CHEMIN DE MEMOIRE DES PARACHUTISTES
Bienvenue sur notre forum Chemin de Mémoire des Parachutistes...

Si vous êtes membre de notre fratrie, ce message s'affiche car vous avez certainement oublié de vous connecter.

Si vous avez oublié votre mot de passe, en bas de page accueil du forum, par l'icône "contact", adressez un message à l'administrateur qui trouvera pour vous une solution.

Ce message s'affiche également pour nos visiteurs qui tardent à s'inscrire...!

En attendant, bonne navigation à tous.....!


« ... Le devoir de mémoire incombe à chacun...rendre inoubliable. Ceux qui sont morts pour que nous vivions ont des droits inaliénables. Laisser la mémoire se transformer en histoire est insuffisant. Le devoir de mémoire permet de devenir un témoin... »
 
AccueilAccueil  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetPartagez | 
 

 Entretien avec Alain Sanders - Si je t'oublie jamis, Saïgon - Centurions Trente baroudeurs de l'Indochine française

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Claude Millet
Fondateur
avatar


MessageSujet: Entretien avec Alain Sanders - Si je t'oublie jamis, Saïgon - Centurions Trente baroudeurs de l'Indochine française    Sam 26 Aoû 2017 - 19:15

Envoi de Marjadou

ENTRETIEN AVEC ALAIN SANDERS

Ancien officier de la Coloniale, globe-trotter, journaliste de terrain ayant couvert de multiples conflits dans le monde entier sans jamais mettre son drapeau dans la poche, Alain Sanders est un des derniers Français à avoir quitté Danang dans des conditions rocambolesques et avoir assisté à la chute de Saigon. Depuis la mort du Sud-Vietnam, il est resté d’une fidélité absolue à ses amis vietnamiens, à leur combat pour la Liberté et pour une certaine conception de l’Honneur que l’Occident n’a toujours pas retrouvé…


