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 Cérémonie du 5 juillet 1962 à Paris: massacre des populations européennes à Oran en Algérie devenue algérienne.

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Rivoil
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MessageSujet: Cérémonie du 5 juillet 1962 à Paris: massacre des populations européennes à Oran en Algérie devenue algérienne.   Mar 30 Juin 2015 - 10:38

Cérémonie du 5 juillet 1962: massacre des populations européennes à Oran en Algérie devenue algérienne.
C'était bien prévu, "La valise ou le cercueil"


A propos d’un événement occulté : le massacre du 5 juillet 1962 à Oran (2015)

vendredi 24 avril 2015.
Cet article a été publié dans le n° 28 de la revue Ultramarines, revue de l’Association des amis des archives d’Outre-mer à Aix-en-Provence (pp. 78-87). Excellente revue, qui reparaît après une longue interruption ( le précédent numéro est paru en novembre 2009) et qui mérite d’être connue. Voir sur le site internet de l’AMAROM, 29 chemin du moulin de Testas, 13090 Aix-en-Provence, http://revue-ultramarines.fr/ Prix du numéro : 19 euros.
Que s’est-il passé à Oran le 5 juillet 1962 ? A l’exception de ceux qui y vivaient à cette date, et de ceux qui se sentent proches d’eux pour diverses raisons, très peu de Français seraient capables de répondre à une telle question. Il s’agit pourtant du plus grand massacre de civils jamais constaté durant toute la guerre d’Algérie, en un lieu limité et dans un temps limité. Mais il reste beaucoup moins connu des Français que ceux du 8 mai 1945 et du 20 août 1955 dans le Constantinois, ou encore que ceux du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962 (métro Charonne) à Paris, et du 26 mars 1962 à Alger (rue d’Isly). En effet, le bilan des victimes européennes (morts et disparus) à Oran le 5 juillet 1962 atteindrait au moins 671 personnes selon le rapport officiel établi en 1963 par Jean-Marie Huille à la demande du secrétaire d’Etat aux rapatriés Jean de Broglie, ou 679 selon l’enquête sur les disparus européens de la guerre d’Algérie effectuée par l’historien Jean-Jacques Jordi [1] grâce à de très larges dérogations accordées par le Premier ministre François Fillon, et publiée en 2011. Aucun autre massacre connu n’approche de cet ordre de grandeur, mais celui-ci reste de très loin le moins connu de tous : parce qu’il est survenu deux jours après la reconnaissance officielle de l’indépendance de l’Algérie, censée signifier la fin d’une guerre déjà trop longue, mais aussi parce qu’il fut délibérément occulté par le gouvernement du général de Gaulle.
Pourquoi donc me suis-je intéressé à un tel sujet ? Parce que depuis 2012 j’avais constaté un regain d’intérêt pour cet événement à l’occasion de son cinquantième anniversaire, et une tendance à la multiplication des polémiques parmi ceux qui s’exaspéraient de le voir encore si peu connu. Exaspération qui inspira à quelques-uns l’idée de lancer une pétition internationale pour la reconnaissance de ce « crime contre l’humanité » [2]. Confronté à cette initiative et sollicité de lui donner mon appui, j’ai préféré différer ma réponse pour prendre le temps de relire attentivement tous les livres que je connaissais en tant que spécialiste de la guerre d’Algérie, et qui en avaient parlé plus ou moins abondamment et précisément. Ce travail me prit quatre mois, et quand il fut terminé mes premiers lecteurs me dirent que j’avais écrit un livre et qu’il fallait le publier [3].
Il ne s’agit certainement pas du seul livre consacré à ce sujet ni même du premier, puisque le journaliste Guillaume Zeller en a tiré en 2012 un récit bien venu [4], mais d’un essai historiographique, c’est-à-dire d’une histoire de l’histoire du massacre d’Oran. En relisant dans l’ordre chronologique de publication tous les ouvrages qui en avaient parlé, j’ai pu réaliser intuitivement un bilan critique de ce que chacun d’entre eux avait pu apporter de faits et d’hypothèses, pour arriver dans ma conclusion à me prononcer sur le degré de crédibilité des principales explications soutenues.
