camp. Homme sans âge, de taille moyenne, sec, comme la plupart de ses compatriotes, ni sympathique ni franchement antipathique, il nous souhaita la bienvenue en ces termes : "Je suis heureux de vous accueillir au Camp 113. Je sais tout de vous.. Mais quoi que vous ayiez pu faire avant votre capture, vous serez hébergés, nourris et soignés ici dans les mêmes conditions que vos camarades simples combattants selon les principes humanitaires prescrits par notre vénéré Président. Cette mansuétude à votre égard ne devra toutefois pas vous faire oublier votre position de "criminel de guerre". E vous faudra obéir sans discuter aux ordres des gardes, du surveillant général, de mon adjoint ici présent, français comme vous, mais qui depuis 1945 a choisi le camp de la paix".
Instinctivement, nous suivîmes le regard du Chef de camp pour tenter de distinguer les traits de celui qu’il venait de nommer. Assis à l’écart, dans la pénombre, demeuré silencieux depuis notre entrée afin, vraisemblablement, de mieux nous observer, nous ne l’avions pas remarqué. Son image était trop floue pour nous permettre de le définir. Le Chef de camp ne nous en laissa d’ailleurs pas le temps.
"Monsieur BOUDAREL, dit-il, est chargé, sous ma responsabilité, d’animer ce camp, c’est-à-dire d’assurer votre rééducation politique, d’organiser vos loisirs, de vous donner le goût du travail manuel afin de faire de vous, fils égarés d’un peuple travailleur, épris de liberté, des hommes nouveaux, des combattants de la paix. Je compte sur votre concours et votre bonne volonté. Maintenant, allez rejoindre vos camarades et vous reposer. J’ai donné les ordres nécessaires pour votre installation".
Nous venions d’entendre notre Nième leçon de morale socialiste. En dépit du ton persuasif de la dernière phrase, elle n’avait, comme les précédentes, profité qu’à son auteur, entretenant chez lui, comme un besoin, l’illusion de sa médiocre importance. Quant à son adjoint, il en fut pour ses frais. Blasés à tout jamais par de tels propos, nous étions, mon camarade et moi, restés sans réaction. Sa manière de procéder, d’épier dans l’ombre pour le compte de nos ennemis, le comportement de ses malheureux compatriotes, qu’il allait, par sa trahison, contribuer à avilir, me le rendit d’emblée antipathique.
Asuivre :