– En quelle année êtes-vous arrivé au Vietnam et qu'y faisiez-vous ?
– Je suis arrivé en 1973. J'avais été nommé professeur de civilisation française à l'université Quan-Da de Danang (Quan pour Quang-Tri, Da pour Danang). Une grosse université où, malgré la montée des périls, un enseignement de qualité était assuré, notamment en ce qui concernait la littérature et la langue françaises.
– Qu'est-ce qui vous avait attiré dans ce pays ?
– Le pays, bien sûr ! Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été attiré par l'Indochine. Nombre de mes lectures de jeunesse racontaient des aventures se déroulant au Tonkin, au Cambodge, au Laos. Et puis va suivre Jean Lartéguy, mais plus encore Jean Hougron. J'avais le « mal jaune » avant même d'aller en Indochine...
– Justement, qu'y a-t-il d’envoûtant dans cette Indochine au point d'être atteint de ce que Lartéguy a appelé le « mal jaune » ?
– Quelque chose d'indéfinissable... Un climat, une ambiance, des peuples, si divers suivant qu'ils sont du Tonkin, d'Annam, de Cochinchine, des Khmers, des Moïs, des Lao, des Hmongs, etc. Mais il ne faut pas croire que tout le monde était frappé du « mal jaune ». Certains ne rêvaient que de repartir au plus vite, ne réussissant pas à communier avec ces peuples, incapables de se laisser prendre par la magie. D'autres – et c'était mon cas – n'avaient besoin que de quelques jours pour se dire : je suis là pour toujours, ma vie est là désormais...
– Quelle était la situation sur le terrain à l'époque ?
– Pas terrible... Abandonnés – pour ne pas dire trahis – par l'Occident, le libre Sud-Vietnam, mais aussi le Cambodge et le Laos devaient faire face à des provocations grandissantes de la part du Nord-Vietnam communiste gavés de matériels de guerre par l'URSS.
– Depuis les Accords de Paris en 1972, les Américains s'étaient désengagés. Pour autant, de ce que vous avez pu voir, la Chine et l'URSS qui avaient-elles cessé elles aussi comme promis leurs aides à leurs alliés communistes ?
– Comme je le dis dans ma réponse précédente, absolument pas. Non seulement l'aide a continué comme par devant, mais elle s'est accentuée dans des proportions considérables. Dans l'idée d'en finir au plus vite. J'en ai été témoin sur le terrain, à mon petit niveau, alors vous pensez bien que tout le monde, Américains, Français, Britanniques, étaient au parfum comme on dit...
– N'y avait-il pas une commission de Contrôle chargée de faire respecter les Accords de Paris ?
– Cette Commission de contrôle, c'était le renard et ses renardeaux chargés de surveiller le poulailler... Les gens de ladite Commission appartenaient pour la plupart aux pays du Pacte de Varsovie (Polonais, Hongrois, Tchèques, etc.). Quand les Sud-Vietnamiens dépassaient de deux centimètres les zones sous contrôle, la machine communiste se mettait en marche et Saïgon était dénoncée dans tous les médias (à commencer par les médias occidentaux, bien sûr). Mais quand des colonnes entières de chars étaient acheminées en direction du Sud-Vietnam sur des kilomètres de camions Molotova, comme j'ai pu le voir à partir d'un petit avion d'observation d'où nous avons fait des photos montrant ces colonnes en marche, la Commission de contrôle fermait les yeux ou estimait que ces mouvements de troupes n'avaient rien d'alarmant, que les Rouges ne faisaient que se dégourdir les jambes...
– En quoi cette guerre – ce que les Occidentaux n'ont jamais compris – était-elle une guerre d'agression du Nord communiste contre le Sud libre ?
– On ne peut pas dire que les Occidentaux n'avaient pas compris de quoi il retournait. Les Américains ont laissé des dizaines de milliers de leurs hommes sur le terrain pour empêcher l'invasion communiste. A cet égard, l'éviction de Nixon, due à une manipulation médiatique gauchiste très structurée, a été terrible. Il serait resté au pouvoir, il n'aurait pas abandonné, comme l'ont fait ses successeurs, le Sud-Vietnam. Et puis il y a ceux, comme De Gaulle, qui ont été des compagnons de route, je dirais même des complices, des communistes indochinois (se reporter au discours de De Gaulle à Phnom-Penh). C'était une guerre d'agression et une guerre d'invasion menées par des Nord-Vietnamiens qui, depuis les Accords de Genève en 1954, n'ont eu de cesse de préparer, de nourrir, d'attiser leurs projets d'annexion du libre Sud-Vietnam. Les Sud-Vietnamiens ne sont jamais allés au-delà du 17e Parallèle. Les Nord-Vietnamiens n'ont jamais cessé d'envoyer leurs agents et leurs Bo-Doi porter la guerre jusqu'au cœur de Hué et de Saïgon.
– Le Vietcong a-t-il réellement existé ou était-ce une création du Nord ?
– Le soi-disant Vietcong était composé à 90% de Nord Vietnamiens infiltrés au Sud-Vietnam. C'est une création – une créature – que l'on a vendue aux Occidentaux. Une des meilleures preuves de cette supercherie c'est que, après la chute de Saïgon, on a vu pendant trois jours parader de supposés responsables du Vietcong et, passés ces trois jours, ils sont passés à la trappe.
– En quoi la presse occidentale a-t-elle joué un rôle néfaste tout au long du conflit ?
– Elle a été l'accompagnatrice de l'agression communiste. Ils étaient des centaines de correspondants de grands journaux occidentaux qui, des années durant, en poste à Saïgon, ont craché sur l'armée sud-vietnamienne. Impunément. A Hanoï, il n'y a eu, tout au long du conflit, que deux « journalistes » accrédités : celui de L'Humanité (PC français) et celui d'Unità (PC italien). Déjà, à l'époque de la guerre d'Indochine, Hô Chi Minh disait : « Quand je commence à douter, il me suffit de lire la presse occidentale et je suis revigoré ».
– Certains ont parfois « daubé » sur le manque de combativité de l'armée sud-vietnamienne. Qu'avez-vous observé sur place ?
– Exactement le contraire : une armée héroïque qui, jusqu'au bout, s’est battue avec un indicible courage. J'en donne des exemples nombreux dans mon livre Si je t'oublie jamais, Saïgon... En 1975 encore, avec des moyens dérisoires, les forces sud-vietnamiennes ont tenu tête aux Viets.
– Quelles furent les figures héroïques de cette guerre au Sud ?
– D'abord les obscurs, les sans-grades, les paras, les Rangers, les fantassins qui, dans des conditions difficiles, ont résisté à des forces supérieurement armées. Mais, s'il me fallait donner un nom, ce serait celui de mon ami le général Nguyen van Truong qui commandait la région militaire de Danang.


