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 Un silence d’Etat. Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie

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MessageSujet: Un silence d’Etat. Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie   Un silence d’Etat. Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie EmptyMar 27 Déc 2011 - 20:18

Jean-Jacques Jordi, Un silence d’Etat. Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie. (2011)
lundi 19 décembre 2011.


Guy Pervillé
Bienvenue
Jean-Jacques Jordi, Un silence d’Etat. Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie. (2011)
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Jean-Jacques Jordi, Un silence d’Etat. Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie . Paris, Editions SOTECA, octobre 2011, 200 p.

La parution de ce petit livre est un grand événement, parce qu’il est fondé sur la consultation systématique, obtenue par dérogation, de toutes les sources d’archives permettant de se renseigner sur le sort des disparus civils européens de la guerre d’Algérie, enlevés entre 1955 et 1963 (dont la grande majorité le fut après le cessez-le-feu du 19 mars 1962) : archives nationales section d’Outre-mer à Aix en Provence, archives nationales de Paris (CARAN), archives du Ministère des affaires étrangères à Nantes, centre des archives contemporaines de Fontainebleau, archives du Service historique de la Défense à Vincennes, archives du Comité international de la Croix rouge (CICR) à Genève, et enfin archives du Service central des rapatriés à Couloumiers-Chamiers (Dordogne). La très grande majorité de ces documents n’auraient pu être consultés, suivant la loi de 1979 toujours en vigueur, que 60 ans après la fin de la guerre d’Algérie, soit à partir de juillet 2022, et il convient de remercier le Premier ministre François Fillon pour avoir accordé ces dérogations sans plus attendre (même si l’on peut regretter que le délai légal de consultation ne soit pas plus court). En tout cas, l’essentiel est que le travail de Jean-Jacques Jordi ouvre une nouvelle phase dans l’histoire de la guerre d’Algérie, et qu’il sera désormais impossible d’écrire sur ce sujet sans tenir compte de ce qu’il nous apporte.

A vrai dire, une grande partie de son contenu était déjà connu de ceux qui voulaient le connaître, mais justement le fait nouveau est que désormais il ne sera plus admissible de l’ignorer. Cependant, il faut bien dire que, même pour ceux qui étaient déjà informés de ces enlèvements longtemps occultés, la lecture de ce livre est extrêmement choquante par la masse de faits terribles qu’elle rapporte.

Choquante, elle l’est plus particulièrement pour ceux qui voyaient la torture et les exécutions sommaires comme des caractéristiques propres au comportement de l’armée française au temps de la « bataille d’Alger », puis à celui de sa continuatrice illégale, l’OAS. Or ces documents nous montrent un tableau tout différent : la généralisation de la torture contre les membres supposés de l’OAS par le FLN, mais aussi par des forces policières françaises illégales (les « barbouzes » [1]) ou légales (la « Mission C » [2]), qui auraient même transmis aux anciens « rebelles » algériens des listes de suspects d’appartenir à l’OAS avant même le cessez-le-feu du 19 mars 1962 [3] ! Ces découvertes pour le moins stupéfiantes ne sont pourtant pas des nouveautés absolues, puisque l’historien Pierre Vidal-Naquet, célèbre pour sa lutte contre la torture depuis son premier livre sur L’affaire Audin, avait protesté contre les sévices infligés à des membres de l’OAS après avoir lu le dossier envoyé par Raoul Girardet [4]. Mais, comme Pierre Vidal-Naquet l’a reconnu lui-même, ce cas était resté exceptionnel, et l’on pourrait citer beaucoup d’autres intellectuels de gauche qui, au moment du cessez-le-feu d’Evian, avaient prôné avec enthousiasme une nouvelle alliance entre la France et le FLN contre l’OAS. Ceux-là avaient oublié que le FLN avait pratiqué le terrorisme contre les Français d’Algérie, et contre les Algériens réfractaires à son autorité, pendant plus de 7 ans.

Ce livre confirme tout ce qui avait déjà été exposé depuis 1997 par la thèse de Jean Monneret [5], publiée en 2000 : si le FLN a prôné la patience face aux violations systématiques du cessez-le-feu du 19 mars 1962 par l’OAS (qui voulait provoquer des représailles pour obliger l’armée française à prendre parti pour les Français d’Algérie), il a changé d’attitude moins d’un mois plus tard, en recourant à des enlèvements - qualifiés par Jean Monneret de « terrorisme silencieux » [6] - de plus en plus nombreux à partir du 17 avril [7]. Cette date relativement tardive avait eu l’avantage d’attendre la mise en application irréversible des accords d’Evian, en laissant passer le référendum métropolitain du 8 avril, suivi par la démission du Premier ministre Michel Debré le 12, et son remplacement par Georges Pompidou (alors considéré comme un simple exécutant de la volonté gaullienne) le 14, mais aussi l’installation de l’Exécutif provisoire à Rocher Noir le 7 avril. A quoi Jean-Jacques Jordi ajoute la fin du délai de 20 jours prévu par les accords d’Evian pour la libération de tous les prisonniers des deux camps, également le 8 avril [8]. C’est alors, selon Jean Monneret, qu’a commencé l’escalade des enlèvements de civils qui a culminé durant l’été 1962, et qui a provoqué rapidement la panique et l’exode de la masse de la population française d’Algérie. Leur nombre a dépassé très largement celui des personnes enlevées entre le 1er novembre 1954 et le 19 mars 1962 (330 disparus).

Jean-Jacques Jordi fournit à la fin de son livre des listes de personnes disparues présumées décédées entre le 1er novembre 1954 et le 31 décembre 1962 (1583 personnes [9]), de personnes dont le sort reste incertain (171 personnes) et de personnes enlevées dont les corps ont été retrouvés et inhumés (123 personnes) [10]. Il commente ces bilans d’une façon très claire dans les pages 155 à 157 de son livre. Il est à noter que son but n’était pas de recenser toutes les personnes enlevées, ce à quoi Mme Colette Ducos Ader se consacre depuis un demi-siècle [11], mais les résultats de son enquête sont tout à fait compatibles avec ceux de celle de Jean-Jacques Jordi. Celui-ci fournit également de précieuses statistiques présentant le nombre de disparus par années (de 1955 à 1962), puis par mois en 1962 [12], ainsi qu’une répartition des « disparus et sorts incertains » par département [13]. On y voit que la très grande majorité des disparus a été enlevée en 1962 (593 cas entre le 19 mars et le 3 juillet, 660 cas entre le 4 juillet et le 31 décembre), et que les deux départements marqués par les plus grands nombres d’enlèvements sont ceux d’Alger (40,35%) et d’Oran (35,66%). D’autre part, Jean-Jacques Jordi affirme avoir trouvé dans les archives consultées « un chiffre de 353 personnes disparues et de 326 personnes décédées - dont les décès ont été constatés - (soit 679 personnes) du 26 juin au 10 juillet 1962 sur le grand Oran », parmi lesquelles « 314 personnes disparaissent à Oran les 5, 6 et 7 juillet » [14]. C’est une information capitale, qui permet de penser que les tragiques événements d’Oran, longtemps passés sous silence ou minimisés, détiennent le record du nombre de victimes de la guerre d’Algérie en un même lieu et à une même date [15]. Enfin, l’ambassade de France a encore comptabilisé un nombre non négligeable de disparitions jusqu’au 30 septembre 1963 [16].

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