Le fait le plus troublant, c’est qu’un tel événement ait pu être passé sous silence par plusieurs ouvrages importants consacrés à la guerre d’Algérie dans les dix années qui l’ont suivie, parce que leurs auteurs avaient choisi d’arrêter leur récit à la date officielle de la fin de la souveraineté française sur le pays, le 3 juillet 1962. L’exemple le plus frappant est celui du grand journaliste Yves Courrière, dont le quatrième et dernier volume sur la guerre d’Algérie [5] publié en 1971 arrêtait son récit le 3 juillet ; un an plus tard, un cinquième volume illustré reprit les images et le texte d’un film de montage réalisé par le même auteur avec le cinéaste Philippe Monnier. Le film s’arrêtait encore à la même date, mais des rapatriés d’Oran ont pu constater que des images placées quelques minutes avant la fin du film, et censées représenter des combats entre les Algériens et l’OAS, montraient en réalité des civils français d’Oran, les bras levés, raflés par des hommes armés et emmenés vers une destination inconnue le 5 juillet 1962 [6]. Ainsi, le massacre d’Oran fut d’abord, et durant une dizaine d’années, un événement oublié et escamoté.
Et pourtant, ce massacre d’Oran avait été, dès les jours suivant le 5 juillet 1962, mentionné dans la presse, et des livres qui en parlaient avaient commencé à paraître deux ans plus tard. Citons le premier en date, le Journal d’un prêtre en Algérie (Oran 1961-1962), publié au printemps 1964 par le père Michel de Laparre [7]. D’autres parurent encore, plus nombreux et plus importants qu’on pourrait le supposer a priori, dans les trente années suivant l’événement. On y trouve des témoignages, ainsi que des récits fondés sur des entretiens avec des témoins - comme celui de Gérard Israël, Le dernier jour de l’Algérie française [8], paru en 1972 - , mais surtout deux thèses d’histoire inédites, et une grande enquête collective.
La première de ces thèses, intitulée L’OAS en Oranie, fut réalisée sous la direction de Jean-Louis Miège et soutenue à Aix-en-Provence, en 1975, par Régine Goutalier, qui en avait c.nçu le projet durant un long séjour à Oran de 1964 à 1966. Celle-ci, malgré son peu de sympathie pour l’OAS d’Oran, s’efforça de la comprendre, et accorda une très grande attention à l’émeute particulièrement sanglante qui frappa la population française de la ville une semaine seulement après la fin de son combat contre le FLN et contre le gouvernement français. Puis cinq ans après, en 1980, une autre thèse fut soutenue à l’Université de Montpellier sous la direction d’André Martel par un Algérien, Karim Rouina, sous le titre Essai d’étude comparative de la guerre d’indépendance de l’Algérie de 1954 à 1962 à travers deux villes, Oran et Sidi-Bel-Abbés. Son auteur consacra au 5 juillet d’Oran une attention tout aussi importante, et réalisa une très riche enquête orale auprès des acteurs et témoins algériens. Enfin en 1985, la directrice de la revue L’Echo de l’Oranie, Geneviève de Ternant, publia les premiers résultats d’une grande enquête auprès des témoins oranais, avec l’aide de l’historien Claude Martin, sous le titre L’agonie d’Oran [9]. Deux autres éditions enrichies par de nouveaux témoignages parurent encore en 1991 et en 1996.
Trente ans après l’événement, la bibliographie disponible était donc déjà substantielle. C’est alors que le début de l’ouverture des archives publiques (1er juillet 1992) fit entrer son historiographie dans une nouvelle étape, marquée par l’intervention publique des historiens. Intervention qui se fit d’une manière particulièrement tumultueuse, puisque le grand historien Charles-Robert Ageron, partisan déclaré d’une histoire impartiale de la guerre d’Algérie, crut pouvoir apporter aux Mémoires du controversé général Katz [10] (qui avait commandé les forces de l’ordre à Oran de février à juillet 1962), publiés en 1993, l’appui d’une préface qui confondait le point de vue historique et le point de vue politique ; mais il fut très fermement contredit par le maître de conférences en sciences politiques et journaliste Alain-Gérard Slama. Ce débat agité fut arbitré par l’intervention de l’archiviste du département d’Oran Fouad Soufi, qui critiqua le point de vue partisan d’Alain-Gérard Slama sans vraiment défendre la préface de Charles-Robert Ageron, mais qui apporta des éléments nouveaux. Une plainte pour « complicité de crime contre l’humanité » déposée en 1999 contre le général Katz fut interrompue par la mort du général en 2001.
Cependant, à partir de l’an 2000, des travaux importants d’historiens avaient commencé à renouveler profondément nos connaissances, tels que la thèse de Jean Monneret sur La phase finale de la guerre d’Algérie [11], le livre du général Maurice Faivre sur Les archives inédites de la politique algérienne [12], la thèse d’Eric Kocher Marboeuf sur Jean-Marcel Jeanneney, premier ambassadeur de France en Algérie [13], et plus récemment un nouveau livre de Jean Monneret sur La tragédie dissimulée, Oran 5 juillet 1962 (2006) [14], puis l’enquête de Jean-Jacques Jordi sur les disparus déjà citée plus haut, Un silence d’Etat, les disparus civils européens de la guerre d’Algérie (2011).
