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 Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....

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MessageSujet: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Jeu 4 Déc 2008 - 14:54

Témoignage d'anciens du Petit Clamart .
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MessageSujet: nouveau scanne pourquois ils voulaient tuer de gaulle   Jeu 4 Déc 2008 - 16:10

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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 12:22

L’attentat manqué contre le général de Gaulle le 22 août 1962, au Petit Clamart, reste dans les esprits. En revanche on sait moins que le commando avait déjà raté sa cible le matin même, en plein cœur de Paris.

Ce matin là, Jean Marie Bastien-Thiry ingénieur en chef de l’armée de l’air, réunit dans un café proche du métro Boucicaut son groupe dirigé par le lieutenant Alain Bougrenet de La Tocnaye. Un de ses observateur vient de l’avertir par téléphone que le général de Gaulle, rentrant de Colombey, quitte l’aérodrome de Villacoublay en direction de l’Elysée ou il doit présider le conseil des ministres. Bastien Thiry donne l’ordre de la mise en place d’une embuscade mobile.

…/…Jean Marie Bastien-Thiry, 35 ans à l’époque des faits est un ingénieur en chef avec le grade de lieutenant colonel dans l’armée de l’air. Issu d’une vieille famille lorraine profondément catholique, une famille de militaire! Ses études sont brillantes, Math-Elem, Math-spé, Polytechnique, service militaire dans l’artillerie, École Nationale Supérieure d’Aéronautique. Il est à l’origine des missiles sol-sol SS 10, SS 11, SS 12 et SS 30 qui seront encore utilisés pendant la première guerre du Golfe au début des années 1990.
Son frère dit de lui : « Quand, après en avoir débattu avec sa conscience, avec son jugement, il choisissait une réponse, il demeurait alors inutile de chercher à l’influencer. Il eût été vain de vouloir le fléchir. »
Profondément attaché à l’intégrité du territoire national, alors que fervent gaulliste jusqu‘en 1959, il n’accepte pas la politique algérienne du chef de l’état et il décide alors de la combattre. Il prend contact juste avant le putsch d’avril 1961 avec des responsables de l’OAS en métropole, il organise dans un premier temps l’attentat de Pont sur Seine puis celui du Petit-Clamart.
Si Jean Marie Bastien-Thiry est une homme d’une intelligence rare, travailleur acharné, il va se révéler moins bon chef de commando…/…

Bénéficiant de la complicité d’un informateur, un membre de la sécurité de l'Elysée, le parcours de de Gaulle est bien connu. Il doit emprunter un itinéraire passant par le rond-point du Petit-Clamart, la porte de Chatillon, l’avenue du Maine, le boulevard des Invalides, l’avenue Gallieni, le pont Alexandre III, l’avenue Winston Churchill, la place Clemenceau et, enfin, l’avenus de Marigny. Alain de La Tocnaye entraîne comme prévu son commando à la rencontre du convoi présidentiel avec l’intention de déboucher par la rue Raymond Losserand dans l’avenue du Maine juste avant que n’arrive le cortège.

…/…Alain Bougrenet de La Tocnaye, 35 ans lui aussi est issu d’une vieille famille bretonne dont les ancêtres ont « chouannés » pendant la révolution. Il rentre dans la carrière militaire par l’école militaire de Cherchell, puis l’École d’application de l’artillerie d’Idar-Oberstein.
Lieutenant pendant la guerre d’Algérie, il est responsable d’une Section administrative spécialisée (SAS), et l’un des premiers à participer au Comité de salut public destiné à abattre la IVe République. Ses convictions profondément patriotes et catholiques l’amenèrent très vite à être hostile à la politique du général de Gaulle qui entendait mener l’Algérie française à sa perte. Il rejoint l’OAS après le putsch, arrêté une première fois en Algérie et rapatrié en métropole, il s'évade de la prison de la Santé et rejoint l’OAS Métro ou il fait la connaissance de Bastien-Thiry…/…

A suivre...

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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 15:26

Dans une ID bleue conduite par La Tocnaye, deux hommes armés de mitraillettes, Jacques Prévost, ancien sergent parachutiste à Dien Bien Phu et Georges Wattin, qui n’en est pas à ses débuts d’activiste, déjà recherché par toutes les polices. Derrière eux, une camionette 403 Peugeot, avec au volant Pierre Magade un jeune algérois, déserteur de l’armée de l’air, le sous-lieutenant de résèrve Louis de Condé et Pascal Bertin un étudiant, eux aussi armés. Dans une estafette jaune de location, Lazlo Varga, un jeune réfugié politique hongrois. A ses cotés, Serge Bernier, ancien sous-officier du bataillon de Corée, fait office de chef de voiture. Lajos Marton et Gyula Sari, deux autres hongrois dont le premier est ancien élève pilote de l’aviation magyare et le second ancien sergent du 2ème REI blessé à Dien Bien Phu, se tiennent à l’arrière avec Gérard Buisines, qui a, lui aussi, servi dans la Légion étrangère.

…/…Les motivations de ces Hongrois, et surtout de Gyula Sari, sont un peu différentes de celles des autres membres du commando. Il ne veut pas éliminer de Gaulle seulement parce qu’il a précipité l’indépendance de l’Algérie, il lui reproche également de ne pas avoir respecté d’autres engagements lorsqu’il était président du conseil en juin 1958. Le 23 exactement, de gaulle reçoit à Matignon une délégation d’anciens combattants hongrois venus lui demander de faire pression sur les Soviétiques. Cinq jours plus tôt, ceux ci ont fait exécuter l’ancien chef de gouvernement Imre Nagy et Maleter, le général qui commandait l’armée magyare en 1956. Gyula Sati fait partie de la délégation et il fait confiance à de Gaulle qui leur promet d’intercéder auprès du Kremlin en faveur des Hongrois. Mais cet engagement reste lettre morte…Alors quand de Gaulle fait tirer 101 coups de canon à Orly, le 23 mars 1960, en l’honneur de Nikita Khrouchtchev, Sari maudit de Gaulle,et ce 23 août il sait ce qu’il veut…/…

Bastien-Thiry, lui, ferme le cortège a bord d’une Simca 1000 louée par Georges Wattin, les douze hommes du commando sont en place, le piège se referme. La Tocnaye lance l’opération. Au fil des semaines précédentes, des repères chronométriques ont été faits. Mais au lieu de tourner à gauche rue de Vouillé pour s ’engager dans la rue Raymond Losserand, Pierre Magade, enrôlé seulement la veille afin de pallier la défection d’Alphonse Constantin un ancien légionnaire, poursuit out droit dans la rue d’Alésia et perd du temps avant de reprendre sa place devant l’estafette.
Parvenu dans l’avenue du Maine, La Tocnaye réduit sa vitesse afin de se laisser rattraper par le cortège présidentiel. Jean-Pierre Naudin étudiant en classe préparatoire à Saint-Cyr patrouille les rues alentour au volant d’une 2CV pour repérer les « voitures pies » de la police.
Sitôt la voiture du président à bonne distance, Gérard Buisines et Gyula Sari, qui sont armés de FM 24/29, devront ouvrir le feu. Mais arrivés à l’extrémité du boulevard Montparnasse, toujours rien en vue. La Tocnaye fait signe à Varga de se ranger un peu avant l’avenue de varenne, contre le trottoir du boulevard des Invalides, il exécute un demi-tour. Il revient garer son ID avant l’embranchement de l’avenue de Tourville. Là, Louis de Condé, suit la procédure, plus de vingt fois répétée à l’aide de voitures miniatures, et ordonne à Magade de garer la 403.
Bastien Thiry, qui a rangé sa Simca 1000 dans l’avenue de Tourville, gagne l’emplacement de guet d’ou, à l’aide d’un journal brandi, il doit donner à Serge Bernier le signal de feu. L’embuscade est en place, lorsque, revenant de l’esplanade des Invalides, un des étudiants disposés en veille sur le parcours présidentiel, annonce à Bastien Thiry que de Gaulle est déjà passé !