– Les Sud-Vietnamiens avaient-ils le sentiment d'être abandonnés par le monde libre ?
– C'est rien de le dire... Avec un sentiment de totale incompréhension : comment ce monde dit « libre » pouvait-il (en prêtant la main à l'occasion) laisser le Nord-Vietnam mener une guerre d'invasion dont le but ultime était d'installer une dictature communiste sur toute l'Indochine ? On a trahi le Sud-Vietnam. Et c'est une tache irrémédiable, une de plus, sur l'Occident.
– Une légende a couru selon laquelle certains Sud-Vietnamiens croyaient que Salan était en train de monter une sorte de légion de volontaires pour leur venir en aide. En avez-vous entendu parler ?
– J'en ai plus qu'entendu parler : j'en ai été témoin. Au Centre culturel français de Danang, dans le jardin duquel il y avait encore un command-car de Salan, des Sud-Vietnamiens sont venus me dire : « Est-il vrai que des Français se mobilisent pour nous aider ? Mon beau-frère nous a dit que Bigeard et Salan ont levé un Corps expéditionnaire de volontaires qui n'attendent que l'ordre de partir ». Que leur répondre ?
– Comment avez-vous vécu l'arrivée des réfugiés à Danang, l'ancienne Tourane ?
– Avec chagrin et consternation car, à partir de là, j'ai compris que c'était le début de la fin. Les réfugiés sont arrivés par milliers de Hué tombée aux mains des Viets. Les écoles, les lycées, l'université Quan-Da, les pagodes, la cathédrale, furent envahis par ces malheureux démunis de tout. Il fallut creuser des feuillées à la hâte, trouver des abris, de la nourriture, soigner les blessés et les malades. Vous me demandiez des noms de héros, je voudrais citer ceux du père Charmot, que j'avais surnommé le « Don Camillo de Danang », qui s'est démené pour aider les femmes et les enfants, et d'André Obac, directeur du Centre culturel français, qui restera plus de trois mois prisonnier des Viets après la chute de la ville, sans jamais amener le drapeau français.
– Comment avez-vous vécu l'arrivée des Viets dans Danang ?
– Dans des conditions apocalyptiques. Nous avons d'abord subi trois jours de bombardements au mortier. Avec les conséquences que vous imaginez. Des gens se jetaient à l'eau pour essayer de rejoindre, sur des bateaux de fortune ou à la nage, d'hypothétiques bateaux dans la mer de Chine. Des familles, notamment des gens évacués du Tonkin en 1954, se réunirent pour se faire exploser à la grenade, l'idée de tomber aux mains des Viets leur étant insupportables. Un gamin, touché par balle dans le cou, est mort dans mes bras. Sur l'aéroport, des dizaines de corps frappés par des éclats de mortier jonchaient le sol. Mais, là encore, je vous renvoie à mon livre où tout est raconté jour après jour, heure après heure...