Toutes ces lectures m’ont permis de formuler des conclusions sur le degré de crédibilité des différentes explications adoptées par tel ou tel de ces auteurs, et de les passer en revue dans ma conclusion.
La première de ces explications est celle du général Katz, qui a persisté à rejeter la responsabilité initiale de la chasse aux Européens sur un ou des provocateurs irresponsables appartenant à l’OAS, qui n’auraient pas supporté de voir les quartiers européens envahis par le FLN. Mais cette thèse n’est guère crédible parce qu’elle n’a pas reçu la moindre preuve nouvelle depuis plus d’un demi-siècle, et parce que l’OAS avait arrêté son combat depuis le 28 juin, une semaine plus tôt.
Cependant, je lui ai donné en partie raison en admettant que le harcèlement des quartiers musulmans d’Oran par l’OAS dans les quatre mois précédents, qui aurait fait d’après les archives 859 victimes algériennes durant le 1er semestre 1962, était la cause directe la plus vraisemblable du massacre du 5 juillet. Ce qui ne voulait pas dire que ce harcèlement n’était pas une réponse à un terrorisme pratiqué systématiquement par le FLN contre la population civile européenne au moins depuis le début de 1961.
La deuxième explication est celle donnée par le chef de la Zone autonome d’Oran, le capitaine Bakhti. Bien loin d’accuser l’OAS d’avoir déclenché la fusillade et la chasse aux Européens qui en était résultée, il accusait des « bandits » algériens, commandés par un certain Attou, contre lesquels il était intervenu avec les troupes envoyées en renfort par l’ALN du Maroc. Cette thèse est importante parce qu’elle réfute celle du général Katz, mais elle cache le fait capital que la « bande » d’Attou était en réalité une partie importante de l’organisation ALN d’Oran qui avait refusé d’obéir à ses ordres.
La troisième explication, invoquée par le journaliste Etienne Mallarde puis par l’Oranais Jean-François Paya, affirme que la véritable cause du déclenchement de la violence à Oran le 5 juillet serait une intervention occulte des agents du colonel Boumedienne, visant à saboter la célébration de la fête nationale du 5 juillet, annoncée la veille par la radio d’Alger sur l’ordre du GPRA. En effet le colonel Boumedienne, chef de l’Etat-major général de l’ALN destitué depuis peu par le président du GPRA Ben Khedda, soutenait Ben Bella contre le dit GPRA. Boumedienne serait donc l’auteur d’une provocation machiavélique visant à discréditer le GPRA en rétablissant l’ordre à Oran après l’avoir troublés. Cette thèse repose sur des témoignages d’Algériens recueillis à Oran en 1962 ou 1963, que Jean-François Paya estime ne pas avoir le droit de divulguer. Mais les seuls documents qu’il publie ne prouvent pas la validité de ce qu’il affirme.
De plus, il met en cause la responsabilité du général de Gaulle, qui aurait ordonné au général Katz de ne pas intervenir parce qu’il aurait voulu laisser le colonel Boumedienne rétablir l’ordre à Oran, afin de favoriser Ben Bella contre le GPRA. Mais cette thèse est clairement démentie par les instructions du Comité des affaires algériennes publiées par le général Faivre, qui ordonnent au nouvel ambassadeur de France de rester rigoureusement neutre entre les factions algériennes pour ne pas risquer de recommencer la guerre. De plus, Jean-Jacques Jordi a démontré que le 14 juin, le ministre français des affaires algériennes Louis Joxe avait obtenu de son interlocuteur algérien Saad Dahlab l’accord du GPRA pour ne pas faire du 5 juillet la date de célébration de l’indépendance de l’Algérie. Ainsi ce jour-là il n’y avait plus aucun représentant officiel de la France en Algérie, puisque le Haut-Commissaire de France Christian Fouchet avait quitté l’Algérie le 4, et que le premier ambassadeur de France Jean-Marcel Jeanneney ne devait rejoindre son poste que le 6, l’un et l’autre devant participer le 5 à une importante réunion du Comité des affaires algériennes, qui avait eu lieu en début d’après midi. L’addition de tous ces faits détruit la crédibilité de l’explication invoquée par Jean-François Paya.
Ces conclusions m’ont attiré des réactions épidermiques d’une étonnante véhémence, mais tous les comptes rendus de mon livre qui ont paru ont été très élogieux. Cependant, j’ai reçu par un mail d’un lecteur oranais une critique valable : l’absence du point de vue de l’OAS d’Oran, exprimé en 2002 par les Mémoires de l’un de ses principaux responsables Claude Micheletti : Fors l’honneur, la guérilla OAS à Oran en 1961-1962 [15].
J’avais moi-même ressenti l’inconvénient de citer longuement les Mémoires du général Katz, sans pouvoir les confronter systématiquement à une source aussi riche mais d’un point de vue opposé. Puis, je me suis souvenu que j’avais négligé de relire deux ouvrages importants dont j’avais eu connaissance depuis quelques années. La première était le livre d’Olivier Dard, Voyage au cœur de l’OAS [16], écrit principalement à partir des archives de l’OAS d’Alger communiquées à l’auteur par Jean-Jacques Susini ; comme d’autres livres que j’avais lus auparavant, il démontrait clairement que la stratégie consistant à provoquer une rupture du cessez-le-feu en harcelant les musulmans dans les quartiers européens d’Alger, afin d’obliger l’armée française à les défendre contre les réactions du FLN, était bien attestée à partir du 23 février 1962, mais qu’elle n’avait jamais été approuvée par tous les chefs de l’OAS. Il donnait assez peu d’informations sur l’OAS d’Oran, mais il soulignait qu’il n’était pas possible de la considérer comme une copie conforme de celle d’Alger.
D’autre part, j’avais eu communication d’un exemplaire des « Messages, directives et commentaires » de l’OAS d’Oran qui m’avait été confié par celui qui l’un de ses responsables, Guy Pujante. Je l’avais rapidement parcouru avant de l’oublier dans un coin de mon bureau. Cette source originale, complétée par les Mémoires de Claude Micheletti, aurait pu me fournir le moyen d’équilibrer comme je le souhaitais ceux du général Katz.
Le recueil des tracts et des émissions de l’OAS d’Oran atteste clairement que celle-ci n’a jamais négligé la population musulmane parmi les destinataires de sa propagande, et qu’elle n’a jamais accepté de la confondre avec le FLN, même si le nombre des militants musulmans acquis à sa propre cause a toujours été faible. De février à mai 1962, de nombreuses émissions mentionnent des actions offensives contre le FLN, tout en niant que la population musulmane fût visée en tant que telle. Pourtant, trois documents prouvent les difficultés que l’OAS a rencontrées pour combattre le FLN sans frapper nécessairement la population musulmane. Le 3 mars 1962, l’odieux assassinats de Madame Ortega et de ses deux jeunes enfants à Mers-el-Kébir provoqua d’abord des vengeances assumées par l’OAS et une séparation des populations européenne et musulmane, puis dans un deuxième temps de spectaculaires manifestations de réconciliation des deux populations sous le drapeau tricolore à l’occasion des obsèques des victimes le 7 mars. Puis le 22 mars, trois jours après le cessez-le-feu décidé à Evian, l’OAS ordonna aux gendarmes mobiles d’évacuer la ville européenne et de se regrouper sur la ligne de démarcation qui séparait les quartiers européens des quartiers musulmans d’Oran, puisque ces derniers étaient abandonnés au FLN. Enfin, le 14 mai, l’Organisation expliqua pourquoi elle s’était abstenue la veille de toute action contre les quartiers musulmans, en souvenir de la fraternité retrouvée le 13 mai 1958 : « Nous ne faisons pas la guerre aux musulmans, pas plus que les Américains et les Anglais ne faisaient de 1942 à 1945 la guerre aux Français parce qu’ils bombardaient leurs villes et faisaient de nombreuses victimes dans la population civile. La guerre était faite aux Allemands qui occupaient la France et à ceux des Français qui les aidaient. Nous faisons, nous, la guerre au FLN qui occupe la ville musulmane, et à ceux des Français qui collaborent avec lui. Pour des raisons de sécurité, il y a en outre dans Oran une « ligne de démarcation » qu’il nous faut faire respecter par les musulmans tant que les ennemis ne seront pas vaincus. Mais ils le seront bientôt. LA FRATERNITE ET L’UNION DES COMMUNAUTES SERONT ALORS RETROUVEES » [17].
Les Mémoires de Claude Micheletti (le fils du principal chef civil de l’OAS d’Oran, Charles Micheletti), confirment et précisent ces informations, tout en niant très fermement que cette OAS ait jamais voulu pratiquer une stratégie de provocation aux dépens des musulmans, et ils sont cohérents en invoquant à plusieurs reprises le souvenir des manifestations de mai 1958 et de la politique d’intégration alors préconisée. Mais ils apportent aussi de précieuses informations qui confirment la lutte offensive menée durant quatre mois contre le FLN installé dans les quartiers musulmans, au moyen de bombes posées de nuit par des commandos circulant dans les égouts le 14 février, puis d’une voiture piégée abandonnée en Ville Nouvelle le 28 février, et enfin de tirs de mortiers spécialement construits pour cet usage à partir du 1er mars. Ce livre fournit les preuves d’une action de harcèlement visant systématiquement le FLN et ses alliés les gendarmes mobiles français, mais il ne convainc pas en affirmant que les pertes civiles injustifiées ont été négligeables.
Je dois donc reconnaître que j’ai été imprudent en écrivant à la fin de mon introduction les phrases suivantes : « La fuite en avant des dirigeants militaires et civils de l’OAS se poursuivit : l’organisation poussa à l’extrême son harcèlement des quartiers musulmans, dans l’intention de contraindre le FLN à rompre le cessez-le-feu et d’obliger l’armée française à intervenir pour protéger la population française d’Oran. Cette stratégie du pire, poursuivie jusqu’au 28 juin alors même que l’OAS d’Alger avait déposé les armes (et justifiée par l’idée folle de pouvoir conserver au moins un « réduit oranais ») aboutit, une semaine plus tard, à la catastrophe du 5 juillet ». Mais je maintiens que la guerre de l’OAS menée contre le FLN dans les quartiers musulmans tenus par celui-ci ne pouvait manquer de susciter des désirs de vengeance, non seulement chez les combattants et terroristes du FLN-ALN, mais aussi chez les civils qui partageaient les mêmes risques.
Il reste alors une question sans réponse : pourquoi ce massacre au bilan si lourd est-il resté si méconnu en France ? Et pourquoi le livre de Jean-Jacques Jordi, réalisé à la demande du gouvernement Fillon, n’a-t-il suscité aucune réaction officielle des gouvernements de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls, alors que les municipalités socialistes de Paris et de Strasbourg honorent publiquement la mémoire de la répression du 17 octobre 1961, et que la mairie de Marseille - droite et gauche confondues - commémore celle qui suivit la révolte du 8 mai 1945 ? Une réponse à ces questions me paraît souhaitable.
Guy Pervillé
Voici le sommaire de ce numéro :
  Présentation des ANOM, par Benoît Van Reeth
  Le griot, l’historien, le chasseur et l’UNESCO, par Francis Simonis
  Archives du Sénégal, par Jacques Charpy, Saliou M’baye et Benoît Van Reeth
  De l’utilité des archives privées : vers un historique de la création de l’armée malienne, par Sébastien Philippe
  Portfolio : villes impériales, regards croisés franco-allemands sur le passé colonial, par Catherine Atlan et Johannes Grossmann
  A propos d’un événement occulté : le massacre du 5 juillet 1962 à Oran, par Guy Pervillé
  Auguste Pavie, l’explorateur aux pieds nus,1847-1925, par Isabelle Dion
  Littérature et colonialisme : l’exemple du phénomène eurasien, par Alain Ruscio
  Des centres de ressources : le MUCEM et le CDHA, par Aurélie Goustans et Joseph Perez
  Recensions : Auguste Pavie, explorateur aux pieds nus, par André Brochier ; L’Afrique soudanaise au Moyen-Age, par Dominique Buisine, Oran 5 juillet 1962, leçon d’histoire sur un massacre, par Grégor Mathias.
  Hommages : Charles Fourniau (1921-2010), par Alain Ruscio ; Daniel Lefeuvre (1951-2013), une contre-vision de l’Algérie coloniale non démentie, par Michel Renard.
[1] Jean-Jacques Jordi, Un silence d’Etat. Les disparus européens de la guerre d’Algérie. Paris, SOTECA, 2011, 200 p.
[2] Pétition internationale, 5 juillet 1962 à Oran-Algérie, lancée en octobre 2013.
[3] Guy Pervillé, Oran, 5 juillet 1962, leçon d’histoire sur un massacre. Paris, Vendémiaire, 2014, 315 p.
[4] Guillaume Zeller, Oran, 5 juillet 1962, un massacre oublié. Paris, Tallandier, 2012, 223 p.
[5] Yves Courrière, Les feux du désespoir, Paris, Fayard, 1971, pp 645-646.
[6] Yves Courrière et Philippe Monnier, La guerre d’Algérie en images, Paris, Fayard, 1972, pp 269-270, et dans L’agonie d’Oran, 5 juillet 1962, Editions Jacques Gandini, t 3, 2001, pp 187-189.Voir la photo reproduite sur la couverture de mon livre cité.
[7] Michel de Laparre, Journal d’un prêtre en Algérie (Oran 1961-1962), 1ère édition 1964, 2ème édition Page après page, 2004.
[8] Gérard Israël, Le dernier jour de l’Algérie française, Paris, Robert Laffont, 1972.
[9] Geneviève de Ternant (s.dir.), L’agonie d’Oran, 5 juillet 1962, Editions Jacques Gandini, 1985, 1991, 1996 et 2001.
[10] Joseph Katz, L’honneur d’un général, Oran 1962. Préface de Charles-Robert Ageron. Paris, L’Harmattan, 1993.
[11] Jean Monneret, , La phase finale de la guerre d’Algérie. Paris, l’Harmattan, 2001.
[12] Maurice Faivre, Les archives inédites de la politique algérienne, 1958-1962, Paris, L’Harmattan, 2000.
[13] Eric Kocher Marboeuf, Le Patricien et le Général, Jean-Marcel Jeanneney et Charles de Gaulle, 1958-1969, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2003.
[14] Jean Monneret, La tragédie dissimulée, Oran 5 juillet 1962, Paris, Michalon, 2006.
[15] Claude Micheletti : Fors l’honneur, la guérilla OAS à Oran en 1961-1962. 2ème édition, Jean-Louis Pons, 2003.
[16] Olivier Dard, Voyage au cœur de l’OAS. Paris, Perrin, 2005, et 2ème édition, collection Tempus, 2011.
[17] OAS Zone III (Oran), Messages, directives et commentaires, 23 mars 1961-27 juin 1962 (T/637).

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« On peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier ; on ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de se renier, de se parjurer. »Commandant Hélie de Saint-Marc dernier chef de corps du 1er REP
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FOUQUET66
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MessageSujet: ORAN… 5 JUILLET 1962   Mer 11 Nov 2015 - 14:22

ORAN… 5 JUILLET 1962 : LE GENOCIDE

« J’écris dans ce pays que le sang défigure qui n’est plus qu’un monceau de douleurs et de plaies, une halle à tous vents que la grêle inaugure, une ruine où la mort s’exerce aux osselets. » (Louis Aragon - « François la Terreur »)


Ce jeudi 5 juillet ne paraissait pas devoir être, à Oran, une journée plus angoissante que les autres. Comme depuis cinq jours, les Oranais s'éveillaient dans les rumeurs d'une foule qui avait déjà envahi la rue, ivre de promesses et de rêves. On allait enfin connaître le bien être, le monde allait changer de face, le pactole allait couler. Et la fête continuait... tandis que les Français qui étaient encore là bouclaient leurs valises ou attendaient, écrasés de soleil et de misère, un bateau sur les quais ou un avion aux abords de l'aérogare.

Un soulagement pourtant se faisait jour parmi ces Français-là. Tous avaient redouté la date fatidique du 1er juillet (référendum) et plus encore celle du 3 juillet qui avait vu défiler sept katibas de l'ALN dans Oran. Or, rien de ce qu'on avait craint ne s'était passé. Les enlèvements se succédaient, certes, les attentats sournois au coin des rues, aussi, mais il n'y avait pas eu de déferlement de la masse musulmane et le chef de détachement des unités de l'ALN, le Capitaine Bakhti avait déclaré aux Européens : « Vous pourrez vivre avec nous autant que vous voudrez et avec toutes les garanties accordées par le GPRA. L'ALN est présente à Oran. Pas question d'égorgements. Bien au contraire, nous vous garantissons une vie meilleure que celle que vous connaissiez auparavant ! »

De plus, le général Katz, en personne, avait estimé qu’il avait pris toutes les dispositions nécessaires pour que les manifestations du 5 juillet à Oran se passent dans le calme le plus absolu. Avec le Capitaine Bakhti, il s’était engagé à ce que les réjouissances algériennes ne débordent pas en ville européenne. Pourquoi dans ce cas là s'inquiéter plus que de coutume ? La fête marquant la célébration de l'indépendance algérienne pouvait commencer...