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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 15:29

L’opération est donc remise au soir, au moment ou de Gaulle regagnera Villacoublay pour Colombey, car il n‘a fait qu‘interrompre ses vacances pour le conseil des ministres. Bastien-Thiry décide que le commando patientera jusqu’au soir dans un appartement mis à sa disposition par un ami, au 185 de la rue de Vaugirard.

…/…Bastien-Thiry était renseigné par un des policiers de haut grade chargés de la sécurité de l’Élysée…A la fin de 1961 ce policier prit contact avec Pierre Sidos par l’intermédiaire d’un de ses proches, membre de Jeune Nation. Rendez vous pris et devant des interlocuteurs méfiants, ce haut fonctionnaire, gaulliste repenti, confia l’état d’écœurement qui était le sien. Il en était venu à cette conclusion que l’élimination physique de de Gaulle était une nécessite incontournable. Moyennant quoi il se déclara résolu à fournir les renseignements capables de faciliter une telle opération. Ses informations précises sur les dates et horaires de déplacement de de Gaulle furent transmises à Bastien-Thiry en temps utile et permirent l’organisation entre autres de l’attentat du Petit-Clamart…/…


Mais au milieu de l’après-midi La Tocnaye décide de rejoindre à Meudon un petit appartement loué par Monique, la femme de Michel Bertin. La veille, Louis de Condé, Pascal Bertin, et Jean Pierre Naudin ont garé là bas les véhicules destines à assurer le repli du commando après l’embuscade. Ils ont laissés à cet effet; à l’entrée du bois de Meudon, au lieu dit le Tapis-Vert, une Fiat. Devant un dépôt de charbon de la rue Charles Derby, ils ont garés une estafette volée le 9 août dont ils ont falsifié l’immatriculation. Enfin ils ont disposés une ID 19, volée elle aussi, au croisement de l’avenue de la République et de la route du Pavé-Blanc.

Dans cet appartement, les conjurés revoient une dernière fois le scénario de l’embuscade. Dans le même temps La Tocnaye a rejoint Bastien-Thiry dans la rue; il lui suggère de placer l’un des deux FM dans la 403 qui sera, cette fois, conduite par Louis de Condé. Gyula Sari est soucieux du moindre détail. Tout en regardant ses chefs discuter fiévreusement sur le trottoir, il a l’impression que quelque chose a changé parmi le matériel. Il passe en revue l’arsenal dont dispose le commando : deux FM 24/29 avec les munitions en chargeur et en vrac, une grenade incendiaire, une bombe de 1350 grammes de pentrite contenus dans une boite métallique. Il se rend compte que quelqu’un a raccourci la mèche et que celui qui sera chargé de la lancer sous la voiture de de Gaulle une fois immobilisée, n’aura pas le temps de s’éloigner suffisamment. Il décide de ne pas l’utiliser.( Les armes avaient été dérobées le 7 janvier 1962 au camp de Satory par l’adjudant Robin, membre de mission II )
Après avoir refusé de suivre la proposition de La Tocnaye, bastien-Thiry se rend dans un café de Meudon et il attend le coup de fil de son informateur qui doit l’avertir du départ du cortège de l’Élysée.

Mais le conseil des ministres s’éternise et le cortège présidentiel quitte l’Élysée à 19h45, en direction de Villacoublay ou il prendra un avion qui le déposera à Saint Dizier, d’ou il rejoindra la Boisserie par la route. De Gaulle est assis à l’arrière d’une DS 19, immatriculée 5249 HU 75, sa femme à sa droite, dans le coffre deux poulets. Le chauffeur est un sous-officier de la gendarmerie, François Maroux, à la droite de celui ci, le colonel Alain de Boissieu, gendre du général. La voiture est suivie par une seconde DS (6352 KZ 59) pilotée par le brigadier de police René Casselin. A son bord le commissaire Henri Puissant, chargé de la sécurité rapprochée, le commissaire Henri Djouder, l’un des « gorilles » attitrés de de Gaulle et le médecin aspirant Jean Louis Degos. Deux motards, Robert Herry et Marcel Ehrman, suivent les deux Citroën. L’entourage du président et son service de sécurité tremblent à chaque fois qu’il se déplace mais de Gaulle a horreur des cordons de police et des barrages de CRS le long des itinéraires qu’il emprunte. Depuis l’attentat de Pont sur Seine il a toutefois renoncé à faire le trajet Paris-Colombey totalement en voiture et pour qu’un hélicoptère puisse se poser dans le parc de la Boisserie il aurait fallu couper quelques arbres, ce à quoi de Gaulle s’est catégoriquement opposé. C’est donc un transport combiné qui est à l’ordre du jour et par mesure de sécurité trois itinéraires ont été établis pour rejoindre Villacoublay. Tous trois sont connus de Bastien-Thiry grâce à l’informateur de l’Élysée, qui ne sera jamais démasqué *, mais le trajet du jours étant décidé au dernier moment, celui ci est indiqué au chauffeur dès que le convoi (nom de code Jacqueline) quitte l’Élysée, trois guetteurs sont disposés sur les portions de trajet possibles.
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 15:59

Il est donc 19h45, la bruine commence à tomber, à la sortie de l’Élysée, de Boissieu commande à Maroux:  » Prenez par le Petit-Clamart ». Il ne peut pas remarquer sur le boulevard des invalides un homme qui aussitôt le cortège passé cours vers une cabine téléphonique pour prévenir Bastien-Thiry qui donne l’ordre au commando de se mettre en place pour l’opération, (nom de code Charlotte Corday) le long d’une portion de l’avenue de la Libération, actuellement avenue du général de Gaulle...., selon un protocole mainte fois répété.
Bastien-Thiry après avoir laissé sa voiture au carrefour du « Pavé-Blanc » se positionne près d’un château d’eau,  (1) c’est lui qui doit donner le signal de l’arrivée du cortège en agitant un journal (L’aurore). Lazlo Varga, environ 300 mètres après Bastien-Thiry, avec son estafette au carrefour de la rue Bourcillière sur la droite de l’avenue, l’arrière vers la route.(2) A bord de son ID, La Tonaye dans la rue du Bois, (3) d’ou il devra couper la route au chef de l’État. Entre les deux, Pierre Magade et sa 403 sur la gauche de l’avenue (4)




A 20 heure le dispositif est en place, mais il fait aussi sombre qu’en automne, les pavés de la route rendus luisants par le crachin éblouissent dans la lueur des phares des voitures qui passent. Les choses traînent…des travaux retardent le convoi…
A 20h20 en arrivant avenue de la Libération, le brigadier Casselin remarque bien un homme agitant un journal, mais tout va aller très vite, trop vite…

Dans l’estafette personne n’a vu le signal, Varga sorti « pisser » voit les phares de la DS « le voilà » hurle t-il. Le temps d’ouvrir en grand les portes arrières Sari tire une première rafale, Buisines tire à son tour mais en zigzaguant la DS continue, Marton saute alors de la camionnette, la DS est à cinq mètres de lui, mais perd du temps à chercher le levier d’armement de sa Thompson 11.43;
Dans la DS Maroux accélère, la voiture tangue avec deux pneus crevès. La voiture suiveuse se rapproche avec les deux motards.