– Savez-vous ce que sont devenus vos amis vietnamiens ?
– Un temps, j'ai gardé contact avec quelques-uns d'entre eux qui avaient pu passer en France. Certains sont partis ensuite aux États-Unis où ils ont été mieux pris en charge. Et puis le temps a fait le reste. Mais, où qu'ils soient aujourd'hui, ils sont à jamais dans mon cœur.
– La chute de Saïgon a-t-elle été la fin d'un monde selon vous, un peu comme l'avait été celle d'Atlanta pendant la guerre de sécession ?
– Certainement. D'autant que la défaite du Sud Vietnam, à la différence de celle des Confédérés, n'était pas inéluctable. Il aurait suffi – mais on ne réécrit pas l'Histoire – que les Américains bombardent les colonnes nord-vietnamiennes aussitôt après les combats sur les Haut-Plateaux pour que les Sud-Vietnamiens arrêtent la déferlante rouge. On a dit que les autorités militaires sud-vietnamiennes avaient lâché du lest à Kontum, par exemple, en se disant que cela ferait fléchir les Américains. On se souvient peut-être que le calamiteux Ford avait envoyé le général Weyand, chef d’état-major de l'armée américaine, assurer de son « ferme soutien » le président sud-vietnamien Nguyen van Thiêu. Paroles, paroles, quand trois cents B52 auraient fait l'affaire.
– La France a-t-elle été à la hauteur en avril-mai 1975 ?
– La France a été lamentable. A commencer par l'ambassadeur à Saïgon, Mérillon qui, c'est vrai, appliquait les ordres de Paris qui avait entériné la victoire communiste. Mérillon fit surélever les murs d'enceinte de l'ambassade au cas où quelques malheureux auraient eu l'idée de venir s'y réfugier. Alors qu'on magouillait déjà avec l'envahisseur. Il est vrai qu'on a fait encore pire à Phnom-Penh où le représentant de la France a livré des personnalités du régime anti-communiste aux Khmers rouges...
– Vous dites avoir souhaité la victoire de Sud-Vietnam quand, en Occident, l'intelligentzia souhaitait celle du Nord-Vietnam. Pourquoi ce choix ?
– Pour des raisons évidentes. Le communisme, c'est le mal absolu, l'horizon indépassable de la barbarie. Quant à cette intelligentzia qui a milité pour défendre une telle abomination, qui est allée jusqu'à saluer l'entrée des Khmers rouges dans Phnom-Penh, comment peut-elle encore l'ouvrir sans qu'on lui dise de la fermer...
– A quoi est due la défaite du Sud-Vietnam selon vous ?
– A la trahison d'un Occident qui, déjà en 1954, avait donné la mesure de son refus de combattre le communisme, de lui porter des coups décisifs. Cela ne relevait pas d'un malheureux hasard de circonstances mais au fait, j'en suis intimement persuadé, que les dirigeants occidentaux étaient plus ou moins acquis à l'idéologie adverse. Complicité ou comportement pusillanime, peu importe, le résultat, le résultat catastrophique, est le même. On le voit aujourd'hui face à l'ennemi islamiste, dhimmis du communisme (compagnons de route comme on disait alors) hier, dhimmis de l'islam aujourd'hui...
– Le Vietnam se libérera un jour de ses bourreaux ?
– J'en suis absolument certain. La question n’est pas de savoir si le Vietnam se libérera de ses bourreaux, mais quand.
– Y êtes-vous retourné depuis 1975 ?
– Non. Vous me voyez débarquer à Saïgon ignominieusement rebaptisée Hô-Chi-Minh-Ville ? Jamais! Alors si Dieu me prête vie et le bonheur de revoir Saïgon libérée, mon sac est prêt, je repars tout de suite !

A LIRE D’ALAIN SANDERS
- Si je t’oublie jamais, Saigon…
165 pages, 14 euros – atelier-folfer.com
A commander à Atelier Fol’Fer – BP20047 – 28260 ANET
Tel : 06 74 68 24 40



Un ouvrage poignant qui raconte presque heure par heur la fin du Sud-Vietnam. Un livre dans la même veine que L’adieu à Saigon de Jean Lartéguy ou de Vietnam, qu’as-tu fait de tes fils de Pierre d’Harcourt.
- Centurions – trente baroudeurs de l’Indochine française
290 pages, 22 euros – atelierfolfer.com
A commander à Atelier Fol’Fer – BP20047 – 28260 ANET
Tel : 06 74 68 24 40


Un livre à offrir aux plus jeunes qui auraient bien besoin de modèles…

_________________

RASURA_________SER
1er RCP - 257.174

« Il n'y a pas de sens de l'Histoire, il n'y a pas de vent de l'Histoire car ce qui fait l'Histoire, selon notre conception occidentale et chrétienne qui est vérifiée par tous les faits historiques, c'est la volonté des hommes, c'est l'intelligence des hommes, ce sont leurs passions, bonnes ou mauvaises. »Colonel Bastien THIRY procès Petit Clamart
Revenir en haut Aller en bas
http://membres.multimania.fr/intelligencearmee/
 
Entretien avec Alain Sanders - Si je t'oublie jamis, Saïgon - Centurions Trente baroudeurs de l'Indochine française
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum
CHEMIN DE MEMOIRE DES PARACHUTISTES :: NOS GUERRES COMPTEMPORAINES et les OPEX :: INDOCHINE 1945 -1954-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetSauter vers: