Bonjour,
Pour enrichir le sujet:
source: rue Charles Peguy - Alger
Le 1er février 1960, alors que les "insurgés " quittaient le périmètre des Facultés d'Alger où pendant une semaine ils avaient tenu tête au gouvernement du général De Gaulle et montaient dans les camions du 1er REP pour rejoindre Zéralda, paraît dans "France Soir" un éditorial de Pierre Lazareff qui provoque quelque sensation : "Si l'on approuve que le pardon soit accordé aux hommes abusés qui rejoindront "l'ordre national", écrit-il, on ne comprendrait pas que les coupables qui se voulaient usurpateurs Ortiz, Lagaillarde et leurs lieutenants immédiats échappent au juste châtiment de leurs fautes... On connaît aujourd'hui le sombre complot dans lequel ils ont tenté d'entraîner des patriotes sincères, complot dont on découvre les ramifications jusque dans la métropole et qui était destiné à changer le régime par la force".
-----Pendant une semaine, avec un acharnement et une progression dans l'odieux qui révèle une minutieuse et machiavélique préparation, la presse française va "enrichir" cette interprétation de la révolte du peuple d'Alger en la pimentant de toutes les épices dont l'opinion est friande depuis la fin de la guerre 1939-1945...
La presse française-----Ainsi, le 2 février, René Andrieu dans l'Humanité souligne que si l'on ne veut pas que le "complot" connaisse de nouveaux rebondissements, "il faut vider l'abcès".
-----Le lendemain, Georges Oudart, dans le Journal du Parlement, précise à propos des affidés du prétendu complot : "Leur anti-gaullisme des jours de Vichy, mélangé d'anticommunisme hitlérien, les rendent capables de se porter aux pires excès pour se venger de s'être si dramatiquement trompés, il y a vingt ans ".
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Il n'y a pas eu de complot-----Des sinistres procureurs de Moscou aux grandes voix chrétiennes, la cause est entendue, l'Histoire est écrite... Eh bien, non!
" Il n'y a pas eu de complot du 24 janvier 1960 ", comme l'ont très justement écrit Serge et Merry Bromberger dans "Barricades et Colonels ", et pourtant ce sont des spécialistes. N'en avaient-ils pas trouvé treize (complots) le 13 mai 1958...
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Les insurgés d'Alger, véritables défenseurs de la République-----Le juge d'instruction Monzein convoque en son cabinet Georges Calzant, directeur de l'Hebdomadaire "Aspects de la France" et l'inculpe d'offenses au chef de l'Etat pour avoir publié sous sa signature au lendemain de la diffusion du discours présidentiel du 16 septembre 1959 un article intitulé " EN HAUTE COUR, M. DE GAULLE ! " Le nouvel inculpé déclarera d'ailleurs au magistrat qu'il n'a rien à retrancher à son propos car le Président de la République aurait dû être effectivement déféré à la Haute-Cour, pour avoir, dans son discours du 16 septembre " proposé la sécession à un groupe de départements français ".
-----Ainsi, les véritables défenseurs de la République " en danger " - et de sa Constitution - ne sont pas les grévistes qui défilent le 1" février dans les rues de Paris, avec la bénédiction du gouvernement, mais bien les insurgés d'Alger. Les fauteurs de guerre civile ne sont pas derrière les barricades mais bien à l' Elysée et à Matignon.
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De Gaulle, résolu à brader l'Algérie-----Son caractère, sa conception de la "raison d'Etat", le rendaient tout à fait imperméable aux choses du cœur. Toutefois, il n'est pas sûr qu'il ait eu, dès son retour au pouvoir, une idée très précise sur l'avenir de l'Algérie. Ses seules certitudes se résumaient en deux points : l'Algérie était une construction factice de la France, et l'Algérie, y compris ses populations, ne valait rien. La seule et la meilleure des solutions était donc de s'en débarrasser au plus tôt. Comment ? Peu importe... l'événement favorable viendra, la lassitude de l'opinion publique en métropole, les manœuvres de Washington et de Moscou qui rêvent de l'héritage, l'aideront...
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La certitude du complot-----Quant à Massu, il a lui-même la certitude d'avoir été victime d'un complot : " L'entourage du chef de l'État ou du Premier Ministre a cherché le moyen de l'écarter d'Alger en me mettant dans mon tort. "
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Colére du peuple-----Le 24janvier 1960. sur le Plateau des Glières, devant le Monument aux Morts, à 18h30, on décompte six morts, vingt-six blessés, dont deux graves, du côté des Algérois, quatorze morts, cent vingt-trois blessés du côté des forces de l'ordre... Depuis le retour du général Salan à Paris, j'étais "interdit" en Algérie et, par les bons soins de Maurice Papon, le préfet de Police, " doté " d'une surveillance quasi permanente de deux inspecteurs de la 2è section des Renseignements généraux.
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Réactions policières-----Je pars donc pour Bordeaux le mercredi afin de rencontrer mon vieux camarade Jean Maury qui assume les fonctions de premier vice-président de l'A.C.U.F. C'est pendant un séjour à Bordeaux que j'apprends les perquisitions qui ont été effectuées jeudi au siège de l'association et chez plusieurs de nos responsables à travers toute la...
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Le puzzle se met en place-------J'ai résumé, le tête-à-tête dura toute la journée sans interruption. Au fur et à mesure, se révélaient pour moi tous les fils de la conjuration, celle du Pouvoir. Bien décidé à poursuivre sa criminelle politique, De Gaulle devait abattre Salan, l'homme qui l'avait remis au pouvoir et le seul qui, à ce titre, pouvait lui demander des comptes. En même temps, je ne pouvais qu'apprécier les "qualités" de mon interlocuteur, un bien pitoyable personnage, tantôt séducteur, tantôt menaçant, mais un remarquable " confesseur " promis à un bel avenir dans sa spécialité. Je ne pouvais penser alors que ces "qualités" le conduiraient à devenir un des "historiens officiels " de la Résistance, parmi les plus écoutés...
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La prison-------Pour la seconde fois de ma vie, je connus les délices d'une nuit à "la Souricière" du "Dépôt". Et le lendemain, 11février, dûment inculpé d'atteinte à la sûreté intérieure de l'État, je fus incarcéré au Quartier des condamnés à mort (la haute-surveillance à l'époque) au rez-de-chaussée de la 2e division de la Santé (cellule 28).
-------Séjournait déjà dans ces lieux mon ami Pierre Lagaillarde depuis qu'il avait été ramené d'Alger. Nos deux cellules étaient séparées par celle où un jeune criminel, dit "M'sieur Bill", attendait son exécution qui eut lieu quelques mois plus tard. En face de nos trois cellules, sur l'autre travée, trois fellaghas condamnés à mort pour attentats criminels, attendaient dans les chaînes, le juste châtiment de leurs forfaits.
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La confrontation-------La confrontation eut lieu le 24 octobre 1960. De façon éclatante, elle révèle la machination montée dans les coulisses du pouvoir pour écarter et réduire définitivement au silence tous ceux qui à quelque niveau pouvaient s'opposer à la politique algérienne du général De Gaulle. Il n'est pas possible de donner ici le compte rendu complet de cette confrontation mais nous en citerons trois courts extraits particulièrement significatifs.
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