DEVOIR DE MÉMOIRE
N'oubliez pas l'Indochine !...Publié le mercredi 31 décembre 2008 à 06h00
Pour Henri Vandevoorde, on n'a redécouvert que récemment la guerre de 14-18. Celle d'Indochine devra-t-elle attendre aussi longtemps?Sacrifiés à des combats perdus d'avance, les anciens d'Indochine sont-ils aussi les oubliés des cérémonies du souvenir ? Pour Henri Vandevoorde, engagé volontaire en 1946, il est dommage que le devoir de mémoire se montre sélectif et que Dien Bien Phu, la dernière véritable bataille de l'Histoire de France tombe aux oubliettes.
Pour nombre de Français, le mot Indochine désigne un groupe de rock des années 80. Cela Henri Vandevoorde ne le supporte pas. A 82 ans, ce retraité qui habite une petite maison dans une cour à l'Épeule a encore ses colères. Pour lui, l'Indochine c'est autre chose que de la musique.
Il y était de 1946 à 1948.
Il y a une dizaine d'années déjà, M. Vandevoorde s'était exprimé dans notre Clic-clac. A l'époque, il déplorait que l'État distribue à tour de bras des Légions d'honneur à des gens qui se sont contentés de taper dans un ballon, d'enregistrer des disques ou de tout simplement tirer parti du système. A l'époque, Margaret Connell, conseillère municipale délégués avait répondu dans nos colonnes que la Ville n'oublie aucunement les anciens d'Indochine et que ceux-ci sont toujours les bienvenus aux commémorations patriotiques. Une association d'anciens combattants avait pris contact avec Henri Vandevoorde s'engageant à l'aider à obtenir la médaille militaire. « Quand ils m'ont dit que je n'avais qu'à acquitter une cotisation et qu'il faudrait que j'achète ma médaille, mon sang n'a fait qu'un tour. Ainsi, il faut payer pour que ses mérites soient reconnus. Si c'est devenu ça la France c'était pas la peine qu'on aille se faire canarder dans les rizières. »
Avec ou sans médailleCanardé, Henri ne l'a pas été. Il sait qu'il a eu une chance dont beaucoup d'autres anciens d'Indochine n'ont pas disposé. « Si je râle ce n'est pas pour moi. Après tout, je me porte très bien sans médaille.
Mais c'est pour tous ces jeunes qui en ont bavé et qui, pour beaucoup, ne sont pas revenus » martèle-t-il en nous mettant sous le nez un exemplaire du livre Dien Bien Phu, citadelle de la gloire de Lucien Bornert, sa lecture de chevet.
Henri Vandevoorde se garde de tirer gloire de faits d'armes auxquels il n'a pas participé. Engagé à 20 ans en 1946, affecté dans les unités au sol de la prestigieuse 4e escadre de chasse Normandie Niémen, il a servi quelques mois à Mourmelon puis dans les forces d'occupation de l'Allemagne avant de rejoindre Saïgon. En 1946, selon lui, il y avait déjà tous les ingrédients d'une guerre subversive: embuscades, attentats, massacres de civils. « C'était l'Algérie en pire » commente-t-il.
Ce fut aussi Verdun ! A Dien Bien Phu en 1954 se livra la dernière bataille de l'histoire de France, la confrontation séculaire entre la puissance de feu et la puissance de choc. Enfermé dans sa cuvette, pilonné par l'artillerie, le corps expéditionnaire français succombait au bout de 57 jours à l'assaut de Viets en nombre supérieur.
La « préférence » algérienne Au moins 40.000 jeunes Français tués, 70.000 blessés, près de 10.000 disparus. C'est cela la guerre d'Indochine. D'où vient que la mémoire collective lui « préfère » aujourd'hui celle d'Algérie ? Est-ce le fait qu'en Indochine, ce sont des engagés qui combattaient alors qu'en Algérie, il fallut recourir également aux appelés ?
En 1948, Henri n'a pas « rempilé ». Il allait se marier et sa fiancée ne voulait pas s'éloigner de Roubaix. Alors, il a réintégré peinardement la vie civile successivement dans la métallurgie, le bâtiment, la boulangerie. « Chez les Vandevoorde, on était onze enfants dont dix garçons. On s'est tous engagés. Mon frère Léon a rejoint les Forces françaises libres en 40, a été affecté dans la 2e D.B. Il a été tué à Doncières dans les Vosges fin 44.
J'ai un autre frère, pilote de chasse qui a été abattu au dessus de l'Allemagne et fait prisonnier. On a suffisamment donné à l'Armée pour avoir gagné le droit de nous exprimer ! » En tout cas, le titre de gloire dont Henri et son épouse sont le plus fiers c'est celui que leur ramena leur fille Christine en 1972 : elle participait à la finale de Miss France. Un autre type de bataille...
Rectification de l'Administrateur Forum, en algérie il n'y eu que 23.200 tués y compris les accidents de la route et autres accident de vie courante...