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 Le général Barrera vient de publier ses carnets de guerre maliens

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Pérignon
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MessageSujet: Le général Barrera vient de publier ses carnets de guerre maliens   Dim 3 Mai 2015 - 9:33


Citation :

Entre janvier et juin 2013, le général Bernard Barrera a commandé les troupes de l’armée de Terre engagées au Mali. Il dévoile leurs combats dans un livre intitulé Opération Serval. Notes de guerre. Mali 2013 (Seuil). Ce n’est pas le premier livre sur la reconquête du Mali mais celui-ci aborde le conflit dans la perspective du chef de guerre, qui décide d’engager ses hommes dans des combats incertains et qui est aussi comptable de leurs vies. C’est le récit d’un homme d’épée dont la plume retranscrit sobrement le panache dont ont fait preuve les soldats qu’il commandait.

Voici la version longue de l'interview publiée dans Dimanche Ouest-France:

Comment passe-t-on de Clermont-Ferrand à Bamako pour prendre la tête de la brigade Serval ?

La 3e brigade que je commandais depuis l’été 2011 était d’alerte Guépard ; c’était son tour pour six mois, comme alternativement toutes les huit brigades interarmes de l’armée de terre, de fournir des troupes que l’état-major peut rapidement projeter à l’étranger. Ces unités vont de la taille de la compagnie (120 hommes) à la brigade (plus de 4 000), ce qui constitue le cas ultime. Entre le 28 septembre et le 28 mars, nous pouvions donc être envoyés sur un théâtre d’opérations à l’étranger. Nous nous sommes entraînés pour une éventuelle projection.

Mais sans savoir que ce serait pour le Mali ?

On se prépare pour une éventuelle crise sans en connaître le milieu ou l’intensité. Le général qui commande la brigade a une grande liberté pour la phase de mise en condition. J’avais fait le pari de nous former à ce que nous ne savions plus très bien faire, et ce que nous n’avions pas eu à faire en Afghanistan : des postes de commandement très mobiles, des combats offensifs avec de grandes amplitudes kilométriques, à livrer contre un ennemi regroupé ou disséminé.

La 3e brigade, à la différence des troupes de marine, n’a pas une vocation vraiment africaine ?

Des huit brigades, désormais, aucune n’a une vocation africaine. Avec une armée de terre resserrée et des forces projetables réduites à 66 000 hommes, toutes les brigades, grâce à leur grande polyvalence et à leur modularité, tournent sur les différences théâtres d’opérations : Afghanistan, Afrique, Liban… La 3e brigade, qui a toutefois une tradition puisque c’est la « brigade des Africains », ceux qui sont venus d’Afrique du Nord pour participer à la libération de la France, était donc tout à fait apte à partir.

La brigade Serval, ce n’était pas que la 3e brigade ?

La « 3 » a constitué l’ossature avec son état-major et deux des quatre groupements tactiques interarmes (GTIA). Mais la brigade Serval, c’était un concentré d’armée de terre avec des unités de la 11e brigade parachutiste, de la 9e brigade d’infanterie de marine (2e RIMa du Mans et 11e RAMa de Rennes), de la 6e brigade dont des unités étaient déjà déployées en Afrique (Tchad, Côte d’Ivoire), le tout renforcé par un bataillon d’hélicoptères. Un mois après le déclenchement de l’opération, le 11 janvier, la brigade rassemblait près de 4 000 hommes venus par la route, par la voie aérienne ou par la mer.

Cette mise en place à 5 000 km de la métropole, dans un pays enclavé, ça relève de l’exploit ?

On nous l’aurait demandé avant, on aurait que c’était impossible… (Rires) Face à l’urgence, face à l’ennemi, le génie français se met à l’œuvre. Toute l’armée s’est mise en ordre de bataille. C’était exceptionnel, en termes de mobilisation, de projection et de soutien de nos alliés. Si à terre, l’armée française n’a compté que sur elle-même, dans les airs, nous avons été aidés par les Américains et les Britanniques avec leurs avions-ravitailleurs et leurs gros-porteurs, et même par les Belges avec leurs hélicoptères médicalisés…

Serval a vite bénéficié d’une couverture médiatique exceptionnelle.

Personne ne s’attendait à une riposte française aussi rapide et à un déploiement d’une telle envergure. Mais c’était avant le coup de force des djihadistes dont les exactions à Gao et Tombouctou par exemple, étaient connues depuis des semaines. Au plan militaire, Serval, c’est une opération comme on n’en a pas vu depuis très longtemps : franco-française d’abord, d’entrée en premier sur le théâtre, dynamique… Et pour libérer un pays !