Sari tire une rafale d’intimidation au ras du premier motard, Robert Herry, qui ne s’arrête pas. Sari ajuste son tir, une balle frappe son casque mais il rejoint le cortège.
Sari est certain que La Tocnaye va barrer la route au cortège…Maroux parvient à l’embranchement de la rue du Bois mais l’ID de La Tocnaye, poussive, n’a pas encore jaillie. De Boissieu se retourne et dit à de gaulle « père, baissez vous » juste au moment ou Watin lâche sa première rafale. Il ajuste son tir pour une deuxième rafale qui fait exploser la vitre arrière gauche de la DS. La Tocnaye est certain que Watin a eu de Gaulle mais il tient à achever le travail, son arme s’enraye, il perd encore une ou deux seconde, tire à nouveau et touche le volant d’une Panhard dont le conducteur légèrement blessé à la main arrive à éviter la DS présidentielle de justesse.
Watin tire encore vers les motards en hurlant  à La Tocnaye de poursuivre la DS vers Villacoublay mais celui ci continue en direction de Bièvres…
Dans la 403 de Magade, personne n’a eu le temps de bouger…
C’est fini… L’opération « Charlotte Corday » est un fiasco

…/…Que c’est-il passé ?
La visibilité était médiocre, le signal de Bastien Thiry pas vu ou trop tard ?
Dans l’estafette, au lieu de commencer le tir comme prévu, ils ne purent ouvrir le feu qu’au dernier moment, alors que la DS filant déjà à leur hauteur, allait disparaître, ne s’exposant  qu’une fraction de seconde à leurs coups incertains.
Un véhicule lancé à 90 km/h parcourt 25 m/s. En face, le 24/29 avec sa cadence de tir relativement lente, 500 cps/mn, ne pouvait tirer que 8 à 9 coups par seconde, trop peu pour avoir des chances de toucher une cible passant à très courte distance par le travers.
Pareil pour l’ID de La Tocnaye dont les PM tirent des balles moins rapides et moins puissantes que ceux des FM. Sauf, si, l’ID avait coupée la route, Marroux, malgré son habileté, aurait été contraint de s’arrêter, et là les tirs auraient été meurtriers…/…

Avec deux pneus crevés la DS parvient jusqu’à la base de Villacoublay, distante de 4 kms.

L’enquête débute le soir même et le commissaire Bouvier, grand patron de la criminelle, se demande effectivement par quel miracle de Gaulle et son entourage ont pu s’en sortir, il n’y a même pas un blessé!
L’enquête révélera aussi les causes de ce fiasco, autant du à la malchance qu’aux choix tactiques de Bastien-Thiry.

A suivre....
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 16:35

Donc ce 22 août au soir, avenue de la Libération, au Petit Clamart les constatations vont bon train. Sur les lieux de la première fusillade ( Estafette ) 27 impacts sur une distance de 70 mètres sur les façades opposées, deuxième fusillade ( ID ) plus d’une trentaine d’impacts et en tout plus de cent douilles d’armes diverses, PM, FM.
Sur les véhicules, une balle a brisé la vitre arrière gauche, une autre est entrée dans l'aile, à hauteur du réservoir d'essence, une troisième s'est arrêtée dans le dossier à quelques centimètres de Mme de Gaulle. Il y a aussi des points d'impacts sur les pare-chocs et le bas des portières. Plusieurs balles ont aussi frappé le bas de caisse de la voiture d'escorte et une, enfin, a traversé le casque du motard Robert Herry.

Un extraordinaire concours de circonstances a aussi voulu que personne ne fût touché dans les parages. Onze balles ont pénétré dans un magasin d'appareils électroménagers heureusement fermé depuis 10 mn. Des balles ont frappé les chaises installées sur la terrasse du « Trianon-Bar » où les clients d'habitude sont nombreux, le soir, surtout au mois d'août. Mais ce mercredi, c’est jour de fermeture. Des balles ont traversé la vitrine d'une épicerie: l'épicier était en vacances! Aux Établissements Marvier-Guédon qui construisent des canots en matière plastique, on a aussi fermé plus tôt que d'habitude: trois canots ont été touchés par des balles à un mètre du sol. Dans la Panhard qui passait, touchée par Watin à la deuxième rafale, c’est une famille qui revenait de promenade le conducteur, M. Fillon, sa femme et ses trois enfants, une simple égratignure…

Le 24 août, une revendication arrive au bureau de poste du Palais Bourbon sous forme de deux tracts envoyés également a la presse. Le C N R (Comité National de la Résistance) approuve et justifie l'attentat.
Le premier tract: « Le 22 août, des patriotes ont effectué un acte de résistance visant à libérer la France d'un dictateur parjure qui conduit le pays à la ruine après l'avoir conduit au déshonneur. Le Conseil National de la Résistance approuve totalement cette action. Aujourd'hui ou demain, envers et contre tous, le traître de Gaulle sera abattu comme un chien enragé. »
 Deuxième tract : « Nous ne songeons pas à la vengeance mais à la réconciliation, à un ordre démocratique vrai, au retour à une  vraie justice . Seuls les traîtres seront impitoyablement châtiés. »
Aucune ambiguïté si il y avait encore des doutes pour certains, l'attentat est signé.


Les policiers trouvent de nombreux indices sur place car, en voyant qu'ils ont échoué, les conjurés se sont enfuis trop précipitamment pour effacer toute trace de leur passage. Moins d'une demi-heure après le début de l'enquête, l'Estafette est retrouvée à un kilomètre du lieu de l'attentat, avec une partie de l’arsenal du commando: des fusils-mitrailleurs, des chargeurs de F.M. vides, des grenades, du plastic.
Et puis surtout des témoins se font connaître, et en nombre! Car le moins que l’on puisse dire c’est que ce commando n’a pas montré beaucoup de discrétion sur ses différents points de rendez-vous ainsi que dans la préparation de l’opération
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 16:37

Parmi ces témoins, le patron du «Trianon-Bar» qui révèle le comportement suspect d’un homme venu plusieurs fois la semaine précédente, qui a posé beaucoup de questions et semblait curieux de la disposition des lieux. Plus grave, l’estafette permet de remonter au loueur, un garagiste de Joigny qui donne un signalement assez précis de l'homme qui est venu lui louer le véhicule. Une fois son témoignage paru dans la presse deux autres loueurs se font connaître et affirment que c’est le même homme qui leur a loué des voitures, la Fiat de Bastien-Thiry et l'ID, et pour corser le tout l'homme a donné le même faux nom aux trois loueurs : « Murat ».
Rien de mieux pour faire remonter une piste rapidement…

D’autres témoins se font connaître, des habitants de Meudon qui relaient les allées et venues d'hommes et de voitures avenue Victor-Hugo, la veille et le jour de l'attentat. Or, au numéro 2 de cette avenue habite une demoiselle Monique Bertin dont le frère, Pascal, est en année préparatoire à Saint-Cyr, au Lycée Saint-Louis, dans une « corniche » qui a déjà fourni plusieurs plastiqueurs à l'O.A.S.metro.
Pour les enquêteurs c’est une piste sérieuse car Pascal Bertin est introuvable et personne dans son entourage ne sait ou il se trouve. Grâce à une filature discrète Bertin sera arrêté alors que sa sœur avait rendez-vous avec lui dans un grand magasin parisien.C’est le premier maillon.

Ils vont tomber, les uns après les autres, parfois dans des circonstances qui ne feront que confirmer l’amateurisme de certains membres…
Pierre Magade se fait coincer à un banal contrôle de routine, dans la Drome, sa voiture était immatriculée en Algérie…Aux gendarmes qui lui demandent ses papiers, il répondra:  »  je n’en ai pas, je suis déserteur. » Le lendemain ils dira calmement aux gendarmes: » le 22 août j’étais au Petit-Clamart.»… Transféré en à Paris dans le plus grand secret il dira tout, les noms qu‘il connaît, les pseudos, les détails…
Il ne reste plus qu’a lancer quelques opérations de police.
Jacques Prévost est arrêté à Paris, dans sa voiture, des armes ayant servies à l’attentat…Etienne Ducasse est arrêté chez lui dans la Cote-d’Or, avec lui un certain Guillet qui ne pourra résister longtemps au contrôle d’identité et dira: »Je suis le lieutenant Bougrenet de La Tocnaye…
Et de fil en aiguille, 15 jours après l’attentat, onze conjurés sont soit arrêtes, soit identifiés. Mais il manque le cerveau un certain « Didier »

Une piste sérieuse conduit les enquêteurs dans le Lot chez un certain commandant Niaux, connu à la sécurité militaire pour ses sympathies OAS sans pour autant être un activiste. Pourtant il reconnaît tout de suite certains faits, des réunions chez lui avec des acteurs de l’attentat et même d’avoir participé aux dernières mises au point de l'attentat. Il affirme surtout ne pas être le chef tant recherché.
Le lendemain matin, coup de théâtre, le commandant Niaux s’est pendu dans sa cellule du dépôt pendant la nuit. Aucun doute c‘est un suicide, mais le commandant ne parlera plus…Entre temps quatre autres personnes sont identifiées, les trois Hongrois et Louis de Condé.
Le commissaire Bouvier, doit reprendre certaines pistes, et grâce au signalement il obtient de la sécurité militaire un jeu de photos de plusieurs officiers correspondant au signalement.
Le commissaire Bouvier examine plusieurs fois et attentivement toutes ces photos et une se distingue du lot par la ressemblance avec le signalement. Cette photo correspond à un homme qui est présenté comme l'un des plus brillants officiers de l'armée française, le lieutenant-colonel Bastien-Thiry. La sécurité militaire confirme bien qu’il ai eu des sympathies l'Algérie française mais ils étaient des milliers dans son cas et aucun soupçon n'a jamais véritablement pesé sur lui au temps de l’OAS.

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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 16:39

Bouvier n’a pourtant aucune preuve et devant la personnalité de son suspect, pour éviter un scandale il n’a pas droit à l’erreur. Bastien-Thiry sera donc constamment suivi pendant que Bouvier recueille toutes les informations possible sur lui.
Toujours pas de preuves mais cinq des conjurés, Magade, Varga, Buisines, Ducasse et Prévost déclarent le reconnaître formellement sur la photo. Un homme peut se tromper. Mais cinq ? C'est ce qui décide le patron de la Criminelle à agir.
Le 15 septembre, Bastien-Thiry est interpellé à son domicile. Il ne fait aucune difficulté pour suivre les inspecteurs au Quai des Orfèvres.
Les deux hommes sont face à face. Deux fortes personnalités qui ne se feront pas de cadeaux! Bouvier qui n’a toujours aucune preuve sait qu’il doit le faire avouer. D'abord, l'officier s'indigne qu'on ose même le soupçonner. Il est confronté à Magade, à Ducasse. Ceux-ci sont formels : " C'est bien lui. » Bastien-Thiry continue à nier. Il raisonne, il discute. Il admet seulement être un ami de Bougrenet de la Tocnaye. C'est tout.
Une perquisition est lancée à son domicile, au bout de trois heures, les policiers n’ont toujours rien trouvé, quand l'un d'eux, dans le secrétaire, au milieu de papiers, trouve un bout de journal sur lequel est griffonné : « Hubert Leroy. Terminus-Vaugirard » et un numéro de téléphone.
Effectivement, un certain Hubert Leroy a loué une chambre dans cet hôtel le 21 août et le bout de journal en question a été arraché au « Paris Presse » daté du 21 août. Enfin, les policiers sachant que « Leroy », c'est « Didier » ils en déduisent que Bastien-Thiry est le chef du commando.
L'interrogatoire reprend, toujours aussi serré. Bastien Thiry ne faiblît pas. Sa femme est autorisée à lui apporter des vêtements de rechange. Bastien-Thiry est surveillé de très près pour qu'il ne soit pas tenté de faire ce qu'a fait le commandant Niaux. 

Le lundi 17 septembre, le commissaire Bouvier apprend que le lieutenant-colonel veut le voir. Il a devant lui un homme résolu. Un homme qui a dû longtemps réfléchir et qui vient de prendre une décision capitale. 
Bastien-Thiry s'assoit, se redresse et déclare calmement: « Monsieur le Commissaire, vous m'avez mis devant certaines évidences. Il est inutile de nier l'évidence des faits. J'ai effectivement participé à l'attentat. J'en ai été l'instigateur, le réalisateur et je vais m'expliquer ».
Alors, pendant deux heures et demie et en présence d'un colonel de la sécurité militaire, Bastien-Thiry raconte. Il dit tout: comment a été organisé I'attentat qui y a participé, quelle mission précise avait chaque homme du commando et surtout pourquoi il a été perpétré. 
Les interrogatoires qui suivent ne sont que de pure forme pour faire préciser tel ou tel point de détail. La routine administrative en somme. Bastien Thiry s'est libéré la conscience d'un seul coup, en une seule fois. Il n'attend plus que le procès où il pourra publiquement s'expliquer, dire à la face du monde non pas ce qu'il a fait cela désormais va être connu de tous, mais surtout, ce qui pour lui est l'essentiel, pour qui il l'a fait.

De policière, l'affaire de l'attentat du Petit-Clamart prend dès lors une toute autre dimension, à la fois politique et philosophique.
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 16:44

Le procès s’ouvre le 28 janvier 1963 au fort de Vincennes, où siège la Cour militaire de Justice. Cette Cour est présidée par le général de Corps d'armée Gardet. Ses membres en sont le général Binoche, le colonel Reboul, le colonel Bocquet, l'adjudant-chef Latreille. Le Ministère public est représenté M. Sudaka qui malade et sera remplacé par M. Gerthoffer…ami du père de Bastien-Thiry. Elle n’offre donc aucun recours et dans un premier temps les avocats vont tout tenter pour retarder l’ouverture du procès, mais peine perdue une loi, de toute façon, prorogera cette Cour Militaire de Justice.
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Ils sont neuf dans le box des accusés: Pascal Bertin, 20  ans, étudiant; Pierre Magade, 20 ans, mécanicien; Etienne Ducasse, 23 ans étudiant; Alain Bougrenet de la Tocnaye, 36 ans, officier déserteur; Jacques Prévost, 31 ans, électricien; Alphonse Constantin, 34 ans, chaudronnier; Lazlo Varga, 20 ans, Hongrois, ouvrier; Gérard Buisines, 36 ans, sans profession ; et Jean-Marie Bastien-Thiry, 36 ans, lieutenant-colonel.
Six sont jugés par contumace: Georges Watin, Serge Bernier alias Murat, Louis de Condé, Lajos Marton, Jean-Pierre Naudin et Sari.
Tous sont poursuivis pour attentat contre l'autorité de l'État avec usage d'armes, A cela s'ajoute pour tous, sauf pour Ducasse qui est tombé malade la veille de l'attentat et n'y a donc pas participé, la tentative d'homicide volontaire avec guet-apens et, pour tous, sauf pour Constantin, l'infraction à la législation sur les armes, munitions et explosifs.
Seize avocats sont là pour les défendre, dont M Tixier-Vignancourt et Isorni.
La lecture de l‘acte d‘accusation dure deux heures.
Ensuite commence l'interrogatoire de chacun des accusés qui va permettre de connaître les mobiles qui les ont inspirés.

Pascal Bertin rappelle qu'il a participé à l'occupation du gouvernement général le 13 mai 1958 à Alger: « Pour cela, dit-il, nous avons été félicités par le général de Gaulle. Ensuite, quand le chef de l'État a décidé de donner l'indépendance à l'Algérie, j'ai compris que toute opposition légale serait impossible. J'ai estimé que mon devoir de futur officier était de me mettre au service de la partie de l'armée qui défendait l'intégrité du territoire et l'honneur de la Patrie : l'O.A.S. et le C.N.R. Le général de Gaulle avait porté atteinte à l'intégrité du territoire. Il ne représentait plus qu'un pouvoir de fait et devait être jugé selon les fois en vigueur. » En essayant de l'abattre, je ne faisais que mon devoir de Français. Et Pascal Bertin conclut: « Messieurs, j'ai fait mon devoir, faites votre métier. »

Pierre Magade qui a déserté en Algérie: «J'ai conscience d'avoir lutté pour ma patrie, d'avoir fait mon devoir de soldat. Il n'y a pour moi qu'un responsable des malheurs de mes compatriotes pieds-noirs, c'est le général de Gaulle. »


Lazlo Varga, le Hongrois affirme avoir été convaincu que le général de Gaulle « conduisait la France vers un régime totalitaire si ce n'est vers le communisme. Je ne pouvais comparer les répressions envers les  patriotes français qu'aux événements de Hongrie. Il était normal que je me misse à la disposition d'un peuple qui lutte pour sa liberté. J'ai donc opté pour le C.N.R. »
Jacques Prévost reconnaît qu'il a entraîné Buisines, Magade et Constantin dans l'opération : « Il m'a semblé que je pouvais mieux servir mon pays en rejoignant ceux qui étaient les plus exposés. Mes mobiles sont les mêmes que ceux de mes camarades. Je suis toujours persuadé que le général de Gaulle s'est conduit d'une façon criminelle envers la France. Il a violé la Constitution et il a trompé les populations musulmane et française ainsi que l'armée.»
Jacques Prévost conclut: « Je ne redoute pas que votre tribunal me condamne à mort. C'est la seule façon qui reste au pouvoir de m'empêcher de penser et de crier la vérité.»

Alain Bougrenet de la Tocnaye, précis, méthodique ne se défend pas non plus, il est certain d’avoir raison. « Ma famille a donné à la France des Croisés, des officiers et des Chouans, n'a jamais courbé l'échine devant ce que sa conscience considérait comme un parjure, une félonie ou un déshonneur et je me dois d'écouter mes ancêtres qui ont toujours défendu des causes saintes. »
Le ton est donné.
La Tocnaye considère que « le général de Gaulle est l'une des causes de la décadence de notre pauvre pays. » Il poursuit: « Les conditions sont réunies en France pour une démocratie populaire; le noyautage marxiste, la destruction de l'armée. »
Sur le plan juridique, il estime que « la résistance à l'oppression, le droit à l'insurrection ont toujours été, dans leur principe, reconnus légitimes par les théologiens catholiques »
Le Petit Clamart n'est pas pour Bougrenet de la Tocnaye un attentat, c'est « un acte de justice ». Il conclut: « Il s'agissait d'abattre le général de Gaulle conformément aux ordres du C.N.R, si on ne pouvait l'enlever, ce qui aurait été plus élégant. Mais il faut espérer contre toute espérance, a dit saint Paul. Vive la France et que la volonté de Dieu soit faite ! ».

De plus tous ont eu à préciser le rôle exact qu'il avait joué dans l'attentat. Tous l'ont fait sans se dérober.
Il reste la déclaration et l’interrogatoire de Bastien-Thiry qui vont prendre plusieurs jours…

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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 16:46


Bastien-Thiry se présente en uniforme d'officier de l'aviation, il dégage une impression de force de cet homme de 35.ans qui à la certitude d'avoir fait son devoir et le regret de ne pas avoir pu le faire jusqu'au bout. Il va parler de tout ce qu’il a dans le cœur, sans aucune compromission, avec parfois des mots très durs. Il sait fort bien ce qu’il va lui en coûter, mais il n’en a cure, il est déjà parti.

D'une voix ferme il commence: « L'action dont nous répondons aujourd'hui devant vous présente un caractère exceptionnel et nous vous demandons de croire que seuls des motifs d'un caractère également exceptionnel ont pu nous déterminer à l'entreprendre. Nous ne sommes ni des fascistes ni des factieux mais des Français nationaux, Français de souche ou Français de cœur, et ce sont les malheurs de la Patrie qui nous ont conduits sur ces bancs. Je suis le chef de ceux qui sont ici, j'assume à ce titre toutes mes responsabilités et c'est pourquoi je parlera! au nom de mes camarades et plus longuement qu'ils ne l'ont fait avant moi ».
Tout ceux présents ce jour là, journalistes, avocats, membres de la Cour, dans cette salle Fort d‘Ivry en ce samedi 2 février, écoutent dans un silence total.
Tout le monde est persuadé que cette déposition est l'élément clé des débats, le reste même le réquisitoire et les plaidoiries ne changeront plus grand chose..

« Nos motifs sont liés aux conséquences de l'effroyable drame humain et national qui, à la suite des événements qui se sont déroulés en Algérie depuis bientôt cinq ans, ont mis en jeu et mettent encore journellement en jeu les libertés, les biens et la vie de très nombreux Français, après avoir mis en jeu l'existence même, en tant que telles, de collectivités nationales dans leur ensemble et l'existence même du principe de l'unité nationale.
« Nos motifs d'action sont liés aussi, et par voie de conséquence au danger, mortel à notre avis, que fait courir à notre pays l'actuel pouvoir de fait ».
Le « Pouvoir de fait » et « chef de l'État de fait» il s’agit de de Gaulle bien sur. Aux yeux de Bastien -Thiry la position et les fonctions de celui-ci sont illégitimes ce qui est, politiquement défendable à ses yeux mais juridiquement indéfendable même pour les adversaires les plus acharnés du général.


Bastien-Thiry poursuit: « Le danger que court actuellement ce pays ne vient pas d'un risque de destruction physique ou matérielle: il est plus subtil et plus profond car il peut aboutir à la destruction des valeurs humaines, morales et spirituelles qui constituent le patrimoine français. »
« Les engagements pris en mai-juin 1958, dit-il, nul n'était obligé de les prendre mais dès lors qu'ils étaient pris, ils avaient valeur de programme politique. Serments prêtés par un officier général en uniforme devant d'autres officiers et soldats, c'était une question d'honneur, d'honnêteté intellectuelle et de simple bonne foi de tout faire, de faire tout ce qui était humainement possible pour honorer ces engagements et pour tenir ces serments. »
Bastien-Thiry développe longuement ce thème en retraçant les étapes successives qui ont conduit de mai 58 au discours du 5 février 62, aux accords d'Evian et à l'indépendance et il en déduit que les serments et les engagements pris au début « ne l'ont été que dans un but tactique et ne correspondaient nullement aux intentions réelles du chef de l'État». Il accuse donc le général de Gaulle de «mensonge, de parjure et de reniement », et justifie du même coup la révolte des Français d'Algérie.
« La population française d'Algérie, dit-il, a pris en main la défense de ses droits et de ses intérêts avec le concours de généraux et d'officiers français, ce qui restera pour eux un Honneur devant l'Histoire. Cette auto-défense était profondément légitime. »
La conclusion du lieutenant-colonel sur ce point est un véritable réquisitoire contre le général de Gaulle - « Le désastre algérien, affirme-t-il avec tous ses morts et toutes ses ruines, pouvait être évité et il a tenu essentiellement à l'acharnement de la volonté d'un très vieil homme. Ce désastre est pire que ceux que la France a subis en 1870 et en 1940. »
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 16:50

Ayant analysé les causes, Bastien-Thiry en vient aux conséquences:
«A qui va profiter une telle politique, s'écrie-t-il ?  Aux communistes dont la stratégie consiste à essayer de tourner les défenses de l'Europe occidentale par le sud, c'est-à-dire par l'Afrique. C'est pourquoi la trahison du général de Gaulle en Algérie n'est pas seulement une trahison à l'égard des populations françaises de ce pays, c'est aussi une trahison à l'égard du monde libre tout entier ».

L'accusé pousse son raisonnement encore plus loin: « L'application de la Constitution s'impose à tous et d'abord au chef de l'État qui, par définition, en est le garant et le gardien. Cette Constitution est un garde-fou qui a pour but d'empêcher le régime républicain de dégénérer en dictature ou en tyrannie. Le chef de l'État qui la transgresse se met, par ce, seul fait, hors des lois de la Nation; il est coupable de forfaiture et doit être traduit en Haute-Cour ».
Aucunes réactions à ces propos, ou aussi bien de la part du tribunal que de la foule, comme si tout le monde approuvait en silence…
Il compare les discours de de Gaulle... à certaines harangues de Hitler à Nuremberg avant la guerre. En 1944, von Stauffenberg a ourdi un complot contre Hitler parce que c'était un dictateur qui après avoir promis la victoire à son pays le. conduisait à la ruine et au désespoir. Dix-huit ans plus tard, Bastien-Thiry s'est voulu être le von Stauffenberg de l'armée française. La justification du C.N.R. va donc de soi !
« C'est au nom de la légalité républicaine, transgressée par le pouvoir de fait, que le C.N.R. s'est constitué et c'est au nom de ce droit que nous avons réalisé une action de force contre celui qui s'est placé hors de la légalité. »

Personne ne relève…

Pourtant le C.N.R. n'a aucun pouvoir légal ni même aucune existence légale puisqu'il n'est reconnu par personne et ne détient ses pouvoirs que de lui-même. Mais le brillant lieutenant-colonel est catégorique:
« Nous avons exercé le droit qui est au cœur de l'homme, le droit de légitime défense. Nous n'avons transgressé ni lés lois morales, ni les fois constitutionnelles en agissant contre un homme qui s'est placé lui-même hors de toutes les fois. ( ... ) C'est pourquoi, si vous vous conformez aux fois de la République, vous devez nous reconnaître innocents. Nous avons agi contre de Gaulle en tant qu'il est un citoyen justiciable, responsable chaque jour de nouveaux meurtres et de nouvelles souffrances. »

Peu à peu, Bastien-Thiry s'écarte de la politique pour en arriver au plan moral, religieux. Face aux communistes, il est nécessaire de dresser un rempart pour « la défense de l'Occident chrétien ». De Gaulle, dit le C.N.R., est non seulement un traître mais un tyran et la doctrine de l'Église autorise le peuple à se soulever contre les tyrans. L'accusé s'étend longuement sur ce point….
Malheureusement l’Église s’est, dans sa grande majorité, rangée derrière les assassins du FLN. Dans le cas précis de Bastien-Thiry, le Bureau de l'information religieuse avait précisé: « Lorsqu'on invoque le droit d'insurrection ou qu'on fait appel au tyrannicide, sans nier cette possibilité extrême, l'Église est encore plus exigeante et pose des conditions tout à fait exceptionnelles qui ne sont aucunement remplies aujourd'hui, ni de près ni de loin. »
C'est donc très net.

Bastien-Thiry parle maintenant depuis cinq heures. Sa fatigue est visible mais il veut aller jusqu'au bout de sa démonstration et se fait de plus en plus dur, cassant, sévère. Il ne se justifie plus tellement. Il attaque, il condamne, il tranche. Il se fait procureur : « Nous avons agi contre Charles de Gaulle en tant qu'il est un citoyen justiciable des lois de la nation et responsables d'innombrables morts et souffrances.

« Nous n'avons pas de sang sur les mains mais nous sommes solidaires de ceux qui ont été amenés à verser le sang au cours d'une guerre civile qui a été imposée par les parjures et les trahisons du pouvoir de fait.
« Cet homme est ruisselant de sang français et il représente la honte actuelle de la France. Il n'est pas bon, il n'est pas moral, il n'est pas légal que cet homme reste longtemps à la tête de la France. Un jour, cet homme rendra compte de ses crimes devant Dieu sinon devant les hommes.
« Le pouvoir de fait a la possibilité de nous faire condamner. Il n'en a pas le droit. Devant l'Histoire, devant nos concitoyens et devant nos enfants, nous proclamons notre innocence car nous n'avons fait que mettre en pratique la grande et éternelle loi de solidarité entre les hommes.»
C'est fini. Bastien-Thiry se rassoit. Il a été écouté dans le silence le plus profond avec intérêt et même avec passion. Et pour tous, la conclusion est la même : le lieutenant-colonel s'est condamné plus sûrement que ne le ferait le procureur le plus impitoyable et il l'a fait sciemment car il est impossible à la fois de se proclamer innocent et de s'enfoncer de cette façon. Mais peut-être après tout est-ce ce qu'il veut ? Le soir de sa condamnation, Bastien-Thiry recevra la visite de son beau-père, M. Lamirand : « Vous serez gracié », lui. dit celui-ci. « Non, sûrement pas, lui répond le lieutenant-colonel. De Gaulle ne me pardonnera jamais ce que j'ai dit. »

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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 16:52

   Comme il l'a fait avec les autres accusés, le président Gardet entreprend alors l'interrogatoire de Bastien-Thiry sur les faits proprement dits, la façon dont l'attentat a été conçu, le recrutement des hommes du commando, les fonds, le plan finalement adopté. Bastien-Thiry tente de faire accréditer la thèse de l'enlèvement (« Qu'on ne soit pas sceptique, nous prenons nos responsabilités ») par les points d'impacts relevés et qui prouveraient que les tireurs ont voulu arrêter les voitures dans un premier temps et non pas abattre leurs occupants, mais le commissaire Bouvier sera formel lorsque viendra son tour de témoigner: le général de Gaulle n'a échappé à cet attentat que par miracle et grâce à un extraordinaire concours de circonstances.

Ensuite commence le long défilé des témoins de la défense qui va durer une semaine. Il en vient quatre-vingt-dix-sept. Les uns pour parler du tyrannicide, d'autres de la légitimité de l'acte commis mais la plupart pour dire ce qu'ils ont vu, vécu et souffert en Algérie, dans l'Algérie devenue indépendante à partir du 5 juillet 196Z mais aussi dans l'Algérie d'avant. C'est un défilé souvent pitoyable, toujours poignant de rescapés des massacres, des tueries, des fusillades, des vengeances, les vainqueurs ayant fait la chasse à tous ceux qui avaient servi, jusqu'au dernier moment, la France parce que jusqu'au bout, ils avaient cru que la France ne partirait pas.
Simples Musulmans ou anciens Harkis, Pieds-Noirs rapatriés, ayant tout perdu, Français déracinés, leurs témoignages constituent au fil des jours le plus redoutable des dossiers dont la Défense pourra se servir pour dire : « Voilà, messieurs, pourquoi Bastien-Thiry et ses hommes ont fait ce qu'ils ont fait. Voilà pourquoi ils étaient au Petit-Clamart, le 22 août au soir. »

Avec les témoins de moralité, le débat prend une autre dimension. Ainsi avec le capitaine Charie-Marsaine, un officier de cavalerie qui, en quelques phrases, va expliquer ce qui a été pour beaucoup de ses collègues un véritable drame de conscience : «Tous les officiers qui ont été dans les S.A.S., trois ou quatre mille, dit-il, sont frappés par le fait que l'un d'entre eux (Bougrenet de la Tocnaye) est ici, comme si ce procès était aussi le leur. »
- « Voulez-vous dire, lui demande le président que tous ces officiers auraient fait comme lui ?
- « Les uns ont choisi la discipline, comme moi, d'autres ont choisi une autre vole. C'est notre drame profond et permanent de savoir quels sont ceux qui auront eu raison. »
Enfin, le défilé des témoins s'achève par un long débat sur la fusillade de la rue d'Isly


Viens l’heure du réquisitoire pour le procureur Gertholffer. D’une voix monocorde, volontairement neutre, l'avocat général déclare d'entrée ne vouloir s'en tenir qu'aux faits : « Ces inculpés, vous les connaissez. Ils vous ont donnes leurs explications, il est donc inutile que je reprenne ce que vous savez déjà d'eux. » Il repousse d'abord formellement la thèse de l'enlèvement reprenant les explications du commissaire Bouvier. Puis il s'engage sur le terrain politique puisqu'il s'agit, avant tout, d'un procès politique . M. Gerthoffer s'appuie alors sur des arguments juridiques et constitutionnels: le référendum du 8 janvier 1961, les accords d'Evian approuvés également par référendum. « Au point de vue juridique, dit-il l'indépendance de l'Algérie ne peut donc être regardée comme une trahison ou un abandon. 
Les hommes que vous jugez se sont attaqués de vive force à un gouvernement légitime, c'est-à-dire à la France elle-même. Leur crime est un crime politique en ce qui concerne le complot. Mais c'est un crime de Droit commun en ce qui concerne les tentatives d'assassinat. »
L'avocat général détermine alors les responsabilités de chacun et fixe la peine qu'il demande au tribunal d'appliquer. Pour Bastien-Thiry, « j'ai le devoir pénible de requérir la peine de mort. »
M. Gerthoffer demande aussi la peine de mort pour Bougrenet de la Tocnaye et pour Prévost.

Gerthoffer, c’est la « voix de se son maitre« , aucun doute là dessus.



Deux faits vont encore permettre à la Défense de livrer un combat d'arrière-garde. C'est d'abord l'arrestation de Sari, l'un des conjurés. Les avocats demandent qu'il soit entendu. L'avocat général veut que son cas soit disjoint. C'est lui qui obtient gain de cause.
Deuxième fait, plus important l'arrestation d'Antoine Argoud, enlevé par des barbouzes gaulliste et ramené d'Allemagne, où il s'était réfugié, dans une camionnette, ligoté et bâillonné. M" Tixier-Vignancour demande carrément l'ajournement du procès en partant du principe que le colonel était l'un des chefs du C.N.R. et que c'est du C.N.R. que Bastien-Thiry a pris ses instructions. Mais Bastien-Thiry refuse de dire si le colonel Argoud lui a personnellement donné l'ordre de préparer l'attentat. Finalement, le Tribunal décide que le colonel sera entendu par l'un des juges, le colonel Reboul. Argoud, lui, affirme qu'il ne connaît aucun des conjurés du PetitClamart, qu'il n'a pas été mêlé à la conception de l'attentat et qu'il n'a jamais entendu parler de condamnation à mort du général de Gaulle par le C.N.R.
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 16:55

Finalement, le «cas» Argoud est oublié.