Cependant, dès l'aube, le village nègre (quartiers arabes) se mit en mouvement et contrairement à ce qui avait été promis, ce furent des milliers de Musulmans qui déferlèrent vers la ville européenne, s'étourdissant dans les cris, les chants, les you-you des femmes. Rien ne laissait encore prévoir le drame qui allait se passer. Pourtant de nombreux Européens constatèrent que certains avaient une arme à la main et que beaucoup d'autres tentaient de dissimuler soit un revolver, un couteau, un fusil, une hache ou un gourdin. Le doute n'était plus permis. Alors les plus avertis se barricadèrent et on essaya de prévenir par téléphone les amis et la famille de ses craintes.

Place Jeanne d'Arc située devant la cathédrale, une Musulmane, après avoir poussé une série de you-you stridents, grimpa sur le socle de la statue équestre de la pucelle d'Orléans. On lui tendit un drapeau vert et blanc qu'elle accrocha à l'épée que Jeanne d'Arc pointait vers le sol. Une immense clameur accueillit cette action. Survoltée par sa prouesse, la mégère entreprit, toujours juchée sur le socle, une danse du ventre endiablée, supportée en cela par des milliers de mains qui claquaient au rythme de la danse. Il n'y avait plus de France en Algérie, il n'y avait plus de pucelle Française. L’Algérie appartenait aux Algériens !

A midi moins dix, devant le théâtre municipal où s'était rassemblée la foule, un silence incompréhensible s'établit soudain. Des responsables du FLN, étaient là, encadrant la meute et semblant attendre un signe. Puis quatre coups de feu isolés se firent entendre. C'était le signal ! Ce fut alors que plusieurs hommes, semblant mettre à exécution un plan mûrement réfléchi, partirent en courant dans toutes les directions, criant : « C'est l'OAS, c'est l'OAS qui nous tire dessus !» entraînant par là même la foule qui se mit également à courir en criant « OAS, OAS, OAS ! »

De ce rassemblement qui se devait - aux dires de Katz - être pacifique, émergèrent soudain des hommes en armes qui, pour affoler les gens, tirèrent dans toutes les directions - y compris sur la foule - aux cris de « OAS assassins ! Sus à l'OAS ! »

Bientôt le feu fut dirigé sur les sentinelles françaises en faction devant la mairie, le Château-Neuf (là précisément où se tenait l'état-major de Katz) et l'hôtel Martinez qui hébergeait les officiers français. Après un moment d'hésitation, les soldats français ripostèrent à leur tour avant de se barricader. Ce fut là le point de départ du plus grand pogrom anti-européen que l’Algérie n’eût jamais connu.

Ce qui va se passer ce 5 juillet à Oran, sera insoutenable à voir. Toutes les limites de l'horreur seront franchies. Des centaines d'Européens seront enlevés ; on égorgera, on émasculera, on mutilera pour le plaisir, on arrachera les tripes des suppliciés, on remplira les ventres de terre et de pierraille, des têtes d'enfants éclateront contre les murs comme des noix, des hommes seront crucifiés, brûlés vifs ; des femmes seront violées puis livrées à la prostitution ; le sang se répandra en nappes tandis qu'au village nègre, les Européens encore vivants seront suspendus par le palais aux crochets d’abattoir.

Très vite, les Européens qui ne s’attendaient pas à ce déferlement de violence furent pris en chasse et bientôt ce ne fut qu’horreurs et abominations. Les cris de terreur trouvaient leur écho dans toutes les gorges des victimes pourchassées. Il ne subsistait plus le moindre sang froid, plus le moindre germe d'humanité... Ce n'était plus qu'une avalanche de démence et de terreur. Le carnage était sans précédent. La puanteur uniforme de la mort avait remplacé les odeurs multiples de la vie.