Une opération avec du « panache »…

On sortait de l’Afghanistan : du harcèlement, de la guerre asymétrique, de la stabilisation, d’un théâtre où on subissait des attaques très dures. Au Mali, on a renoué avec des raids blindés sur des centaines de kilomètres, menés par de jeunes chefs à qui on disait « rendez-vous dans deux jours à Tombouctou » ou « libérez Gao ». Il y avait du souffle, du panache, un élan libérateur dans une terre qui parle aux Français.
A 70 ans d’écart, on avait l’impression de vivre l’histoire à l’envers : les troupes métropolitaines allant libérer l’Afrique…

Et l’ennemi ?

C’était des gens qui savaient se battre, il faut le dire. Au début, ils nous ont évités : Tombouctou a été libéré sans combats et Gao au terme de quelques accrochages. Mais une fois qu’ils se sont regroupés et qu’on les a cernés dans le nord, dans le massif des Ifoghas, et à l’est de Gao, on a affronté des combattants qui avaient le sens de la manœuvre tactique, qui connaissaient le rôle des appuis, qui étaient acclimatés au terrain et qui n’hésitaient pas à se sacrifier pour nous infliger des pertes. A l’est de Gao, les combats avec le MUJAO, moins médiatisés que ceux des Ifoghas, ont été violents : ils commençaient à 2 500 m au canon pour se terminer à 10 m au pistolet ! Il fallait tuer pour ne pas être tué.

Malheureusement, la brigade a eu des pertes

On a eu quatre tués : trois par balles et un par un engin explosif qui a détruit son blindé. Honnêtement, on craignait d’avoir des pertes plus lourdes. Après chaque mort, j’écrivais à la famille. Je sais quel poids pèse sur les familles, et pour longtemps. Dans ma famille, nous portons toujours le deuil d’un grand-oncle tué en Indochine.
C’était donc mon devoir de chef, le soir après avoir veillé le corps du soldat tué au combat et avant son départ pour la France, d’adresser des mots de réconfort. Ça a été les pires quatre soirées de mon séjour au Mali.

Et des moments de doutes…

J’ai eu des moments d’inquiétude pendant les combats au corps à corps à Gao par exemple. Le moment où j’ai eu le plus d’interrogations, c’est quand il a fallu décider d’aller attaquer les djihadistes dans leurs sanctuaires. Maintenant, on sait qu’on a gagné ; mais sur le moment, on n’était pas très fiers. On n’était pas sûrs de gagner. L’exemple des Tchadiens le démontre : 26 tués dès le premier jour de l’offensive franco-tchadienne ! Je suis allé voir mes hommes avant qu’ils partent à l’assaut à leur tour pour leur dire : « Certains d’entre vous risquent de mourir ; les autres devront continuer ».

Peut-on parler d’une nouvelle génération de chefs de guerre en France ?

Certainement, mais ce n’est pas récent ou seulement lié à l’Afghanistan. Je suis à la charnière de deux générations. Celle de la guerre froide où peu de militaires étaient engagés sur des conflits réels et celle de la paix chaude à partir de 1989 quand l’armée s’est retrouvée engagée d’abord dans des crises dans les Balkans puis en Afrique, dans le Golfe et en Afghanistan. Capitaine en 1994 dans l’ex-Yougoslavie, après avoir été lieutenant des blindés en guerre froide, je me suis retrouvé à tirer au canon de 20 mm sur des types qui nous harcelaient pendant trois/quatre heures, à évacuer mes blessés, avant de repasser dans une phase de maintien de la paix. Donc, depuis vingt ans, notre armée fait la guerre ; le public ne le sait pas trop, il le découvre parfois quand on a des pertes. Et depuis vingt ans les jeunes officiers font de nombreuses expériences : stabilisation, maintien de l’ordre, interposition, avec des phases certaines très violentes, actions offensives…

Et maintenant, vous voilà directeur adjoint de la Dicod.

Ça doit vous paraître terne ? J’ai vécu une aventure extraordinaire au plan opérationnel et au plan humain. Mais le métier militaire, c’est une alternance de métiers différents, de fonctions et d’expériences différentes. Je ne veux pas vivre dans le passé et regretter chaque matin les moments intenses vécus avec ces garçons en treillis déchirés, souffrant de la gastro, mais qui étaient en train de gagner une guerre.
Ils avaient une petite étincelle dans le regard que je n’ai jamais trouvée ailleurs dans une opex.


Général Barrera, Opération Serval. Notes de guerre. Mali 2013, Seuil, 21,50 €.

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