Le procès a débuté il y a plus d’un mois quand viennent alors les plaidoiries.
Me Dupuy, le premier avocat de Bastien-Thiry, retrace la vie et la carrière de son client « qui a connu sa première révolte à 13 ans quand il a entendu le maréchal Pétain prêcher la soumission, un sentiment contre lequel on lui avait déjà appris à se défendre ». Quant aux mobiles qui ont pu pousser ce brillant officier, l'avocat les qualifie « d'aberrants, d'insensés ». C'est un acte qu'on ne peut juger isolément, dit-il. Alors, il y a deux hypothèses: « ou bien Bastien-Thiry est devenu fou, ou bien, en raison d'événements extérieurs, il s'est trouvé projeté hors de sa vie professionnelle et familiale et catapulté en quelque sorte sur le pavé du Petit-Clamart, un journal à la main ». 
Et Me Dupuy de conclure: « Où est la vérité? Ce sera aux historiens de le dire dans cent ans. Ce qui s'est passé dans le coeur et dans le crâne de Bastien-Thiry, c'est quelque chose de pur et de droit. Vous ne devez pas le condamner à une peine exemplaire. Cela peut vous paraître dur parce que vous êtes des soldats et que vous croyez dans les vertus de la discipline. Et pourtant, en 1940, vous avez su faire le choix entre la discipline et le devoir. Admettons qu'ils se soient radicalement trompés. Vous allez les tuer pour cela ? Vous ferez trois cadavres de plus dans la guerre d'Algérie et vous ferez trois veuves et sept orphelins. Pensez-y. »

Et vient le tour de Me Tixier-Vignancour. On sait qu'après la plaidoirie de Me Tixier-Vignancour, le Tribunal se retirera pour délibérer et que le verdict tombera dans la soirée. .
La voix grave, de bronze, tantôt ironique et méprisant, tantôt pathétique, M Tixier-Vignancour sait jouer de toutes les facettes de son talent. Il a sauvé la tête du général Salan à la surprise générale. « Le but de la défense, attaque-t-il, n'est pas de justifier, il est d'expliquer. Si je vous disais - Bastien-Thiry a raison, je ne remplirais pas mon rôle, j'avancerais simplement des arguments qui n'ont point de place ici. En d'autres termes, je commettrais la même erreur que monsieur le Procureur général.
Tixier-Vignancour est lancé. Il va parler pendant cinq heures…
Naturellement, une plaidoirie avant tout politique. Il fait la liste des contrats passés par le général de Gaulle envers l'Algérie : celui de juin 58 « le seul auquel tout le monde a cru, sauf peut-être quelques initiés », celui du 16 septembre 59 où la sécession était considéré par le général comme « un aboutissement irréversible et désastreux ».
Me Tixier-Vignangour revient sur les faits. Il évoque les « barbouzes », le blocus de Bab el-Oued, la rue d'Isly, et attaque directement le général de Gaulle : « C'est un homme qui n'oublie pas, qui ne pardonne pas, qui ne console pas. Si bien que nous vivons sous un régime qui fabrique de faux complots bi-mensuels. Le dernier visait, parait-il, M. Pompidou. C'est comme si, haïssant le propriétaire, on s'attaquait à son concierge. » Le mot fait mouche dans l'assistance.
L'avocat livre un dernier assaut, par bien des aspects pathétique, pour les circonstances atténuantes : « Ils sont aveuglés par la haine, a dit M. le procureur général. Ce n'est pas vrai. Ils ont, au contraire, compati au sort de toutes les victimes innocentes persécutés par le drame qui a écartelé l'Algérie, parce que personne n'avait expliqué, consolé, réparé.
« Je suis sûr, ajoute-t-il, que vous avez compris que les cadavres de Bastien-Thiry et de Bougrenet de la Tocnaye feraient plus pour la fin de l'unité française que tous les efforts accomplis contre elle depuis longtemps. Et ne vous dites pas, je vous en prie, qu'ils ne seront pas exécutés. D'autres juges l'ont cru et ils se sont trompés. Il est incontestable que si vous prononcez la peine capitale celle-ci sera exécutée. Je ne crois pas que ce soit possible, je ne crois pas que ce soit humain et, par dessus tout, je ne crois pas que ce soit utile. »
La voix s'est faite tantôt véhémente, tantôt caressante. Me Tixier-Vignancour s'adresse personnellement à chacun des jurés. Il rappelle notamment à l'adjudant-chef Latreille que celui-ci devait commander le peloton qui aurait dû exécuter le générai Jouhaud et que le contre-ordre n'est arrivé qu'à 11 heures du soir la veille !
Il conclut : « Je vous ai dit ce que je pouvais vous dire pour tenter de retenir de toute mon âme la Cour militaire de Justice sur le chemin de ce qui serait une tragique erreur. Vous ne serez pas sourds, Messieurs, à l'invocation de l'Esprit qui, tous les matins, se produit à la prime aurore et redit ces mots que je souligne du plus intense de mon émotion : « Et in terra Pax hominibus bonae voluntatis.
Me Tixier-Vignancour se rassoit, épuisé. La salle frémit. Le président demande encore aux accusés s'ils ont quelque chose à ajouter. Mais lis n'ont plus rien à dire. Tout a été dit. Il est 19 h 45. La Cour se retire pour délibérer.
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 17:02

L'attente dure deux heures quarante qui paraissent interminables. A 22 h 27, la Cour revient. D'une voix aiguë, blanche, le général Gardet commence à lire la sentence. Il est livide comme sont livides tous les témoins et acteurs de cette scène.


« Les réponses sont « oui » à toutes les questions sauf en ce qui concerne la tentative d'assassinat pour Constantin. Il n'y a pas de circonstances atténuantes pour Bastien-Thiry, Bougrenat de la Tocnaye, Prévost, Watin, Marton et Bernier. Il y a des circonstances atténuantes pour Buisines, Constantin, Varga, Bertin, Ducasse, Naudin, de Condé et Magade. »
La salle a compris mais le président enchaîne :
« A la majorité absolue des voix et contradictoirement, la Cour militaire de Justice a prononcé les condamnations suivantes : Bastien-Thiry, à la peine de mort. Bougrenet de la Tocnaye à la peine de mort, Prévost à la peine de mort, Buisines à la réclusion criminelle à perpétuité, Magade à quinze ans de réclusion criminelle, Constantin à sept ans de réclusion criminelle, Varga à dix ans de réclusion criminelle, Bertin à quinze ans de détention criminelle, Ducasse à trois ans d'emprisonnement.

Pour les contumax, trois peines capitales: Watin, Marton et Bernier. Deux réclusions à perpétuité : Naudin et de Condé.
Les accusés ne bronchent pas. Bastien-Thiry est resté très droit. Pas un cri, pas un chant, pas une révolte. Peut-être, sur les lèvres du lieutenant-colonel, un léger sourire.

Me Richard Dupuy est reçu à l'Élysée. Il plaide la grâce pour les trois condamnés à mort. Le chef de l'État l'écoute sans dire un mot. Quand l'avocat a terminé, de gaulle se lève et prend simplement congé de lui en lui disant: « Merci, monsieur ».

Alain Bougrenet de la Tocnaye et Jacques Prévost sont graciés.

Le 11 mars, au petit matinà 6 h 39, Bastien-Thiry est fusillé par un détachement de l'armée de l'air. dont un lieutenant-colonel a refusé de prendre le commandement....

Le soir meme, à l'Elysée, de Gaulle offre un banquet à tous les magistrats et juges de la cour d'exception.....