Pendant ce temps, l'armée française se barricadait dans les postes de garde en position de surveillance. Un hélicoptère survola la ville. A son bord, le Général Katz essayait d’apprécier la situation. D'après le rapport des sentinelles, sur la seule place d'Armes, il y avait au moins vingt cadavres d'Européens affreusement mutilés. Mais du haut de son appareil, le « boucher d'Oran » - ainsi l'avaient surnommé les Oranais- crut pouvoir conclure que la ville semblait calme (!). Tout était, apparemment, rentré dans l'ordre ! Il valait mieux éviter un affrontement avec le FLN, pensa-t-il !... et le drapeau français fut amené pour ne pas exciter davantage la multitude.

Chaque Européen était devenu proie, gibier face à la foule terrible, acharnée à sa joie, déchaînée, et quand ils apercevaient des véhicules de l'armée française, en proie à la terreur, tentaient d'y grimper… ils y étaient la plupart du temps repoussés à coups de crosse. C'était l'épouvante parmi eux. « Mais que fait l'armée, que fait l'armée ? » disaient-ils. Ils entendaient encore les hauts parleurs des camions militaires promener dans toute la ville, le lancinant et rassurant appel : « Oranais, Oranaises, n'écoutez pas ceux qui vous mentent (sous-entendu, l'OAS). L'armée est ici et restera pendant trois ans pour vous protéger. ». C'était, les 26, 27 et 28 juin 1962 !

A dix sept heures, enfin, le bruit caractéristique d'un convoi de camions se fit entendre. C'était la gendarmerie mobile, l'âme damnée du Général Katz qui prenait position. Dès cet instant, comme par miracle, la manifestation prit fin et la populace disparut... mais il était trop tard.

Des centaines de cadavres jonchaient les rues, le sang avait maculé trottoirs et rigoles, les appartements étaient dévastés, les magasins pillés, les disparitions ne se comptaient plus, la ville avait pris le visage de l'apocalypse.

Pourquoi cette intervention s'était-elle produite si tardivement ? Avait-on décidé de faire payer aux Oranais leur folie, leur passion pour l'Algérie française, leur trop grande fidélité à l'OAS ?

Où était passé le Capitaine Bakhti, l'homme fort, l'homme de confiance de Katz, qui avait déclaré le 3 juillet qu'il n'était pas question d'égorgement ?

La réponse est simple : Paris, qui, grâce à ses renseignements, s'attendait à cette explosion de folie furieuse, avait ordonné à Katz « de ne pas bouger, de laisser faire ». Et Katz, grosse brute bornée qui tirait vanité de sa servilité - même quand il s'agissait d'assassiner ou de laisser assassiner des Français ! - à la recherche constante d'une nouvelle étoile, obtempéra aveuglément. Ceci est une certitude. Les preuves matérielles foisonnent en ce sens. Ce qui est incontestable, c'est que l'ordre de Paris, capté à la poste centrale vers 16 h 30, de faire cesser la tuerie eut instantanément son effet. A 17 heures, tout était fini et la ville abasourdie était plongée dans un silence de mort, de cette mort qui pendant six heures s'était abattue sur elle. Katz quant à lui, pouvait être fier : Il avait obéi aux ordres et une quatrième étoile allait récompenser sa fidélité.

Cependant dans la cité meurtrie, l'angoisse étreignait les survivants. Chacun tremblait pour les siens, les gens se cherchaient, beaucoup demeuraient encore cachés de peur de voir la tornade s'abattre de nouveau. Le nombre des disparitions augmentait d'heure en heure, aggravant le tourment des familles. La morgue était pleine à craquer et une odeur fétide s'en dégageait. On en refusa bientôt l'entrée et les corps entassés, mutilés, étaient méconnaissables.

Dans la ville arabe et au Petit Lac, le tas des tués était plus incohérent et plus dense. Il s'échappait une odeur fétide, insupportable, une épouvantable pestilence. L'on pouvait voir, trempant dans des bains répugnants, les viscères des malheureuses victimes et sur un mur, tracé d'une main maladroite, l'on pouvait lire : « Les boyaux des Français »... Et toujours cette liesse, et toujours ces cris « Mort aux Chrétiens ! »... Et toujours cette foule frénétique, fanatique, cette même foule qui, quelques mois plus tard, n'obtenant rien des promesses invoquées tout au long de la guerre et réduite soudain à la famine, émigrera en France avec une mine attristée et des yeux de douleur, dans cette Patrie qu'ils auront eu plaisir à humilier et dont ils auront persécuté avec délice ses enfants.



José CASTANO

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Cérémonie du 5 juillet 1962 à Paris: massacre des populations européennes à Oran en Algérie devenue algérienne.
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