Enquete sur l'histoire N° 2 avril 1992
Thematique N° 76 mars 2002
L'Aurore fevrier mars 1963
Quelques minutes du procès: Jean louis Tixier Vignancourt.
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 17:08

Trois écrivains devant la mort de Bastien-Thiry

Marcel Aymé:
J’ai toujours été partisan d’une Algérie algérienne, et, malgré le désastre d’Evian, si la possibilité s’offrait aujourd’hui encore d’une intégration de cette Algérie dans le sein de l’ex métropole, j’y serais plus opposé que jamais.
Je le dis parce qu’il me paraît honnête d’en avertir les lecteurs de l’»Esprit Public » et surtout parce que le colonel Bastien-Thiry avait sur ce point une position toute contraire. J’ajoute que le recours au meurtre quel qu’en soient les mobiles, ne me paraîtra jamais satisfaisant.
Cela ne m’empêche pas d’admirer qu’un homme aussi dépourvu d’ambition que de vanité ait résigné ses plus naturels et ses plus chers intérêts pour accomplir ce qu’il croyait être son devoir de citoyen ; qu’en face de ses juges, il ait tranquillement accusé le seul homme de qui il aurait pu attendre la vie sauve.

Antoine Blondin :
Je suis contre la peine de mort, contre la peine des morts, celle qu’on leur inflige encore à travers les brimades imposées à leurs parents, à leurs amis, à leurs fidèles, lorsqu’ils vont trébuchant à travers les détritus du charnier de Thiais pour y retrouver le corps des suppliciés et leur donner une sépulture décente. On joue beaucoup trop Antigone dans ce pays.
Cependant, le sacrifice du colonel Bastien-Thiry, car il s’agit bien d’un sacrifice dans le double sens d’offrande et d’holocauste, porte une signification précieuse et il faut oser dire qu’en un sens tragique l’affaire du Petit-Clamart a réussi. En tombant sous le feu d’une justice téléguidée, cet officier français, qui n’à fait en somme que tenir jusqu’au bout ses promesses, même celles de l’Autre, continue d’agir en révélateur : il nous confirme que le tournesol implanté à l’Elysée a définitivement viré au rouge.
Ainsi l’un des objectifs que se proposait le colonel Bastien-Thiry est atteint.

Michel Déon :
« Il n’avait qu’à moins parler », a dit le colonel-juge Reboul. Le colonel-juge a obtenu satisfaction : l’accusé Bastien-Thiry ne parlera plus du tout. Sa voix s’est tue à jamais. Il nous a laissé son testament, une déclaration longue et précise comme la démonstration d’un théorème. Ces pages ont gardé un accent rauque. La mort les place très au-dessus de ce que nous avions cru, même dans notre foi naïve.
Un seul homme s’est levé pour tous. Pour tous il a payé. Nous n’avons plus que des devoirs à l’égard de sa mémoire. Après l’oraison nécessaire, le chemin semble plus droit, plus juste et l’espérance plus enracinée que jamais.

Les trois textes ont été publiés dans l’Esprit Public sous le titre « témoignages pour l’histoire ».




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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 18:23

Merci Jacques du rappel de ces textes !

J'avais lu celui Michel Déon, pas les deux autres...

Après 50 ans, ils prennent une dimension encore plus importante.... Sachant ce qu'il est advenu des relations Franco-Algériennes, de la peine de mort, du respect de la parole donnée, enfin du sens du sacrifice mené jusqu'à l'extrême....

Par ailleurs, la "Victime" de l'attentat du Petit Clamart, jouissait d'une sérieuse baraka !....

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ZITOUNE
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 18:38

Anecdote....

Antoine Blondin, écrivain de talent, avait un sérieux défaut: son penchant pour la boisson. Il prenait quotidiennement des cuites mémorables, il en est mort d'ailleurs.
Talentueux, au point que d'autres lui ont proposés de le présenter à l'académie française.
Il répondit: "je n'y arriverai jamais il y à 14 bistrots sur le chemin pour arriver à l'académie....."
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 19:36



Merci Zitoune de cette page d'histoire ! Très intéressant !
de gaulle avait une sacré baraka et un sacré courage : on raconte que lui et son épouse sont restés assis sur leur sièges sans chercher à se protéger des balles.
D'ailleurs, il me semble que s'ils avaient pas cherché à le faire, ils n'auraient pas survécu...

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Claude Millet
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Mar 21 Juin 2011 - 19:39

…/…Que c’est-il passé ?
La visibilité était médiocre, le signal de Bastien Thiry pas vu ou trop tard ?
Dans l’estafette, au lieu de commencer le tir comme prévu, ils ne purent ouvrir le feu qu’au dernier moment, alors que la DS filant déjà à leur hauteur, allait disparaître, ne s’exposant qu’une fraction de seconde à leurs coups incertains.
Un véhicule lancé à 90 km/h parcourt 25 m/s. En face, le 24/29 avec sa cadence de tir relativement lente, 500 cps/mn, ne pouvait tirer que 8 à 9 coups par seconde, trop peu pour avoir des chances de toucher une cible passant à très courte distance par le travers.
Pareil pour l’ID de La Tocnaye dont les PM tirent des balles moins rapides et moins puissantes que ceux des FM. Sauf, si, l’ID avait coupée la route, Marroux, malgré son habileté, aurait été contraint de s’arrêter, et là les tirs auraient été meurtriers…/…
Avec deux pneus crevés la DS parvient jusqu’à la base de Villacoublay, distante de 4 kms.



la baraka
Merci Zitoune
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Pérignon
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   Dim 11 Mar 2012 - 19:30

ZITOUNE a écrit:

Le 11 mars, au petit matin à 6 h 39, Bastien-Thiry est fusillé par un détachement de l'armée de l'air. dont un lieutenant-colonel a refusé de prendre le commandement....

C'était au Fort d'Ivry, il y a aujourd'hui 49 ans....
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dombag
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MessageSujet: BASTIEN THIRY fusillé   Sam 8 Nov 2014 - 22:14

La fille du lieutenant-colonel BASTIEN THIRY a écrit un livre poignant où elle relate d'autre part de nombreux points communs avec l'éxécution du duc d'Enghien , enlevé en Allemagne et fusillé sur ordre de Napoléon 1°, au château de VINCENNES.
Cet acte coupera définitivement Napoléon de toutes les cours royales d'Europe, même après son mariage avec Marie-Antoinette de Habsbourg!
Le duc d'Enghien était apparenté au Lt Colonel BASTIEN THIRY... Ce livre m'ayant été prêté, je ne me souviens plus de son, titre.
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dombag
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MessageSujet: colonel de BOISSIEU   Sam 8 Nov 2014 - 22:37

Le colonel de BOISSIEU, gendre de de gaulle, n'ayant pas été obéi à sa première demande pour que son beau-père se baissât,dit alors :"Père, je vous en supplie, baissez-vous !" (de mémoire, c'est lui qui expliqué de la à la télévision)

Devant le ton comminatoire  de son gendre, le général s'exécuta, ce qui lui sauva la vie; dès la 1° guerre mondiale, les officiers supérieurs français se firent énormément blesser ou tuer, refusant de se baisser en cas de danger; c'est ainsi qu'une note de service de l'Etat-major a été rédigée afin de leur demander de ne plus prendre de risques inutiles, le nombre important d'officiers supérieurs et subalternes tués au début de la guerre posant un grave problème de commandement ! De nombreux colonels, en particulier, restaient sur leur monture face aux mitrailleuses allemandes...Les officiers allemands ne se sont généralement pas comportés ainsi.

 Le général de gaulle, lors de la Grande guerre, refusait également de se baisser et encore plus de se coucher sous la menace des balles ennemies! (cf. livre de Mme Frédérique NEAU-DUFOUR :"La première guerre de Charles de Gaulle" ). Cela explique, je pense, pourquoi il a fallu que son gendre hurle pour qu'il acceptât de se courber.
 Enfin, le Commissaire BOUVIER avait une aura particulière à la PJ de Paris quand j' y ai débuté en 1973.
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MessageSujet: Re: Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....   

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Pourquoi de gaulle n'est pas mort au Petit-Clamart....
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